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Il y a changement et changement ...

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Cela peut paraître bizarre, mais je parle en connaissance de cause.
Qui aurait cru il y a quelques années, huit ou dix ans, que filles et garçons se retrouveraient pour une baignade estivale et joviale, je dis seulement joviale, au milieu d’un même bassin,  qu’un beau jour viendrait où l’on verrait des jeunes filles, des mamans, «dénudées» en maillots de bain, (deux pièces) et échancré, s’il vous plaît,  plonger aux côtés des mecs. Il y a quelques années, les épouses plus au moins instruites et modernes, ne pouvaient vivre ce plaisir qu’en voyageant loin de la ville où elles habitaient. Je parle des villes comme Méknès, Fès, Ouezzan... où pour parler des femmes on disait sans les nommer: «Mert Flen» ou «Mert Feltellen». Dans des piscines genre la Municipale, le Club, ou encore la Paix à Méknès, les femmes étaient souvent cachées sous les arbres en train de préparer la bouffe aux gosses et aux maris qui, eux, avaient le privilège de goûter au plaisir de la baignade. Se baigner en maillot de bain et devant les garçons? C’était une insulte à la famille. Jamais je ne saurais vous exprimer l’embarras dans lequel je me trouvais à chaque fois qu’il m’arrivait, gamine, d’accompagner mes frères à la piscine. J’étais presque la seule fille en maillot de bain. Et je devais subir tous ces regards «virils» focalisés sur un corps à peine «épanoui». Heureusement que j’ignorais encore les secrets et le suc de la vie.  la baignade «mixte» dans les piscines municipales dans les villes traditionnelles, date d’il y a à peu près une dizaine d’années. Interrogées, des habitantes de l’ancienne médina de Méknès, âgées d’une soixantaine d’années  m’ont dit, chacune selon ses convictions, que la joie qu’elles avaient vécue en suivant à la télévision et en direct le mariage du Roi Mohammed VI était immense, cette même joie, elles l’avaient vécue au temps de Feu Mohammed V, il y a de cela à peu près un demi siècle, lorsqu’il avait déclaré que ses filles, les princesses, avaient désormais le droit d’aller à l’école et de porter des robes. Elles avaient senti à ce moment là que le Maroc était en train de vivre une évolution et un changement. Ce qu’elles paraissaient regretter en répondant à mes questions, c’était que le fond ne suivait pas la même métamorphose que subissait la forme. Je ne dirai pas le contraire non plus.

I.K.



 

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