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Bouquet final à Essaouira ! Vacances alternatives dans la région de Marrakech Reportage

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Gloire à l’ONCF et honneur aux cheminots ! Sans doute, rien ne vaut les voyages en train lorsqu’il reste encore 40 kilomètres de route en 4x4, au départ de Marrakech, avant de parvenir au lieu mystérieux où mes amis m’attendent. Encouragé à la contemplation par un chauffeur très silencieux, je me laisse aller au défilé des paysages dans le soleil couchant, mais qui n’en finit pas d’illuminer de couleurs changeantes la montagne, la campagne, les arbres et les maisons.
Dans les environs d’Amizmiz, village des contreforts de l’Atlas célèbre pour sa proximité du barrage Lalla Takerkoust et d’ancienne tradition touristique dans la veine bon enfant, (sans oublier le jet ski), un panneau surgissant d’une piste à droite de la route annonce soudain " La Petite Ferme " : " C’est là, m’annonce mon chauffeur, nous sommes arrivés, grâce à Dieu ! "áá Le 4x4 s’engage dans la piste, franchit un portail, les pneus crissent sur le gravier du parking, me voilà rendu. Patrick, le propriétaire-gérant, un solide gaillard de Français, me reçoit chaleureusement : " Bienvenue à la campagne ! Lahcen va vous conduire à votre chambre et vos amis vous attendent au bord de la piscine autour d’un rafraîchissement…"
"La Petite Ferme", c’est d’abord une vraie ferme, une poignée d’hectares plantés d’une vigne trentenaire et d’arbres fruitiers généreux, parmi lesquels une grande part d’oliviers. La bâtisse, entièrement refaite par Patrick, abrite sept chambres. Elles sont aménagées avec goût et beaucoup de soin. Leur décoration donne tout de suite le ton : les murs en très beau pisé, le plafond où s’entrelacent bois et roseaux, la cheminée de campagne et ses meubles assortis, tout cela change très agréablement des palaces citadins.
Retrouvailles entre amis autour de la piscine. C’est la dernière heure de soleil, le moment est à la communion. L’agencement du club-house se prête admirablement à toutes les ambiances : tente berbère, salon de banquettes basses et coussins à profusion, transats et parasols. Ce soir, ce sera dîner aux chandelles sous la tonnelle, face au lever de lune… La nuit tombée, le verger occupe mystérieusement l’espace. La nature semble reprendre ses droits sur la ferme et ses concessions au confort moderne.

Rien ne vaut les vacances à la campagne

La région de Marrakech compte une dizaine de ces gîtes ruraux qui composent, toutes catégories confondues, un large éventail de prestations. Cela va de la qasba berbère reconstruite à l’identique d’après modèle existant, au village de tentes au bord du lac ; de plus en plus spéculative, la fièvre d’investissement dans ce créneau est d’ailleurs encouragée par une demande sensiblement croissante, relayée par une presse spécialisée enthousiaste : des vacances autrement, tout le monde en redemande ! Bien entendu, il faut aimer vivre au contact de la terre, ne pas redouter les petites bêtes qui pullulent dans la végétation et surtout, avoir du goût pour le principe des maisons d’hôtes, ces hôtels très particuliers où les clients sont censés prendre leurs repas à la table du patron.
Au programme de ces vacances entre piscine, montagne, vigne et oliviers, toute une série d’activités : baignade le matin, excursions l’après midi, puis retour à la ferme pour le rituel du rassemblement au coucher de soleil dans la convivialité du club-house. Il n’est plus question que de douceur de vivre et de convivialité sportive, entre revanche aux boules et défi en VTT… Pour tous, la même sensation d’une retraite dans une autre dimension, tant il est vrai que rien ne vaut les vacances à la campagne pour se purger des bruits de la ville, de sa fureur et de ses méfaits.
C’est précisément pour cette raison que Franck et Marie-Lore sont attendus ce soir chez Patrick. Ce couple organise à partir de Paris des séjours de détente et de remise en forme, physique et mentale, pour des groupes de gens très stressés, auxquels Franck et Marie-Lore expliquent l’art d’être heureux. Eux, leur créneau, c’est le Spa, le tourisme de bien-être. Ils sont à la recherche d’un espace qui leur permettrait de prolonger, auprès de leurs clients, les bienfaits de leur enseignement. Visiblement, ils sont tombés sous le charme du lieu et Patrick peut  raisonnablement compter sur cette clientèle-là.
Au quatrième jour de mon séjour, mes amis me proposent une journée au lac : pédalo, canoë, bronzette sur le radeau et baignade à gogo ! Nous voici au Relais du Lac, tenu par Daniel et Jean-Charles. À première vue, on se dit que le lac du barrage Lalla Takerkoust est étonnamment sous aménagé et l’on se prend à rêver, pour ce site, d’un véritable foisonnement d’espaces d’accueil et d’activités de loisirs.
On m’explique que c’est pour bientôt, dans la mesure où un certain M. Trigano a déjà fait l’acquisition d’une immense parcelle de terrain en  bordure du lac ; il n’y aurait plus qu’à attendre que les promoteurs obtiennent enfin carte blanche pour lancer leur projet et amorcer ainsi la pompe du développement touristique par l’émulation et l’intégration.
Mais il fait de plus en plus chaud. Aussitôt, l’on est pris par la torpeur ambiante, cette apathie très marocaine qui contribue mystérieusement au charme de notre modèle touristique. Et l’on se dit, tout compte fait, que l’aménagement du lac n’est pas si urgent, ce qui relance immédiatement la polémique entre deux camps de vacanciers : ceux qui prêchent pour l’aménagement bétonné et ceux qui préféreraient que les rives du lac demeurent telles qu’elles sont, avec très peu d’indulgence pour les " jet skieurs " et leur folie de compétitions, qui causent d’ailleurs bien du tourment aux poissons...
Entre chasses gardées commerciales et zones d’hostilité du milieu naturel, force est de constater qu’aux bords du lac, l’ombre se fait de plus en plus chère… Jean-Charles en profite pour faire remarquer qu’il est bien difficile de rentabiliser quoi que ce soit dans le coin étant donné les comportements en vigueur sur le marché. Et d’évoquer avec agacement ces opérateurs qui ne connaissent du renvoi d’ascenseur que les 20 % de commission qu’ils exigent du Relais pour les clients qu’ils y envoient. On comprend Jean-Charles et son indignation : pour ces opérateurs-là, il est évidemment plus intéressant de parasiter que de créer et de développer…

Bienvenue à Essaouira, la ville dans le vent !

Retour à la ferme après un tour d’horizon mitigé de l’avenir touristique et balnéaire du lac du barrage Lalla Takerkoust. Hélas ! Fraîcheur du verger ou pas, quand il fait chaud dans la région, ça ne fait pas semblant ! Heureusement, mes amis m’annoncent la suite du programme : week-end à Essaouira pour un peu de vent marin après la fournaise campagnarde. Pour surfer ? Non, mieux que ça ! Nous allons à Essaouira faire du cerf-volant…
Du cerf-volant, comme des enfants ? On m’explique que cette pratique est devenue un véritable sport de compétition, opposant tout au long de l’année des passionnés du monde entier. À Essaouira, les " cerfs-volistes " font souvent partie de la communauté des surfeurs. Rien d’étonnant à cela, ils partagent au fond la même passion du vent, de sa puissance et ses mystères.
Bienvenue à Essaouira, la ville dans le vent ! Mes amis et moi profitons des derniers jours de tranquillité de cette délicieuse cité, avant le déferlement de la transe gnawi. Sur la plage, où mes amis ont entrepris de m’initier aux joies du cerf-volant, nous faisons la rencontre de Michèle. La jeune femme vient de s’offrir une longue session d’acrobaties aériennes qui avait tout d’une danse avec le vent. Cette pratique requiert en effet une fusion parfaite entre le corps et la toile, unis par deux fines cordelettes dont il s’agit de doser la traction afin de se maintenir en l’air le plus longtemps possible, évidemment.
Une demi-heure plus tard, je suis conquis. J’ai vécu à mon tour ce moment inoubliable où vous sentez soudain la toile, portée par le vent, chercher d’elle-même à franchir un nouveau palier et monter plus haut. Puis celui où vous comprenez que vous avez compris la façon de faire, simplement parce que vos mains finissent d’elles-mêmes par exécuter les mouvements qu’il fallait, avant de gagner progressivement en synchronisation. Jusqu’au moment où vous vous rendez compte que dans le ciel où s’ébat désormais votre cerf-volant, les mouettes grincheuses elles-mêmes vous envient votre nouvelle liberté…
Plus tard, Michèle nous confie son rêve de voir de plus en plus de plages marocaines vouées à cet art venu de Chine, porté par la mer et le vent. " L’avantage du cerf-volant, poursuit-elle, est que sa pratique ne coûte rien et ne demande pas de capacités physiques particulières. C’est donc le loisir balnéaire populaire par excellence. Et quel plaisir de parvenir à maîtriser finalement le plus insaisissable des éléments ! "
À sa suite, on se prend à rêver de plages où les " cerfs-volistes " auraient supplanté les footballeurs du dimanche… Et pourquoi pas un festival consacré au cerf-volant et qui viendrait renforcer l’image poétique d’Essaouira ? L’idée est en l’air, mes amis et moi lui souhaitons bon vent !
C’est la fin de mes vacances "alternatives". J’en reviens plus riche d’une partie de moi-même dont je ne soupçonnais pas l’existence. J’étais un touriste de l’intérieur, me voilà élevé au rang de passeur : comment résister à la tentation de répandre autour de soi un peu de l’esprit de ces voyages-là ?

Amine Fawzi



 

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