Chaque année, quelque 2 millions de Marocains résidant à l'étranger foulent le sol du Royaume. Un effort considérable est fourni par la Fondation Mohammed V pour leur garantir un retour au pays dans les meilleures conditions. Certains en sont conscients et apprécient cet effort à sa juste valeur, même si quelques uns rencontrent parfois, en particulier ceux qui optent pour un retour définitif au pays, des problèmes monstres, alors que d'autres voient dans cette volonté de leur réserver un accueil convenable une justification à tous les excès et abus. Ils dérangent, offusquent, manquent de respect, ne s'estiment pas concernés par les lois de ce pays... Eux, ce sont certains jeunes “beurs” (fort heureusement pas tous) qui croient que tout est permis au nom de leur statut de Marocains résidant à l'étranger et de "la valeur ajoutée qu'ils représentent pour le Maroc" (selon leurs propres termes). C'est une ressource indéniable en terme de rentrées de devises, mais ce n'est pas pour autant qu'on doit tout leur passer.
Divers profils
Il convient de rappeler que les profils des MRE ont beaucoup changé. Les premières générations parties à l'étranger après avoir vécu et grandi au Maroc ont pratiquement peu de choses en commun avec les nouvelles générations qui ont vu le jour à l'étranger et pour qui le Maroc est plus une destination de vacances qu'autre chose, à quelques exceptions près, celles qui ont choisi d'élire domicile au Maroc, d'investir au Maroc et de fonder leur familles au Maroc. A ces jeunes entrepreneurs (puisqu'ils créent souvent leurs propres entreprises), il faut tirer chapeau. Mine de rien, c'est un parcours du combattant qu'ils entreprennent sur tous les plans. Ce n'est pas si aisé, de s'adapter aux modes de fonctionnement locaux après avoir pris l'habitude d'un système complètement différent, tout comme il n'est pas évident non plus de faire avec des mentalités différentes de celles qu'ils avaient pris l'habitude de côtoyer. Si les premiers viennent au Maroc pour passer des vacances, avec toujours cette intention d'y retourner un jour définitivement, d'où l'investissement en immobilier, les seconds, eux, ont choisi de vivre au Maroc, de participer à son développement et d'y apporter leur contribution pour faire évoluer les choses. Par ailleurs les jeunes générations (3e et 4e), dans leur majorité considèrent le Maroc comme une simple parenthèse de vacances. Et c'est dans cette catégorie de MRE qu'on trouve parfois des individus irrespectueux de leur pays d'origine, de leurs compatriotes et des valeurs partagées par les Marocains et celles de toutes personne qui se respecte et respecte autrui.
Ceci est flagrant sur les routes, où ces jeunes donnent l'impression que le code de la route concerne seulement les résidents , aussi n'hésitent-ils pas à griller les feux, à rouler à grande vitesse. Comment peut-on qualifier le comportement d'un jeune conducteur au volant d'une automobile immatriculée en Italie et qui n'a pas hésité à monter sur le trottoir parce qu'il a été bloqué par les véhicules qui ont dû ralentir le temps qu'un autre véhicule tourne à gauche. Cette scène s'est passée à côté d'un agent de la circulation qui a sifflé en vain le conducteur hors-la-loi, mais il n'a pas jugé utile de noter le numéro d'immatriculation, pour prendre les mesures nécessaires. Est-ce que cette même personne se permettrait un comportement pareil en Italie ou dans quelque autre ville d'Europe ou d’ailleurs. Un autre phénomène assez frappant chez certains de ces jeunes est celui de conduire, une canette de bière à la main et qu'ils balancent par la fenêtre sans la moindre gêne. Ajouter à cela les sorties en fanfare tard dans la nuit, "n'hésitant pas à exhiber leurs richesses" via leur belles caisses, ce qui n'est pas sans répercussion sur les jeunes Marocains de modestes conditions. Résultat, c'est le rêve de l'Eldorado qui est accentué. Ce n'est pas de leur faute s'ils ont les moyens, dira-t-on. Certes, ils sont en vacances, mais ce n'est pas pour autant qu'ils ont le droit de déranger des gens dans des quartiers résidentiels qui ne sont pas eux en vacances, ou qui ont des enfants en bas ou des personnes malades. Chaque pays a ses spécificités, mais il est certain que partout dans le monde que ce soit en Asie, en Amérique ou en Europe, on n’admettra pas des tapages nocturnes ou des dépassements de quelque ordre que ce soit.
Les Marocains sont tolérants et n’appellent pas la police à tout bout de champ. Et d'ailleurs, même s'ils le faisaient, personne ne bougerait le petit doigt pour quelqu'un que les voisins dérangent, ou des gens qui se défoulent dans la rue en pleine nuit parce qu'ils ont un verre dans le nez. Irrespectueux, certains jeunes émigrés n'hésitent pas à recourir à un langage frôlant la vulgarité et faisant fi des bonnes manières.
“You're welcome home”
Bref, c'est dire que certains de nos aimables jeunes résidant à l'étranger devraient changer de comportement, le Maroc n'étant pas un pays où l'on cultive l'anarchie. Nous autres marocains du Maroc, manquons souvent de discipline, c’est un fait. Mais ce n'est pas pour autant qu'il faut en rajouter et ce n'est pas pour autant que ces jeunes doivent donner un mauvais exemple à leurs compatriotes en insultant le Maroc et les Marocains.
Heureusement, ces dépassements concernent une catégorie d'émigrés et non pas l'ensemble des Marocains résidant à l'étranger. Nous souhaitons vivement que ces jeunes MRE mûrissent, et optent pour un comportement responsable pour leurs prochains séjours au Maroc où ils seront, bien sûr, toujours les bienvenus.
Leïla Ouazry