La maladie d'Alzheimer est une maladie qui provoque une dégénérescence des cellules nerveuse, en particulier celles responsables de la mémoire et des fonctions intellectuelles. Résultat, le nombre des cellules du cerveau diminue progressivement pour laisser place à des lésions appelées séniles. Selon le Pr. Faris Alaoui, responsable du service de Neurologie et Neuropsychologie de l'Hôpital des Spécialités de Rabat et directeur du Centre de la maladie de la Mémoire, la maladie d'Alzheimer affecte tous les aspects de la vie d'une personne. C'est à dire sa capacité de penser, de comprendre, de se souvenir, de communiquer et d'accomplir des tâches simples. Un siècle après le diagnostic du premier cas d'Alzheimer, cette pathologie demeure encore mystérieuse pour le monde de la recherche scientifique. Les causes de la maladie demeurent pratiquement méconnues. Pour autant, quelques facteurs de risques permettent de diagnostiquer la maladie. Le premier étant l'âge. "plus on prend de l’âge, plus on risque de développer la maladie", avance le Pr. Alaoui. En effet, la prévalence de la maladie est plus importante dans le rang des personnes âgées ou relativement âgées. 1/5 ème des personnes âgées de 80 ans serait atteint de la maladie. Le risque de développer la maladie est de 5 à 7% entre 65 ans et 79 ans ; il est de 20% chez les plus de 80 ans et de 32 % chez les plus de 90 ans. Des chiffres qui connaîtront indéniablement une évolution, en particulier dans les pays industrialisés, en raison de l'augmentation de l'espérance de vie.
Les prévisions sont, en effet, très pessimistes. En France où le nombre des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer est de l'ordre de 800 000, on estime que ce chiffre va doubler à l'horizon 2020.
Recrudescence inquiétante
Au Maroc, on ne dispose pas de statistiques émanant d'études épidémiologiques, mais le nombre de cas d'Alzheimer est estimé entre 15 000 à 20 000, dont 90% non diagnostiqués. "Ce chiffre sera multiplié par 5 ou 10" d’après le Pr. Alaoui.
Outre le facteur de l'âge, les facteurs génétiques et héréditaires peuvent constituer des éléments de risque, même si cela n'est pas véritablement prouvé scientifiquement, rappelle-t-on dans le rang des praticiens. "Une personne qui a un antécédent familial de la maladie d'Alzheimer ou de démence a plus de risque de la développer que celle qui n'en a aucun." ; d'autres facteurs peuvent favoriser ce risque, à savoir un traumatisme crânien, les facteurs de risque vasculaires (l'HTA, le diabète, l'hypercholestérolémie). D'où l'intérêt de prendre en charge ces maladies convenablement. Par ailleurs, un faible niveau d'instruction peut être parmi les facteurs de risque de la maladie. Selon Pr. Alaoui, les personnes qui ont une activité intellectuelle et qui lisent beaucoup ont plus de chance de ne pas développer la maladie.
C'est pour dire que la maladie demeure assez méconnue aussi bien dans le rang des praticiens que dans celui du grand public. Mais ce n'est pas pour autant que les avancées scientifiques sont négligeables. Les recherches médicales et pharmaceutiques sont parvenues à développer une thérapeutique, qui, à défaut de guérir la maladie, permet du moins d'améliorer le quotidien des patients et de leur entourage. "A ce jour, la maladie d'Alzheimer est incurable, mais la médication permet de ralentir son évolution. Non seulement elle apporte un confort au patient, mais elle lui permet de gagner une durée supplémentaire d'autonomie. Ce qui n'est pas négligeable, en particulier pour le membre de la famille qui s'en occupe."
Puisqu'il faut le rappeler, à un stade de la maladie, le patient perd toutes ses capacités et devient entièrement dépendant d'autrui.
Démence inéluctable
Selon le Pr. Benabdeljlil, neurologue à l'Hôpital des Spécialités de Rabat, la maladie d'Alzheimer est une pathologie progressive. Elle évolue en trois stades. Le premier dure de 3 à 4 ans, il est caractérisé par une démence légère qui se manifeste par des troubles cognitifs épisodiques (oubli de faits récents) , ainsi que des troubles instrumentaux (troubles du langage, troubles psychiques et comportementaux, troubles des fonctions exécutives, troubles de la personnalité). Le second stade de la maladie se caractérise par une démence modérée et va durer de deux à trois ans. C'est à ce stade que la perte de l'autonomie s'installe. Le troisième stade de la maladie est caractérisé par une démence sévère, il dure de 2 à 3 ans.
Il va sans dire qu'il s'agit d'une lourde pathologie, dont la prise en charge n'est pas des plus aisées, en particulier pour la famille du sujet atteint. Au Maroc, il n'existe pas de structures d'accueil pour la prise en charge de la maladie. Toutefois, le patient peut être suivi chez lui. Selon Dr. Al Zemmouri, neurologue privé à Rabat, il est indispensable de développer un programme intégré de prise en charge des personnes atteintes de cette maladie.
Ce programme devrait concerner la formation du personnel soignant, neurologues, psychiatres, généralistes..., ainsi que la création de centres de la mémoire pour le diagnostic précoce de la pathologie."Et de poursuivre" On devrait même penser au type de prise en charge médicale et sociofamiliale adaptée au contexte socio-culturel de notre pays et à nos moyens économiques". Pour le Dr. Al Zemmouri, les Marocains continuent de s'occuper de leurs vieux parents et de ce fait, on pourrait penser à la création de centres d'accueil de jour, dont le coût est moindre par rapport à une structure d'accueil permanente, mais on pourrait par contre accompagner la famille du patient à travers d'autres formes de soutien. C'est dans ce sens qu'un programme de formation et d'information a été établi par les Laboratoires Pfizer et le service de Neuropsychologie de l'Hôpital des Spécialités de Rabat. L'objectif étant de sensibiliser sur cette pathologie les praticiens et le grand public, en particulier les personnes en charge d'une personne atteinte. A ce titre, une série de séminaires sont programmés pour les praticiens. Par ailleurs, un travail impressionnant a été effectué pour établir deux guides, l’un destiné au patient et l’autre à "l'aidant" en vue d'une meilleure vulgarisation de la maladie. En outre, un centre d'appel a été mis en place avec un numéro d'accueil direct. Également, un centre d'appel avec un numéro d'accueil (0820 0 20 30) va être créé incessamment pour permettre au patient et à sa famille de s'enquérir de la maladie et son évolution. De plus, une association, Maroc Alzheimer, est en cours de création. L'objectif étant d'apporter le soutien et l'information nécessaires aux personnes atteintes et à leurs familles.
Enfin, rappelons que la thérapeutique a connu une avancée considérable. Selon les praticiens, l'efficacité des médicaments est prouvée. Elle permet de retarder l'évolution de la maladie, de prolonger l'autonomie du sujet atteint et de réconforter la personne en charge du malade. Seul bémol, un coût élevé de près de 1900 Dhs par mois. Mais le tableau n'est pas si sombre que cela, il paraît que la prévention a sa place dans le cas de la maladie d'Alzheimer, les neuroprotecteurs, la vitamine E, les antioxydants, pourraient affaiblir le risque de la développer.
Leïla Ouazry