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La prévalence du diabète est plus importante chez les pauvres Un diabétologue s’exprime

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La Nouvelle Tribune : Pourquoi le diabète gagne-t-il du terrain au Maroc et est-ce que les citoyens sont conscients de la gravité de cette pathologie ?

Dr Khlafa : Cela n’est pas exclusif au Maroc. Le diabète fait partie des 10 ennemis de la santé à savoir le Sida, la sous alimentation, les carences en fer, l’obésité, le tabagisme, l’HTA, l’alcoolisme et la pollution de l’air et de l’eau. Actuellement, il est considéré comme une épidémie, avec une explosion inquiétante dans les pays en développement. Les causes principales étant la surcharge pondérale, la sédentarité et la pauvreté. Une étude effectuée à New York, a révélé que les quartiers les plus pauvres sont les plus touchés par le diabète. L’alimentation la moins chère étant la plus calorique.
Au Maroc, la majorité des gens ne savent pas qu’ils sont diabétiques, à cause d’un manque de dépistage, notamment pour le diabète de type 2 (non insulino dépendant). Et c’est justement ce type de diabète qui est épidemique, avec une grande prévalence dans le rang des enfants.

Mais d’habitude ce genre de diabète est plutôt connu chez les personnes âgées ?
En effet. Et c’est pour cette raison que le diabète inquiète aujourd’hui tous les acteurs de santé publique, à travers le monde, et c’est pour cela qu’on lui accorde toute l’attention nécessaire dans les pays développés, à cause de cette prévalence dans le rang des enfants. Auparavant, les enfants faisaient l’objet de diabète de type 1, (insulino-dépendant) aujourd’hui, on assiste à un phénomène grave chez cette jeune population, celui du diabète de type 2 . En 1900, le taux de prévalence du diabète chez les indiens Puma, était de 0%, actuellement il est de 50%. C’est la sédentarité et l’obésité qui en sont à l’origine. Le plus jeune diabétique (type 2) est un enfant indien de 6 ans. Malheureusement le Maroc n’est pas épargné. Nous avons hérité des mauvaises habitudes de l’occident et cela agit sur notre santé et celle de nos enfants. L’occidentalisation de notre mode vie est à l’origine de cette pathologie.

Comment peut-on s’en prémunir ?
Par la prévention et la sensibilisation: une alimentation équilibrée, une activité sportive régulière et des tests réguliers de dépistage. D’un autre côté, la sensibilisation sur la gravité des complications est aussi importante. Beaucoup de diabétiques ne sont pas conscients des complications qu’ils encourent. Ces complications ne présentent généralement pas de signes, il faut aller les chercher. Or souvent, les patients ne consultent que lorsque le problème atteint des proportions importantes.

Pour quelles raisons, selon vous ?
Une mauvaise prise en charge, liée en premier lieu à un manque de couverture sociale, de ressources mais aussi à une inconscience résultant de l’ignorance. Résultat, la maladie fait des ravages et nous, praticiens, on se retrouve parfois incapables d’aider ces patients qui ne se manifestent qu’une fois que la maladie a fait des dégâts irréparables. Partant, l’éducation du malade est impérative. Il doit avoir accès à l’information pour connaître les moyens de traitement et mesurer la gravité des complications.

Il doit également avoir accès à la médication. Si les patients ont des complications, c’est parce qu’ils n’ont pas les moyens de se soigner, en particulier les insulino-dépendants !
En effet, l’insuline c’est plus qu’un médicament, elle est vitale pour les diabétiques de type 1. On peut se passer du sucre, mais on ne peut pas se passer d’insuline. Certes, l’insuline est primordiale, mais la prise en charge du diabète ne se limite pas uniquement à l’insuline. La surveillance du diabète représente 50% du traitement. Un diabétique sans contrôle c’est un chauffeur sans tableau de bord, il n’a aucun signal pour l’avertir en cas de dysfonctionnement. Les appareils et les bandelettes, non remboursées par la majorité des  assurances et mutuelles, sont indispensables dans le cadre d’une prise en charge globale du diabète. Le diabète chez la femme enceinte doit faire l’objet d’une surveillance minutieuse à longueur de journée, tout comme un enfant diabétique doit être surveillé pour éviter toutes complications. Car cet enfant diabétique est le citoyen (avocat, ingénieur, instituteur, ministre...) de demain ; sa croissance physique, morale, reproductive dépend de l’équilibre de sa glycémie. Le vieillard diabétique, avec une espérance de vie plus longue, doit également faire l’objet de notre intérêt. Outre le diabète, les personnes âgées souffrent de plusieurs maladies à la fois (HTA, cardio-vasculaires, ...), malheureusement, ils n’ont pas toujours les moyens de se soigner.

Si vous aviez un message à passer aux pouvoirs publics pour améliorer cette donne, que diriez-vous ?
Il faut revoir la prise en charge du diabète dans sa globalité. Ce que nous revendiquons c’est la mise à niveau de la prise en charge de cette pathologie selon les recommandations internationales. A ce titre, en France près de 88% de la population diabétique utilisent le stylo. Ce que nous souhaitons vivement pour nos patients. Par ailleurs, la CNOPS a prévu de rembourser 3 bandelettes /jour, mais cela reste sur le papier uniquement. Aussi, je saisis cette opportunité pour lancer un appel à la CNOPS et autres mutuelles, pour traiter les dossiers des diabétiques en priorité. Les patients attendent jusqu’à 6 mois avant d’être remboursés, d’où le taux élevé d’abandon de la thérapeutique. En France cela ne dépasse pas une semaine.

L’abattement des droits de douane pour l’insuline ne vous paraît pas plus intéressant que la gratuité (au niveau des communes) qui a montré ses limites, que vous connaissez d’ailleurs assez bien de par votre contact permanent avec les patients ?
En effet, il est temps de revoir toute la prise en charge du diabète en commençant par les réductions des tarifs des médicaments qui passent par l’exonération des droits de douane.

Propos recueillis par
Leïla Ouazry


Triste vécu d’une diabétique marocaine

Agée de 66 ans, Oubad Alaounia, sous insuline depuis 20 mois, nous raconte ses déboires, faute de moyens,  avec la maladie.
«J’utilise l’insuline à raison de deux fois par jour, ce qui me fait deux flacons par mois. Jusqu’à une date récente, je n’avais pas de problème pour me soigner. Mon mari a une mutuelle et de ce fait, je suivais ma thérapeutique aussi bien pour le diabète que pour l’HTA, sans problème. J’étais également suivie par un endocrino qui me recommandait de temps à autre quelques bilans sanguins. Mais depuis un mois tout a basculé. Je suis incapable de poursuivre mes traitements parce que je n’ai plus de mutuelle. Mon mari m’a quittée, je n’ai plus de nouvelles de lui, et comme je n’ai jamais eu d’enfants et que je ne travaille pas, je n’ai aucune ressource. Aujourd’hui, je vis dans une maison (une pièce et une cuisine) que j’ai héritée de mes parents. Ma santé ne me permet plus de travailler, je peux mendier pour manger. En fait, le menu est toujours le même, pain plus thé ou café sans sucre. Cependant, l’insuline je ne peux pas la mendier, je suis allée à la commune, mais ils m’ont dit qu’ils n’en ont pas. J’ai prié une infirmière dans un cabinet privé qui a accepté de me faire l’injection. Avant de faire l’injection ce matin, ma glycémie a atteint 4g. J’ai peur de tomber dans le coma, alors que je vis seule, tout comme j’ai peur de perdre la vue sachant que je n’ai pas d’enfants pour s’occuper de moi».



 

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