Les rues de Casablanca, mais aussi celles d’autres villes dans le vent du Royaume, sont une sorte de shaker, où prend un cocktail détonant, de cultures, d’influences, de courants vestimentaires... Casa, au gré des rues, des rencontres, c’est tantôt Zouqaq Al Madaq (quartier pop du Caire, cher à Najib Mahfoud), tantôt Bel-Air (quartier top de L.A.), Greenwich Village (quartier « Act’up » de NY)…
Un peu à l’image des grandes mégapoles occidentales, genre S.F., Londres ou Paris, Casa aussi a son Chinatown, son « Little Calcutta »… A leur manière, les Chinois de Derb Omar (le Sentier « casaoui ») influencent la culture marocaine. Ils vendent des gadgets à deux sous, mais en même temps, introduisent de nouvelles habitudes de consommation (de nouvelles habitudes tout court…) Quelques décennies auparavant, Casablanca avait déjà accueilli des commerçants (de Hi-Fi, de sapes…) indiens ; c’est, d’ailleurs, grâce à certains d’entre eux que le cinéma « bollywoodien » (les comédies musicales indiennes, kitsch comme tout) enregistre, aujourd’hui, dans les principales villes du Royaume, de meilleurs scores au Box Office que les productions hollywoodiennes.
La Chine et l’Inde, c’est pas la porte à côté. Et l’histoire des relations bilatérales du Maroc avec ces pays n’est pas séculaire ! Alors, il est, sur la société marocaine, des influences évidemment plus fortes que celles jouées par les cultures orientales précitées. Le Maroc a connu le colonialisme : ses tracas et ses humiliations, mais aussi cette manne inestimable qu’est l’acclimatation, quarante-trois ans durant, à une autre culture ; l’assimilation des « way of life » françaises et espagnoles. A cela il faut ajouter l’impérialisme indirect: l’”American way of life” a de beaux jours devant elle au Maroc. Hollywood, Mc Do, American Express..., sont les meilleurs émissaires de la culture U.S.
Et puis, l’Afrique aussi est omniprésente (et pas rien qu’un peu !), dans notre culture. Le succès planétaire du Festival Gnawa d’Essaouira en atteste. L’existence de la zaouia tijania à Fès également.
Et que dire des racines judaïques du Maroc ou encore du poids de la culture « amazigh », de la culture arabe ? Et ce panorama -ce cocktail de cultures-, serait-il complet si n’y étaient prises en considération les influences régionales, les tendances citadines et les traditions rurales?
En proposant un éventail, pour le moins caricatural, de profils et tendances vestimentaires et culturelles (les deux sont intimement imbriqués) qui ont cours dans ce pays, chez les jeunes notamment, La Nouvelle Tribune n’aspire pas à l’exhaustivité, mais seulement à énumérer les principaux ingrédients du cocktail Maroc.
Le Maroc est un carrefour de cultures. Je n’invente rien en soutenant cela. Et ça ne date pas de la dernière pluie! Cependant, ces dernières années, parce qu’un vent de libertés s’est levé (écoutez-le vouloir, craquer, chanter…), le cocktail prend mieux.
Pour qu’un cocktail soit réussi, goûteux et pas abrasif (une seule méchante gueule de bois à déplorer ces dernières années, après une nuit, celle du 16 mai 2003, où fut frôlé le coma éthylique), il va sans dire qu’il faut que le « bartender » soit à la hauteur.
Dossier réalisé par Mehdi Laaboudi et Ingrid Ober (Caricatures: Yacine)
* Comme le film, mais avec un « bartender » qui assure plus encore que Tom Cruise