Lors d’une conférence de presse tenue la semaine dernière, Altadis Maroc a rendu publique l’issue du tirage au sort du " Grand Jeu Fortuna", organisé, bien entendu, en présence d’un notaire. Les lots distribués en imposaient (voyage à Ibiza, Seat Ibiza, 10 scooters…), et illustrent parfaitement l’intérêt de la compagnie pour Fortuna, cette marque internationale d’origine espagnole, introduite au Maroc en juin 2004, et qui y fait un malheur, depuis. Selon plusieurs buralistes casablancais, les marques comme Anfa, mais aussi Marquise, qui cartonnaient avant l’introduction de Fortuna, ne marchent plus très fort. Il n’y en aurait plus que pour Fortuna et Marlboro, voire Gauloises!
Il y a un avant et un après 2 juin 2003 (date de l’adjudication de la Régie des Tabacs au profit du Groupe Altadis), dans l’univers de la cigarette, sous nos latitudes.
Avant, en temps de crise, les "Marquise" étaient de mise ! Logique ! Ce produit local a toujours été, grosso-modo, moitié moins onéreux que les cigarettes yankees, De plus, il a toujours eu un goût de chiottes, qui vous passe l’envie de fumer. Au vu de la mauvaise "passe" financière que traversent une part substantielle des consommateurs marocains, cela tient davantage de l’avantage que de l’inconvénient. Le (dé)goût, mon vieux, le (dé)goût !
Ainsi, les "Marquise", malgré leur emballage "vert caca d’oie" aussi pourri que leur "fumage", mais aussi d’autres clopes comme Marvel, Best, Koutoubia, Casa, Maghrib, Olympic, Favorites…, ont longtemps fait le bonheur des accros à court de pognon. Les "fausses-blondes" et les brunes du pays trouvaient preneurs, malgré… tout !
Cependant, d’aucuns, que le manque de qualité quasi-systématique des produits locaux indisposait, et qui n’étaient pas pour autant disposés à raquer bonbon pour s’offrir du "made in" ailleurs, se sont rabattus sur le marché parallèle dans le dessein d’étancher leur accoutumance à ces substances nécessaires à la bonne marche de l’existence d’un fumeur que sont la nicotine et le goudron. Des blondes américaines à 18 DH, c’est tentant !
Mais tout cela c’était avant ! Ssimou (diminutif "mstouni" de Si Mohammed) est détaillant, "moul’daitail" ; en surface, seulement. Son biz à lui, son métier de base, c’est le commerce du "garro trabando".
Fortuna fait un tabac
Avant l’avènement d’Altadis, ce Sahraoui évoluait au sein d’un secteur bigrement florissant. Aujourd’hui, Fortuna est synonyme d’infortune, pour lui ! Une blonde espagnole à 20 DH (et une "fille de sa maison" avec ça, puisque la marque est proposée chez les buralistes, à l’inverse des américaines, à 18 DH), c’est beaucoup plus tentant !
Mon Sahraoui me joue l’éternelle rengaine des petites gens écrasées par les multinationales (on connaissait Allende versus ITT, José Bové versus Novartis, voilà que nous dénichons Ssimou versus Altadis !) " C’est vrai que ce que je fais n’est pas très légal, mais je ne fais de mal à personne. Je gagne un peu de fric comme je peux. Ils veulent quoi, "had n’sara" (ces Nazaréens, ndlr) ? Hein ? Ils veulent quoi ? Que je me laisse mourir ? Que je me mette à agresser des gens pour avoir de quoi manger ? Avant qu’il n’y ait cette foutue Fortuna, je vendais, facile, dans les 17 cartouches (de dix paquets, ndlr) par jour. Aujourd’hui, je culmine à 8, 9 cartouches ! Tu imagines le manque à gagner que c’est ? Ça me fait plus de 200 DH de pertes ; chaque jour !", vitupère-t-il.
Evidemment, Ssimou, qui constate qu’Altadis va finir par lui grignoter tout son steak, se réjouit moins de la présence de Fortuna, ce best-seller, que les personnes qui ont gagné la Seat Ibiza, cette jolie citadine, le voyage d’une semaine à Ibiza, cette île paradisiaque et dans le vent, les 10 scooters, les 50 lecteurs CD/VCD/MP3… La fortune, telle une jolie fille, sourit à qui elle veut…
L.M.
(pour rester dans l’univers des clopes)