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Vous dites insécurité ? Casablanca

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La ville de Casablanca a enregistré plusieurs cas de violence depuis le mois d’août dernier, dont 5 meurtres, non encore élucidés. S’agit-il d’une recrudescence de la violence dans la société marocaine qui donne ainsi lieu à un problème d’insécurité, ou simplement d’une panique quelque peu exagérée?

 

Une série de meurtres à Casablanca, (5 au total, à ce jour ) continue de poser problème à la Brigade Nationale de la Police Judiciaire (BNPJ), qui s’active sans relâche pour épingler le ou les auteurs de ces crimes perpétrés entre août 2002 et février 2003. Résultat, une psychose est en train de gagner les habitants de la ville, alors qu’en réalité le phénomène est loin d’être nouveau. Casablanca a déjà connu des cas similaires, seul élément nouveau, la presse en parle, le «téléphone arabe» fonctionne et le phénomène prend de véritables  surdimensions . «Une certaine presse, pour mieux vendre, est autant responsable, et est même à l’origine de cette psychose», déclare-t-on à la préfecture de police de Casablanca, qui atteste, chiffres à l’appui, que le taux de criminalité a même connu une légère baisse durant les dernières années.

 

Périodes de crise

 

Selon certains enquêteurs de la P.J, depuis l’avènement de l’indépendance, il y a toujours eu des périodes où le crime s’accroît et prend une dimension alarmante. Pour ne citer que quelques exemples, les Casablancais se rappellent du cas d’un dénommé Moutachaouik, qui kidnappait des enfants en 1978  et les étouffait après avoir encaissé la rançon versée par leurs parents. Il a été arrêté 12 mois après, mais 7 enfants ont quand même été tués. Ou encore, la bande de malfrats qui s’attaquaient, en 1990, aux vieilles femmes de confession juive, qu’ils assassinaient après les avoir dépossédées de leurs biens. (imaginons un peu le chahut que cela aurait créé dans la conjoncture actuelle!). Le cas de Ninja qui a également fait beaucoup de bruit en 93/94. Et  la liste est encore longue. Certes, ces 5  meurtres poussent à réfléchir, il va sans dire qu’on assiste à une recrudescence de la violence à Casablanca, mais de là à parler d’insécurité, c’est quand même un peu fort. «Les 5 meurtres se sont produits dans des résidences privées, et non sur la voie publique», lance un enquêteur. En effet, quelques cas de meurtres ne représentent quasiment rien par rapport à ce qui se passe dans les autres métropoles. Selon un sociologue exerçant à Casablanca, la société marocaine a connu durant la dernière décennie de nombreuses mutations, des tabous sont tombés, des libertés ont émergé, un éclatement de valeurs s’est installé et par conséquent les comportements ont changé. Ce qui se reflète dans certains actes et agissements. Mais ils ne devraient en aucun cas être amplifiés de manière à créer des zizanies inutiles, même si cela pourrait bénéficier à quelque minorité...

Par ailleurs, la BNJP affirme que la série de meurtres perpétrés à Casablanca sera élucidée prochainement. C’est une question de temps. La police ne détient pas une baguette magique, qui va la guider vers les assassins, mais elle dispose de techniques d’investigations basées sur des données à vérifier. D’où l’importance du facteur  temps, avance-t-on à la BNJP. Toutes les pistes sont investies, les indices regroupés et les informations recoupées. Ce qui nécessite un temps considérable. Or, dans le cas des 5 meurtres, l’auteur ne laisse aucun indice permettant d’identifier les victimes, ce qui rend la tâche des investigateurs encore plus délicate. Les victimes n’étant pas identifiables, personne ne signale leur disparition. Cela relève, il est vrai, d’un problème de société. Près de 30% de la population marocaine sont non identifiables.

 

Les professions touchées

 

L’exemple des employées de maison ayant quitté le domicile parental pour trouver un emploi à Casablanca, est très répandu. Ces filles, souvent vulnérables et candidates à la débauche, se mettent à 3 ou à 4, louent une chambre et s’adonnent à différentes pratiques condamnables  (prostitution, racket...). Partant, si un problème survient, personne ne demande après elles car pour leurs familles, elles travaillent à Casablanca. Or, pour  la police également, ces filles n’existent pas officiellement, puisqu’elles ne disposent pas de CIN et ne sont affichées nulle part. Selon certains responsables de la BNJP, la scène du crime n’est pas organisée de manière à exploiter les nouvelles techniques dont dispose la police. «Nous travaillons dans un champ opaque, dans une anarchie totale.» En effet, contrairement, à ce qu’on pourrait penser, la BNJP a les moyens humains et scientifiques, mais la société ne suit pas, elle demeure sous développée. Dans ce sens où les administrations ne disposent pas encore de bases de données informatisées à même de faciliter les investigations des enquêteurs. D’où le recours à des techniques archaïques  qui mettent plus de temps pour aboutir. D’autre part, les mentalités non plus n’aident pas beaucoup (l’analphabétisme y est aussi pour quelque chose). Les investigateurs évoquent le manque de collaboration de la population. Selon, la BNPJ, rares sont les fois où la police reçoit un coup de fil pour dénoncer tel ou tel acte. Et les rares fois où cela arrive, il s’agit de règlement de compte ou de fausses pistes qui font perdre du temps  aux investigateurs, sans plus. Or, la contribution des citoyens est fortement souhaitée, elle permettrait sans nul doute de mettre la main rapidement sur les malfrats et serait un sûr moyen de prévention, à même de dissuader les criminels. D’ailleurs, la BNPJ a pu mettre la main, il y a quelques mois, sur un malfaiteur qui tentait de s’introduire dans  une banque jouxtant un terrain vague, un jour férié, et cela grâce à un simple coup de fil d’un citoyen qui l’a aperçu à partir de son balcon. Les Marocains n’ont pas de bonnes relations avec la police. Dans tous les esprits, témoigner équivaut à une série de va-et-vient et de tracas inutiles. Résultat, tout le monde reste dans son petit coin, même s’il détient des informations qui pourraient être la pièce manquante pour le puzzle. Il serait donc temps que les Marocains aient cet esprit de responsabilité et dénoncent tout acte qui leur paraît anormal, qu’ils fournissent toutes sortes d’infirmations ou d’indications qui pourraient avoir un rapport avec tel ou tel méfait (non en tant d’indicateur ou informateur, mais en tant que citoyen responsable). C’est seulement ainsi, que les auteurs de ces ignobles meurtres pourront être épinglés et non en signalant à tort et à travers qu’il y a un problème d’insécurité sans se sentir pour autant le moins du monde concerné. Cela est, il est vrai, du ressort de la police, mais si on peut l’aider d’une manière ou d’une autre, c’est beaucoup mieux.

Enfin, il est à signaler que les premières constations des enquêtes relatives aux 5 affaires en suspens, relèvent qu’il ne s’agit pas de l’acte d’un sériel killer, puisque les mobiles, les motivations et la manière d’agir diffèrent, même si l’hypothèse de vengeance et d’affaires de mœurs est omni présente. Tout comme il est expressément précisé que ces crimes n’ont aucun lien avec les groupuscules islamistes.

Une chose est pourtant sûre, la BNPJ est déterminée à mettre la main sur ces assassins. Elle déploie tous les efforts nécessaires pour un prompt résultat. 

 

Leïla Ouazry



 

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