Véritable sujet d’inquiétude, les accidents de la route font depuis quelque temps la une des tabloïds. Ils coûteraient à l’État la bagatelle de quelque 11 milliards de Dhs par an. Un chiffre qui risque d’augmenter, puisque le taux des accidents a connu durant les dernières années une recrudescence alarmante. Aussi, est-on déterminé à combattre ce mal qui gangrène notre société, à travers une nouvelle loi en gestation au ministère du Transport et de l’Équipement. Cependant, il ne s’agit pas uniquement de légiférer, mais encore faut-il appliquer les textes. Car nombreuses sont les lois qui ne sont jamais appliquées.
Il est clair que l’inadvertance et l’incivisme comptent parmi les facteurs majeurs à l’origine des accidents de la circulation. «L’alcool demeure l’une des principales causes des accidents de la circulations à Casablanca» déclare-t-on à la Préfecture de Police du Grand Casablanca, qui fait de l’organisation de la circulation son mot d’ordre. L’objectif étant d’assurer une fluidité de la circulation à travers une organisation vigoureuse d’une part et d’autre part réduire l’effet de l’hécatombe. Dans cette optique, les Casablancais ont dû noter une plus forte mobilisation du Service des Accidents de la Circulation (SAC). Le nombre de radars, mais aussi d’agents s’est vu accru dans la métropole. C’est une douzaine de radars qui sont déployés dans le Grand Casablanca. Sur les 12 radars que détient Casablanca, c’est à Anfa, (commune qui donne de véritables maux de tête aux agents la Sûreté nationale) que revient la part du lion. Ce sont 5 radars qui y sont déployés.
En effet, si Anfa représente le plus grand nombre d’infractions aussi bien sur le plan des contraventions de la circulation (et par conséquent des accidents) que sur le plan de la criminalité, c’est parce que tout y est concentré : Administrations, banques, infrastructures hôtelières, restaurants, bars, Boîtes de nuit... Du coup, cette partie de la ville connaît une forte pression et c’est ce qui explique tous les maux dont elle souffre.
Selon les statistiques, on note que cette mobilisation, qui déplaît à certains citoyens, qui la ressentent comme un abus, commence relativement à porter ses fruits. Le nombre des accidents est passé de 431 au mois de mai à 380 au mois de juin. Les accidents corporels sont, quant à eux, de l’ordre de 255 en juin contre 288 en mai. Sur le plan des accidents mortels, on note une baisse importante puisqu’on est passé de 9 à 2 pour la même période. Par ailleurs, le nombre de blessés graves est passé de 04 à 08 ; alors que celui des blessés légers est passé de 333 à 285 entre le mois de mai et le mois de juin. Paradoxalement, le chiffre des contrôles à quant à lui baissé. Il est passé de 13 055 véhicules contrôlés en avril à 12 726 en mai. Le nombre des P.V. dressés a diminué de 5917 à 5792. Tout comme le nombre de véhicules mis en fourrière s’est réduit 1064 à 929. Paradoxalement le nombre de permis de conduire retirés s’est accru en passant de 327 à 486 pour la même période. Une question que les citoyens considèrent comme un abus de pouvoir, puisqu’ils estiment que la loi ne permet le retrait de permis que dans des situations bien déterminées (voir encadré), autrement l’agent n’a pas le droit de retirer le permis du contrevenant. Alors que certains agents avancent qu’ils ont l’ordre de leurs supérieurs hiérarchique de procéder au retrait de permis. Ce que ces derniers réfutent catégoriquement. «L’agent est assermenté et par conséquent habilité à apprécier la nature des contraventions nécessitant un retrait de permis de conduire».
L’infrastructure fait défaut
Il convient de rappeler que Casablanca s’est étendue, faisant l’objet d’une forte concentration démographique et industrielle et à défaut d’un transport en commun convenable, le parc automobile s’est accru d’une manière considérable, tout comme ceux qui n’ont pas les moyens de se payer ce luxe (qui est loin de l’être au Maroc car posséder un véhicule est une véritable nécessité) se contentent d’un vélo ou d’un vélomoteur. Ce qui explique la forte pression que connaissent ses routes. De surcroît, les parkings font défaut à Casablanca, ce qui complique davantage le problème de la circulation.
Casablanca est devenue à cause des néo-citadins qui s’y sont installés en masse et qui ignorent le B.A-BA du civisme et du comportement urbain, la métropole de tous les records : Désordre, saleté, pollution, abus... Souffrant d’une multitude de maux, la ville ne semble répondre à aucune norme, aucune réglementation. Elle est devenue au fil du temps, une véritable bombe à retardement. Certes, un regain de l’ordre et de stabilité est perçu, mais de grands efforts restent à fournir pour atteindre un standard d’organisation optimal. Les responsables de la Sûreté Nationale du Grand Casablanca reconnaissent que la tâche est ardue, mais «la mission n’est pas impossible. Il suffit d’abnégation et de ténacité pour y parvenir. En attestent les progrès réalisés à ce jour.» Lorsqu’on évoque le manque d’effectifs ou de moyens, ils répliquent que tout est question d’organisation, de gestion, mais surtout d’implication et de volonté. Pour y parvenir, un seul moyen : faire appliquer la loi. A la Préfecture de Police du Grand Casablanca, on tient à préciser que les responsables sont intraitables quant aux personnes qui se croient au dessus de la loi. Tous les citoyens sont égaux devant la loi et par conséquent doivent répondre de leurs actes. L’impunité, ils ne connaissent pas !
Il est par ailleurs à rappeler que le rôle du citoyen dans ce rouage est loin d’être négligeable pour permettre un cours normal des institutions. Car, soyons lucides, si sur ce plan il y a dysfonctionnement, il serait le résultat d’un manque de civisme ou comme disait le Pr. Rivero, il serait inconvenant de reprocher à une lampe de ne pas éclairer tant que le contact n’a pas été mis.
A ce titre, la campagne de lutte contre les accidents de la circulation semble être percutante. Pour la première fois, on ne responsabilise pas uniquement les conducteurs mais les piétons et les autres usagers de la route sont au centre de cette campagne. Pour autant, des mesures répressives doivent accompagner de telles initiatives. Piétons, vélomoteurs, cyclistes ou automobilistes, tout le monde est concerné. Cependant, force est de constater que la loi est plus sévère vis-à- vis de l’automobiliste. En cas de pépin, c’est ce dernier qui est sanctionné. Seuls les conducteurs continuent d’être sanctionnés. Alors que les responsables du service des accidents de la circulation sont unanimes les piétons et les jeunes conducteurs en état d’ivresse, sont les principales causes des accidents de la circulation. D’où l’importance d’une prise de conscience, on ne peut pas aspirer à un espace urbain ordonné, à une vie en communauté organisée, si on ne remet pas en cause toutes ces valeurs liées à l’éducation et au respect de l’autre et qui sont en déperdition dans notre société alors qu’elles sont à l’origine même de notre culture arabo-musulmane. On ne peut pas exiger des forces de l’ordre, qui sont en fait, au service du citoyen, de lui assurer la sécurité, l’ordre et la tranquillité à même de lui permettre de vivre en toute quiétude en communauté, si le citoyen ne sait pas où commencent ses droits et où ils s’arrêtent. Il y va de l’intérêt de tous à veiller au respect du Code de la route. Ce qui appelle l’engagement de toute une population pour arriver un jour à réduire les effets de l’hécatombe.
Certes, on notera avec satisfaction une plus grande mobilisation des forces de l’ordre, particulièrement, les week-end, de jour comme de nuit, pour une meilleure garantie de l’ordre. Mais, il reste encore à faire, si au niveau de la circulation, on assiste à une organisation relativement optimale, due sans doute au nombre de radars et d’agents mis en service et qui ont pour effet, de dissuader les kamikazes de la route de faire des rallyes mortels, sur le plan sécurité, on note une amélioration, il reste encore des efforts à déployer. En effet, la partie Corniche et Ain Diab connaît une affluence particulière pendant le week-end. Pour assurer une fluidité de la circulation, mais aussi sécurité et ordre, l’effectif des agents de la Sûreté nationale passe pratiquement du simple au double. En tout cas, à ce jour, on peut noter une maîtrise de l’ordre qui, on l’espère, ne se relâchera pas.
Stop, feu rouge !
On nous a toujours répété que partout c’est pareil, le problème de sécurité se pose dans toutes les métropoles et que le taux de criminalité y est toujours élevé. Mais les Casablancais, et c’est légitime, aspirent à plus de sécurité aux feux rouges, où ils sont agressés soit par des mendiants, des SDF ou encore des enfants de la rue complètement «shootés». Les pickpockets font du quartier Maârif (grands magasins, Twin Center...) leur fief.
Par ailleurs, il est à noter que sur le plan de l’organisation, un travail salutaire a été effectué au niveau des grands taxis stationnés devant les hôtels. Le cas des grands taxis en face du Hyatt Regency et qui créaient une anarchie déconcertante obéissent aujourd’hui à une organisation correcte. Ce sont, en effet, quelque 2465 permis de confiance qui ont été retirés entre janvier et mai 2004. Malheureusement, du côté des taxis rouges, particulièrement ceux de Casa Port, c’est le désordre total. Si au niveau de l’administration on assure que l’ordre est garanti au niveau du stationnement en double file, notamment, le citoyen, lui, perçoit toujours cette anarchie. «Des taxistes hors la loi», c’est l’impression qui se dégage quand on voit la loi de la jungle qui règne dans ce secteur et en particulier à cet emplacement. Outre l’état crasseux de leur véhicule et de leur tenue vestimentaire qui dissuaderait tout usager de les utiliser. Aussi, notera-t-on que la question de l’ordre n’est pas uniquement une affaire de responsables mais implique la responsabilité de tous. Elle commence d’abord par l’éducation et le respect de soi et de l’autre.
En somme, la ville a besoin d’une véritable opération esthétique pour lui insuffler une nouvelle physionomie. Néanmoins, une forte volonté et un travail soutenu peuvent changer cette donne et faire basculer Casablanca dans une ère d’organisation, en vue d’un développement durable. Cela répondra non seulement aux attentes d’un électorat et d’un contribuable, en droit d’aspirer à un espace urbain convenable, mais permettra également une revalorisation de la ville sur tous les plans.
L.O. et H.Z.
Retrait de permis, que dit la loi ?
Le fameux article 2 du Code pénal marocain stipule que «nul n’est censé ignorer la loi». Le même code prévoit dans son article 435 qu’un retrait du permis de conduire ne peut être effectué ou imposé au conducteur qu’en cas d’ivresse et si le contrevenant commet une infraction provoquant un accident de la circulation entraînant un homicide involontaire. Dans le cas contraire, l’acte en question reste infondé et contraire à la légalité.
C’est, dira-t-on, le point qui demeure ambigu à plus d’un titre. Si l’exécution d’une loi ne peut se faire que dans un cadre exclusivement légal, les instructions ou les ordres n’ont aucune raison d’être face à un texte législatif clair et précis. De surcroît, toute explication devient dénuée de fondement ou, pis encore, génératrice d’équivoque et d’interprétation absolument opposées.
Cependant, le problème qui se pose sur ce plan se situe au niveau du sort du P.V. que dressent les agents de la circulation aux conducteurs. Un sort qui, sans suite judiciaire, demeure inconnu. Ce qui atteste d’un vide en la matière, en raison d’un manque en terme de technologies de l’information. Nombreux sont les contrevenants qui demeurent dans l’impunité totale, ce qui représente un manque à gagner important pour l’État qui ne récupère pas les montants des contraventions. Résultat : les conducteurs de mauvaise foi n’hésitent pas à commettre de graves infractions, sachant qu’un P.V. adressé au tribunal n’a pas d’effet et par conséquent le contrevenant ne risque pas grand chose. C’est dire qu’il existe un problème entre la théorie et la pratique.