Les enfants, patrimoine humain, sans égale valeur. Symbole de la vie, ils sont les garants de l'avenir et la joie du présent. Ces petits chérubins d'aujourd'hui, hommes et femmes de demain, occupent une place particulière dans le coeur de tout un chacun. Innocents et vulnérables, ils représentent malheureusement une proie facile pour un certain type d'individus "anormaux", des psychopathes. Maltraitance, exploitation, inceste, abandons..., les enfants font l'objet de multiples abus.
Passé sous silence pendant de longues années, le problème de la pédophilie fait désormais partie de la réalité des Marocains. Cela semble invraisemblable dans une société arabo-musulmane, régie par des valeurs culturelles et religieuses où tout acte abject, quelle que soit sa nature, n'a pas de place. Pour autant, des faits médiatisés démontrent bel et bien que le phénomène existe chez nous. Pire encore, les chiffres des cas de pédophilie enregistrés depuis la création de l'ONDE (Observatoire National des Droits de l'Enfant) sont en constante évolution. Quelles sont les causes d'un tel phénomène ?
Le développement qu'a connu la société marocaine peut-il être à l'origine d'une telle monstruosité. Peut-on avancer que c'est un phénomène que l'on a importé de l'Occident, tant notre société est influencée par tout ce qui se passe outre mer, ou au contraire, est-ce un phénomène qui a toujours existé sans que l'on ose en parler, par pudeur, par crainte de choquer, de provoquer des psychoses...
Selon Pr. Amina Malki Tazi, vice- présidente de l'ONDE, c'est une réalité qui a toujours existé quels que soient l'époque, le pays ou le milieu socio-économique. Si les chiffres apparaissent aujourd'hui en constante évolution, c'est en raison d'un dépistage plus attentif, d'une sensibilisation plus grande à travers les médias et surtout à cause d'une brèche dans le mur du silence et de la levée des tabous dans notre société. Certes, le développement de la société, sa mutation, les conditions de vie difficiles, l'usage d'alcool et de drogue ne peuvent que favoriser ce phénomène et le passage à l'acte. Une triste réalité dont on ne dévoile qu'une infime partie. Les causes et les facteurs qui interviennent dans les abus sexuels sont nombreux (familiaux, socioculturels, économiques, institutionnels) et dépendent du lien unissant la victime à l'auteur, de la personnalité de l'auteur, des circonstances et du contexte de l’accomplissement de l’acte. L'abuseur peut être un parent, un frère, un ami de la famille, un voisin, un professionnel de l'enfance...
De ce fait, la sensibilisation demeure la meilleure prévention contre ce fait abject. L'objectif étant d'amener toute personne qui soupçonne un acte de pédophilie à le dénoncer illico, mais aussi à informer les enfants, leur mettre la puce à l'oreille, pour être vigilants à l'égard de toute personne, familière ou inconnue, qui essaierait de les séduire.
Actions timides
La campagne de sensibilisation diffusée sur les deux chaînes nationales du 14/12/03 au 18/01/04, à l'initiative de l'ONDE, a eu un impact indéniable. Pendant la durée de cette campagne, quelque 17312 appels, 1459 demandes d'information et 74 demandes d'intervention ont été reçus, dont 57 cas concernant des agressions sexuelles.
Cependant, le fait que cette action soit limitée dans le temps réduit cet impact. Tout comme, à elle seule, cette campagne est insuffisante pour lutter véritablement contre un phénomène de cette nature. En atteste l'affaire de Taroudant qui a défrayé la chronique ces derniers jours. Au moins deux personnes étaient au courant des penchants du criminel, sans jamais penser à l'en dissuader ou à le dénoncer. De même, les propos rapportés par un enfant qui a échappé à l'emprise de l'agresseur, n'ont pas poussé les gens à qui il s’est confié à dénoncer ce monstre. S'ils étaient suffisamment sensibilisés, ils auraient sans doute réagi autrement.
Ceci étant, on peut estimer la campagne en question comme un point de départ d'une dynamique d'action qui doit aboutir à la mise en place d'un dispositif de prise en charge efficace. L'objectif étant de mobiliser toutes les ressources humaines, scientifiques, techniques et financières à l’effet de protéger l'enfant contre les faits les plus douloureux et les plus pervers. Dans cette optique l'ONDE, a mis en place un numéro vert (080002511) qui permet de recevoir les plaintes des enfants maltraités, d'accueillir et orienter les enfants victimes de mauvais traitements ou d'exploitation sexuelle, économique ou intellectuelle. Ce qui est déjà une excellente chose. Mais combien sont-ils, les enfants qui connaissent ce numéro ?
Il aurait été plus judicieux qu’il soit diffusé à grande échelle et en permanence. A travers la télévision, avant ou après les dessins animés regardés par une grande partie de nos enfants ; à travers les emballages des goûters (biscuits, chocolat, yaourt,...) dont les enfants sont friands ; ou encore à travers leurs manuels scolaires. Si la mention de ce numéro vert avait figuré dans les clauses du cahier des charges du minsitère de l'éducation nationale, les éditeurs l’auraient mis sur les manuels scolaires, accomplissant ainsi un acte citoyen méritoire.
L. Ouazry