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Notre ambition, votre satisfaction !

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Mon oeil! Comment peut-on parler de satisfaction alors que la voix enregistrée de la bonne femme ne fait que s'excuser, (pas tout le temps s'il vous plaît) "le train aura un retard de 30 mn". Vous vous rendez compte, 30mn de retard! La terre entière tourne sur elle-même en 24h! Le train arrivant de Rabat ou allant à Salé fait un retard de 30mn. A-t-on pensé à tous ces voyageurs qui ratent leur avion? A toutes ces femmes mariées qui, au lieu de rentrer chez-elles à 19h30 comme prévu, rentrent avec une heure de retard, aux compatriotes ou étrangers rentrant au pays le dos courbé de bagages et qui devraient attendre à Aïn Sebaâ 30 mn. Et la voix de la bonne femme qui annonce toute contente "Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour ce retard et vous remercions de votre compréhension". Comment être compréhensif quand on souffre quotidiennement de retard?
Les retards de trains soi-disant navettes, les trains de toutes les demi- heures (on devrait dire en réalité; tous les 3/4 d'heure), ne représentent rien devant l'odeur de la pisse qui embaume leurs couloirs, les comportements de certains contrôleurs, les portes des wagons tout le temps ouvertes, alors que des enfants se baladent dans les couloirs. Notre ambition, votre satisfaction! Comment peut-on balancer le mot satisfaction sans en mesurer l'importance et les retombées souvent fâcheuses. Notre ambition votre satisfaction! Et les petits cafards qui   viennent nous souhaiter la bienvenue en empruntant le chemin semble-t-il le plus étroit de notre corps, les oreilles. C'est aussi une manière des plus ambitieuses que de satisfaire le client en lui cassant les oreilles avec les voix off de ces bonhommes qui articulent et parlent mal la langue d'Astérix. Moins de volume s'il vous plaît! La haute technologie disait un bédouin qui venait pour la première fois à Casablanca, pour qui l'histoire de la belle aventure du train "Ambition-satisfaction", se termine mal. Il prend le train partant à l'aéroport au lieu de rentrer chez lui à Kénitra. La voix mielleuse de la bonne femme l'avait ensorcelé. Elle s'était trompée ce jour là et au lieu d'annoncer: "le train navette rapide en provenance de ...et à destination de ...(on n’entendait plus rien, l'important quoi! Les trous de mémoire de la bonne femme sont fréquents!) entre en gare dans quelques instants, veuillez vous éloig... bord du quai s'il vous plaît et (la voix qui continue); la première classe se trouve en queue du train", (c'était plutôt en tête du train!). 
Mais le comble c'était ce mercredi 15/09/04. J'arrive à Casa-Port et à mon grand bonheur le train de 15h30 était encore à la gare. C'était peut-être mon jour de chance. Malheureusement ce n'était pas le cas. Il s'agissait du train de 15h. Trente minutes de retard, c'était pas méchant pour des gens qui avancent à pas d'escargot ! 16h, on était encore là, pas de clim, pas de voix off, s'excusant du retard ou annonçant la bienvenue aux voyageurs parmi lesquels, certains devaient se rendre à l'aéoroport.On demande à un contrôleur ce qui se passait. Il répond: on rajoute des voitures. Une heure pour accrocher des voitures, une demi-heure pour opérer je ne sais quelle manoeuvre! C'est gentil d'avoir pensé à notre confort, "notre ambition votre satisfaction". Une demi-heure après, on voyait les passagers, pour la plupart des femmes, hommes âgés et enfants, quitter le train "Navette Rapide" surnommé Aouita. La rapidité d'Aouita n'a rien à envier au train bleu pétrole ! Où va tout ce monde? Le train dans lequel on se trouvait n'allait plus partir, il fallait donc le changer et de fil en aiguille, de bouche à oreille, l'information a circulé. Les êtres souffraient, traînaient leurs bagages et boudaient sans vraiment se faire entendre. Il faut dire que nous, passagers, on y est pour quelque chose pour toutes les conneries qu'on nous fait subir au nom de la qualité et de l'ambition de satisfaire. Bref, on était entassé dans le train qui n'allait démarrer qu'à 16h25. le plus grave c'était à Aïn Sébaâ. La correspondance pour l’aéroport, volatisée. Plus de possibilité de quitter le train aux prochains arrêts. Un encombrement de personnes et toujours pas de clim. Je devais descendre à Mohammedia, mais impossible. J'ai dû continuer jusqu'à Rabat. Aucune voix off n'est venue apaiser la colère des passagers. Les gens se contentaient de dire "Ma temchi ghir fin machek Allah"(Tu voyages, et ta destination, c’est selon la volonté de Dieu) et l'ambition, et la satisfaction, et le confort des passagers, qu'est ce qu'on en fait? Notre ambition votre torture!

Ilham Khalifi



 

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