Je ne sais pas ce qu’il en est, pour vous, mais, moi, à chaque fois que je croise trois mannequins, promises au firmament des podiums, genre jambes d’un mètre « Karembeu », mensurations à pousser Aphrodite à recourir au Bottin pour y pécho une bonne clinique de liposuccion dans les parages de l’Olympe, frimousse à donner des envies de lifting à Paris Hilton (j’ai rien trouvé de mieux dans la catégorie jeunesse insolente), sourire à vous faire jurer que tous ceux qu’on vous adressera, ensuite, ont un brin de ressemblance avec le rictus figé du Joker…, je les perds.
Je « beug ». Le bug du siècle! Les mains moites, le front itou, la glotte douloureuse, les rotules « auto-tamponneuses », les jambes qui font ce qui leur passe par le tibia, qui improvisent un numéro de « Tap dance » très Sammy Davis Jr. (la grâce et le contrôle en moins), le cœur qui s’emballe, qui bat la chamade, qui singe celui d’Armstrong à l’arrivée de l’une des étapes alpines et pyrénéennes qu’il a empochées…
Et puis, le pompon, le clou de ce piteux état : le bafouillage, le blocage, le calage, le ratage, le virage mal négocié, les neurones dans le cirage, question langage !
Je veux dire, et la « junte » masculine ne me contredira pas -à moins que je ne sois zarbi : faut être vachement zen pour pas perdre ses moyens devant trois anges de beauté: Imane, l’aînée de la bande avec ses 22 ans et ses 178 cm. Nezha, 18 ans, 182 cm, et Sarah, 14 ans et demi (l’âge où, en règle générale, les top-models les plus remarquables le sont -remarquées !), 180 cm.
Trois créatures longilignes, et pas 1 cm2 susceptible de fâcher !
Bien sûr que je me suis ressaisi. A temps ! La preuve : vous êtes en train de lire le présent… La preuve, je peux vous dire que ces trois-là ont la tête bien faite (évidemment !) et bien pleine (ce qui est plus surprenant, aurais-je complété si j’étais une mauvaise langue !)
Je peux également me permettre de rajouter -mais sans l’ombre d’un doute-, que c’est Sarah, la benjamine de la troupe (magnifique, la mine !), qui a remporté le concours national organisé par Metropolitan, le 17 juillet dernier, dans l’enceinte de l’hôtel Intercontinental de Meknès (Cf. encadré). Enfin, je peux affirmer que c’est, en partie, dans des modèles signés (de main de maître) Amina Benzekri Benrahal, cette styliste marocaine de renommée internationale, que les participantes au concours ont défilé.
J’ai passé un bel après-midi en compagnie des trois mannequins, aussi charmantes que posées, et des deux représentants de Metropolitan ; après-midi durant lequel Sarah, Nezha et Imane se sont pliées à une petite séance de photos devant le Twin Center, mais aussi dans le show-room d’Amina Benzekri Benrahal, sis boulevard Zerktouni, et dans la Maison Pierre Vinuesa (Val d’Anfa), cadre splendide dédié aux femmes et à leur beauté.
« Carina’s Angels »
Pendant que nous étions les hôtes de Pierre Vinuesa et de Jaouad Sebti, son acolyte, j’ai pensé à tous ces top-models internationaux que leurs homologues marocaines concurrenceront, mettront sur le carreau, bientôt : Laetitia « Casse toi » ! Qu’est-ce t’as ? Tu veux pas ? Tu veux rester là ? « Whakha » ! Mais rentre-toi dans ta « bella testa » qu’elle t’éclipsera, Sarah ; dans pas si longtemps que ça !
J’t’ai à la bonne, la Casta, et j’veux pas griller mes chances avec toi ! Mais Carina Landehag et Madani Benhayoun, émissaires, au Maroc, de Metropolitan (agence de mannequins française, leader dans le monde depuis les soucis d’Elite et de John Casablancas), responsables de la société GH2O te le diront aussi sec que moi. Ils soutiendront la même chose que moi, à savoir que la relève s’annonce menaçante, que des jeunes gazelles marocaines vont entrer dans l’arène, et qu’elles y feront preuve de la combativité des Lions de l’Atlas les soirs de grand football… Carina et Madani ! Tu dois les connaître ; vous bossez dans le même milieu, à Paname, Milan, L.A., etc.
« La gagnante du concours national de Meknès, Sarah, qui prendra part à la 5ème finale internationale du concours Metropolitan, à Marrakech, en novembre prochain, n’y fera pas de la figuration. J’ai au contraire le pressentiment qu’elle y brillera ! Le monde de la mode est sans cesse à la recherche de nouveaux visages, de nouveaux styles », indique Carina. « Comme ceux de Sarah et de ses deux dauphines, Nezha et Imane, qui s’envoleront, elles, pour Paris dans quelques semaines, pour y mener une carrière de top-models de chez Metropolitan », fait remarquer Madani, au passage.
Et Carina de poursuivre: « Aujourd’hui, les mannequins brésiliens ont la cote. Demain, ce sera le tour des Marocaines. Si je n’étais pas convaincue de cela, je n’aurais pas dépensé tant d’énergie à mettre sur pied le concours de Meknès.»
Carina, Suédoise, ex- diva des podiums, une des premières pièces maîtresses de Metropolitan, une de celles qui ont balisé le terrain aux Claudia Schiffer, Naomi Campbell, Eva Herzigova (les superstars de l’agence durant les « nineties »), sait parfaitement de quoi il retourne dans l’univers de la haute-couture. « Metropolitan et Elite se sont déjà intéressés au “mannequinat” au Maroc. Lorsque Elite a débarqué ici, on aurait dit un éléphant dans un magasin de porcelaine. Metropolitan, pour sa part, avait déjà organisé un concours local, ici, en 1999. Et nous avions constaté qu’il était un peu prématuré d’ouvrir une succursale… Aujourd’hui, nous nous apprêtons à lancer l’Académie Metropolitan, un espace où de nombreuses graines de stars seront prises en charge et formées, dans les règles de l’art, au métier de mannequin.»
Le concours international de Metropolitan, le « Metropolitan Top Model Maroc 2004 », est un événement colossal ; l’étape « pré-superstar en couv’ de Vogue USA » obligée des meilleures top-models en herbe de la planète ; une sorte de coupe du monde de la mode ! Avec des participantes qui débarqueront d’une palanquée de pays, 51 pour tout dire (tandis que la coupe du monde de football, la coupe de l’immonde Blatter*, ne met aux prises que 32 bleds).
Il y aura également des journalistes en pagaille, évidemment ; en veux-tu en voilà : une « deucentaine », qui ramèneront leurs fesses d’un peu partout. Dans les 80 chaînes de télé planétaires -la crème de la lucarne-, aussi, ainsi que tout plein de glamour, d’esthétisme, de paillettes, de « Dolce Vit’Halles »… Bingo ! La timbale ! Une exposition de premier ordre, six ans avant AFS 2010 !
Exposition médiatique
C’est en abritant des événements de cette envergure et de cette nature que le Maroc pourra relever les nombreux défis qu’il s’est fixés ! Selon Madani, une ville comme Marrakech, qui accueillera également, au cours de la même période, son désormais incontournable Festival du film, a tous les atouts en main pour muer en une sorte de Paris du Sud, en une sorte de nouveau temple universel de la mode. Carrément !
Il est vrai que des défilés de grands couturiers, de sommités de la joaillerie, ont fréquemment lieu à Marrakech, que les caftans sont les élèves marocains les plus distingués à l’école du village global (ex-æquo avec la musique gnaouie). Et, grâce à Metropolitan et à la bonne volonté des autorités locales, la beauté marocaine a, dorénavant, les moyens de faire parler d’elle, de s’exporter.
Quelle aubaine pour les jeunes et jolies filles comme Sawsan, l’une des 16 candidates du concours national Metropolitan (le casting initial a concerné 200 filles), serveuse de son état, repérée par Carina dans un petit resto du centre-ville de Casa ! Et, au diable les préjugés moyenâgeux !
M.L.
* Verbe/néologisme du 1er groupe, personne dont le comportement rappelle fortement celui d’une blatte. Quand y a les « spotights », elle se tient à carreau, mais Dieu seul sait combien elle s’active, dans la nébulosité des coulisses, là-bas, en « Chuiche », pourtant terre (entre autres) de l’insecticide.
Les coulisses et les « cool-islamistes »du concours
Initialement, c’est à Casa que les qualifications pour la finale de Marrakech, qui ont consacré Sarah, devaient avoir lieu ! Cela dit, le concours de circonstances qui a conduit les organisateurs à se rabattre sur Meknès est bienvenu, Pas seulement parce que Meknès est une ville où il ne se passe pas grand-chose, d’habitude ! Je m’explique.
C’est à la suite d’un imbroglio entre les responsables de Metropolitan et le propriétaire d’une enseigne prestigieuse à Casablanca que l’affaire a capoté. Une personne qui leur avait donné son accord de principe pour que son établissement accueille le concours ; une personne qui s’est défilée, ensuite, invoquant ses appréhensions par rapport à la sécurité.
Une certaine presse quotidienne a imaginé, rêvé ou entendu dire dans l’épicerie du coin ou va savoir quoi d’autre…, que de sérieuses menaces islamistes pesaient sur le concours qui s’est déroulé à Meknès, dans des conditions optimales, sans l’ombre d’une bisbille ! Il faut savoir que la mairie de Meknès est tombée dans l’escarcelle du PJD lors des dernières municipales pour commencer à comprendre où je veux en venir!
Vous voulez plus fort encore ? Prenez ça dans votre gueule : le Maire de la ville ismaïlienne, un gars qu’on pourrait, à première vue, prendre pour un « facho », au vu de sa couleur politique, faisait partie des 12 membres du jury (en compagnie, entre autres, de Sofia de la « star’ac libaniaise ») ! Space !
Tout n’est pas tout noir ou tout blanc ! Lui, par exemple, à l’occasion du concours de « mannequinat », il était gris ! Ah non ! Attention ! Ne vous méprenez pas ! Je n’insinue pas qu’il avait des verres dans le nez (il était gris très clair, très sobre !) Je m’étonnais juste qu’on puisse être barbu du PJD et, en même temps, « coolos » comme tout !
Mini-portraits
Sarah : Croisée par Carina devant le lycée Lyautey, où elle poursuit ses études (elle sera, la rentrée prochaine, en classe de Seconde.) Son père, très large d’esprit, est tout de même comme son ombre. Il la suit partout, et il entend préserver son petit bout de chou, qu’il sait embarqué dans une sacrée histoire ! Particularité : Gagnante !
Nezha : Trois années de carrière, durant lesquelles elle est apparue maintes fois sur Femmes du Maroc ! A défilé lors de Caftans 2004 et, l’année dernière, en marge du Festival international du film de Marrakech, lors d’un défilé Chaumet. Signe distinctif : cou très… Néfertiti
Imane : Affiche déjà quatre ans de défilés et de photos de mode au compteur ! Egérie de Pierre Vinuesa, elle a souvent fait la couverture de Femmes du Maroc, et c’est sur ce magazine que Carina a, comme elle dit affectueusement, repéré son joli minois d’Elfe. Titulaire d’un DEUG en économie. Son truc à elle : « tkhanzira » de folie