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Tourisme et santé, une niche à explorer Entretien avec M. Omar Kabbaj

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La Nouvelle Tribune : Le concept “Santé et Tourisme” est en train de gagner du terrain, cela a été mis en exergue à travers une émission télévisée, est-ce que vous cautionnez cette entreprise ?
Dans le tourisme, il y a plusieurs dynamiques, en particulier dans une ville comme Casablanca. En premier lieu, la ville doit être propre, accueillante. Ensuite vient l’animation de la ville, qu’elle soit de jour ou de nuit, qu’elle soit sportive ou culturelle,. Plus une ville dispose de monuments historiques, de musées, de salles d’expositions, plus elle attire de visiteurs.
Aujourd’hui, le tourisme de santé et de bien-être est une opportunité intéressante, qui émane d’une conjoncture internationale. Le secteur de la chirurgie esthétique propose des interventions qui nécessitent un cadre propice de bien-être. Il est évident qu’on ne va pas faire des opérations à cœur ouvert ou de greffe d’organes, car ce n’est pas là notre objectif. Notre objectif est de faire découvrir aux personnes qui viendraient au Maroc pour une opération esthétique, ses atouts touristiques.

Donc, en terme de déontologie, ce concept comme la délocalisation de la médecine ne vous dérange pas?
Le concept est intéressant pour plusieurs raisons. En Europe, on assiste aujourd’hui à une sorte d’embouteillage en matière de santé au niveau de la France, de l’Angleterre. C’est une sorte de délocalisation. Nous avons des médecins aussi compétents que leurs homologues outre-mer, nous avons un matériel aussi performant que celui utilisé à l’étranger. Actuellement, pour faire un Scanner en France, il faut attendre au moins une quinzaine de jours ; au Maroc, vous le faites dans l’heure qui suit. En Angleterre, il faut environ trois mois pour se faire opérer. L’autre intérêt que présente ce concept concerne l’Afrique, qui représente un créneau intéressant en terme de tourisme de santé.
Et là, il ne s’agit plus uniquement d’esthétique ou de bien-être, mais pour des questions de santé . D’ailleurs, cela se fait déjà. Certains Africains viennent au Maroc pour des problèmes de santé, à cause des difficultés de visa d’une part et d’autre part parce que leurs pays ne disposent pas de la même qualité de prestations. On parle donc de tourisme de santé comme on parlerait de tourisme de congrès par exemple. Aujourd’hui, les gens vont à Marrakech pour faire leur congrès, car il y a une infrastructure pour ce faire. De la même façon, ils viennent à Casablanca par ce qu’il y a une infrastructure médicale intéressante. 370 000 Libyens se rendent en Tunisie pour se faire soigner. Cela est assez révélateur quant à l’intérêt que représente cette niche.

Est ce que vous ne craignez pas qu’avec cette recherche quantitative, on tombe justement dans l’effet pervers, est-ce qu’on ne court pas le risque de sortir d’un cadre bien déterminé, en l’occurrence , la santé, pour aller vers du commerce pur et simple?
Je ne pense pas qu’on puisse parler ainsi. Certes, tout concept ou créneau, dans quelque domaine que ce soit, peut être dévié. Mais franchement la base peut être  saine car il s’agit là de l’intégrité physique des personnes. Si jamais une opération est manquée, on aura des procès qui seront médiatisés à travers le monde. C’est quelque chose, qu’il ne faut pas prendre à la légère. Je pense que nos médecins sont sérieux et que nos cliniques le sont également. Cette entreprise ne doit pas se présenter comme une opération de discounting.

Or, telle qu’elle a été présentée dans l’émission télévisée, cette opération met plus l’accent sur le côté “low cost”, que sur la qualité des services ou la compétence des praticiens. Qu’en pensez-vous?
C’est normal, toute émission a tendance à montrer l’effet et son contraire, voire exagérer les choses. Pour autant, je tiens à préciser que si cette opération prend des aspects de discounting, elle sera dangereuse. Les gens sont prêts à tous les procès du monde, lorsqu’on se permet de jouer avec leur santé. Ceci dit, je ne crois pas que nos médecins iront jusqu’à proposer des “ prestations Charters”. Le plus important dans cette opération, c’est la compétence, la dextérité du praticien et par conséquent le résultat de la prestation, la qualité du service. Maintenant, les prix seront forcément moins-disants que ceux pratiqués en Europe. Le prix du mètre carré à Casablanca n’est pas pareil qu’à Paris ; le personnel paramédical n’est pas payé au même salaire ici et ailleurs, les honoraires d’un médecin marocain et européen ne sont pas les mêmes. Ce sont là les raisons qui font que les tarifs proposés au Maroc sont moins chers que ceux proposés en Europe. Donc, il ne faut pas enterrer un concept qui n’a pas montré ses défauts. C’est loin d’être une mauvaise chose pour le Maroc, c’est une démarche qui est appelée à se perfectionner de plus en plus.

Justement existe-t-il aujourd’hui des garde-fous, au niveau des départements Tourisme et Santé, à même de prévenir toute sorte de dérive qui pourrait nuire aux principes de ce concepts, voire à l’image de marque du Maroc ?
D’abord, c’est réglementé. Seul un médecin peut prendre en charge ce genre de pratiques. L’ordre des médecins suit cela de très près, puisqu’il est question d’une consultation médicale. Le CRT ne se mêle nullement des citoyens marocains qui subissent une opération chirurgicale, mais quand il s’agit de touristes étrangers, d’ un créneau porteur, qui pourra faire connaître notre pays, il nous incombe de veiller à ce que cela se passe dans les meilleures conditions. Il faut être vigilant pour que ce concept soit un succès et non le contraire. Donc, il n’y a pas de raisons pour ne pas cautionner ce genre d’initiatives, si les conditions requises sont toutes réunies. Nous y adhérons, tant que c’est encadré, que c’est légal, que ce sont des praticiens compétents qui pratiquent ce genre d’interventions, que toutes les précautions sont prises, et que le sérieux et le professionnalisme sont le moteur de cette approche, sinon c’est l’effet boomerang qui se produit. Comme je le disais tantôt, s’il y a un, deux ou trois cas de litiges, cela fait boule de neige et c’est l’effet pervers qui se produit. Pour résumer, la base de cette approche, c’est la compétence du personnel médical et paramédical, son honnêteté et la qualité du matériel utilisé pour une prestation de haut niveau. Je tiens à préciser que c’est une niche à explorer, mais ce n’est pas avec cela qu’on attendra les objectifs du tourisme national.

Entretien réalisé par
 Ingrid Ober
 et Leïla Ouazry



 

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