Le manque de statistiques était flagrant. Jusqu’alors aucune étude n’avait été faite sur les femmes chefs d’entreprise au Maroc. Une lacune qui s’explique très certainement par la position de la femme dans la société marocaine. Une position qui est en pleine évolution depuis quelques années. La femme marocaine n’est plus ce qu’elle était. Sa place dans la société a changé. Elle est devenue une véritable actrice du développement économique national. Ainsi pour mieux cerner leur profil, l’Association des Femmes Chefs d’Entreprises du Maroc a été à l’initiative d’une étude. Une étude financée par le programme d’appui aux associations professionnelles et le Secrétariat d’Etat chargé de la Famille, de la Solidarité et de l’Action Sociale et confiée au cabinet LMS Marketing. “ L’étude dessine une cartographie de l’entreprenariat féminin. Elle va servir de base de travail à notre association. Ainsi nous pourrons mieux répondre aux attentes de chacune ”, a déclaré Saloua Kekri Belkeziz, Présidente de l’AFEM.
L’étude avait une cible bien précise : “ La femme créatrice d’entreprise, juridiquement dirigeante ou ayant un poste de responsabilité et de décision, participant à la gestion courante de l’entreprise, en assumant les responsabilités juridiques et financières. ”
Résultats
Cinq cent soixante dix-neuf femmes, évoluant dans les seize régions du Maroc, ont constitué l’échantillon. Première remarque : 59% des femmes chefs d’entreprises marocaines sont concentrées dans les villes de Casablanca, Rabat, Fès et Meknès. La plupart ont entre 25 et 55 ans mais la fourchette des 35-44 ans détient une part importante. Elément primordial, 66% des dirigeantes sont à la tête des entreprises qu’elles ont créées. Une proportion qui illustre un engagement dans la durée. Concernant l’expérience professionnelle des femmes chefs d’entreprise, l’investigation a mis en évidence que 2/3 d’entre elles avaient déjà eu une activité professionnelle : Plus de la moitié d’entre elles (51%) sont issues du secteur privé où elles assumaient la fonction de cadre ou de dirigeante. Seulement 8% viennent du public et 3% des professions libérales. Il est aussi intéressant de se pencher sur le profil des entreprises gérées par les femmes dans le pays : Quasiment une femme sur trois (36%) exerce dans le secteur des services et un peu moins (33%) dans le secteur du commerce et de la distribution. 22% d’entre elles sont à la tête de sociétés dans le secteur de l’industrie.
D’après l’étude, trois problèmes majeurs ont été recensés lors de la phase de création de l’entreprise: les soucis administratifs, les difficultés liées au financement des projets et le manque de ressources humaines qualifiées. Des problèmes qui se retrouvent, d’après l’enquête, lors de la gestion quotidienne de l’entreprise. Autant de complications d’ordre administratif et managérial. Tandis que les contraintes d’ordre social, notamment relatives à la condition féminine au Maroc, n’ont pas été évoquées. “ A mon avis, les femmes chefs d’entreprise ont dépassé ce stade, elles ont appris à se battre et se sont affirmées. Il est aussi possible que certaines n’aient tout simplement pas voulu parler de leurs problèmes ” explique Madame Aicha Lassri Amrani, membre du conseil d’administration de l’AFEM.
Reste que le point le plus impressionnant est le niveau de formation des femmes chefs d’entreprise au Maroc. Près de deux tiers d’entre elles ont une formation universitaire, 28% sont diplômées des écoles de commerce, 4% ont une formation d’ingénieur et 8% une formation technique. A noter que les femmes à la tête de très petites structures sont relativement moins instruites. La quasi totalité des femmes chefs d’entreprise au Maroc est bilingue arabe/français. Nombre d’entre elles parlent aussi l’anglais ou l’espagnol. “ Ce que l’on peut retenir, c’est que seule la femme qui a un niveau d’instruction élevé a le courage de se lancer dans cette aventure, c’est un peu dommage car tout le monde a la possibilité de s’engager”, a commenté Madame Yasmina Baddou , Secrétaire d’Etat chargée de la Famille, de la Solidarité et de l’Action Sociale. Un engagement féminin que l’AFEM s’affère à stimuler et à développer afin de ne pas laisser s’évaporer des potentiels et d’éviter des gâchis économiques.
I.O.