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Najia Zirari : “Les femmes grignotent l’espace public”

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En tant que militante de longue date, comment percevez-vous la réforme du Code de la famille ?
Madame Najia Zirari :
Je suis optimiste et c’est normal ! Le Maroc a changé et je vois des choses différentes. La réforme de la Moudawana va agir sur le long terme. Elle va permettre la mise en place de rapports démocratiques. Les femmes, même si elles ne sont pas nombreuses, sont présentes dans le commerce, la finance, la presse. D’autres sont  serveuses…Un métier longtemps associé à la prostitution. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Autre exemple, les femmes chauffeurs de taxi c’est extraordinaire. Les femmes grignotent l’espace public.  Leur présence dans ce genre de métier  a un impact sur les mentalités. Le regard porté est forcément différent. La première réaction sera certainement le rejet. Peu à peu, l’acceptation prendra le relais. Le processus va demander du temps, il faut se projeter vers l’avenir.

Quelle est la place de la femme dans la sphère politique marocaine ?
Pour parler de ce sujet nous avons besoin de repères dans le temps. Les élections législatives de 2002 ont constitué un tournant  dans l’histoire politique du Maroc pour plusieurs raisons. Le débat sur la femme politique a été généralisé et porté sur la scène publique par les différents acteurs politiques, associatifs ou autres. Il y a eu un pas en avant avec la mise en place du scrutin proportionnel. Un fonctionnement qui a démontré au niveau mondial qu’il était le plus adéquat et le plus adapté à l’épanouissement des femmes en politique. Puis il y a eu les élections communales. Tout laissait supposer alors que les choses allaient mieux… En fait la déception a été grande. Peu de femmes ont été élues. Mais il y a eu une avancée sur un autre volet dans le sens où depuis, pour la première fois, des communes sont présidées par les femmes

Pensez-vous que la Réforme aura des incidences sur la scène politique nationale ?
C’est certain ! Les prochaines élections législatives de 2007 seront différentes. A présent, il faut être cohérent avec le Code de la famille. Avant, les irrégularités étaient flagrantes. La femme de la Moudawana n’avait pas son pendant dans la réalité. A un moment, on a constaté que la femme réelle était très en avance par rapport à la femme de la Moudawana. Aujourd’hui, le Code de la famille place la barre très haut.
D’autre part, je pense que les partis politiques n’auront pas le choix. Ils affichent la modernité, la démocratie, et donc, pour qu’ils soient cohérents avec eux-mêmes, leur crédibilité et leur enracinement dans la société passeront par une stratégie claire d’intégration des femmes aussi bien dans la vie des partis, dans ses instances dirigeantes que dans ses programmes et ses actions. Ils sont maintenant obligés de se référer au Code de la Famille.

La sphère privée va-t-elle aussi vivre des changements ?
Oui, le public devient alors une continuité de la sphère privée. C’est pour cela que je pense que sur le long terme, les femmes vont être différentes. Elles vont être éduquées au sein de familles où le père et la mère se partagent les responsabilités. Les garçons auront un autre modèle de relation homme/femme. Leur comportement va changer.
Ainsi, les femmes ne seront plus dans un système d’insécurité. Avant, il leur était impossible de concevoir une relation de confiance avec leur mari. Normal, ce dernier pouvait la répudier à tout moment. Ce manque d’insécurité agit forcément sur l’épanouissement personnel, la liberté d’action et de réflexion. 

Le constat est donc positif mais les évolutions doivent être consolidées…
Les progrès restent fragiles car les choses ne sont pas institutionnalisées. Dans la Constitution, il y a l’égalité des droits politiques mais il n’y a pas d’égalité entre hommes et femmes dans le droit civique, économique… Au niveau de la Constitution, il n’y a pas non plus d’incitation à l’utilisation de mesures de discrimination positive, comme les quotas. Durant trop longtemps, la question des femmes, même pour l’Etat, est restée une question secondaire. D’autant plus qu’il s’agissait de structures patriarcales. Ce n’est pas spécifique à nos partis. Si l’on prend des exemples à l’étranger, en Europe notamment, excepté les pays du Nord, les structures fonctionnent dans l’esprit de l’exclusion et de la marginalisation des femmes.

Comment l’expliquez-vous ?
C’est tout le regard que l’on porte sur les femmes mais aussi tout ce que l’on a intériorisé au cours de notre éducation, de notre scolarisation. A la limite, il y a des choses enfouies qui influencent le comportement de la plupart des hommes politiques qui n’ont pas de vision d’intégration globale de la femme dans la vie des partis politiques. Ce constat s’applique aussi bien pour les femmes que pour les jeunes. Ils n’ont pas mis en place des mécanismes et des outils pour répondre à ce besoin. Les partis politiques répondent simplement que les femmes ne s’intéressent pas à la politique. Et ce n’est pas vrai, car il y a en politique des réseaux  de relation, des espaces, d’où les femmes sont exclues. La carence vient de l’absence de mise en place d’une stratégie sur le court, le moyen et le long terme pour faire venir les femmes.

Entretien réalisé par
Ingrid OBER et Leïla Ouazry



 

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