Je m’en vais vous conter un flop monumental. Lors du match Maroc-Argentine de la semaine dernière, qui a eu lieu dans l’enceinte du complexe sportif Mohammed V (l’un des 9 stades qui devrait normalement, à moins d’un hic à Zurich, accueillir plusieurs des 112 matchs auxquels prendront part les 32 équipes qualifiées au Mondial 2010), les Marocains ont péché, ont rapidement montré leurs limites. Les Lions de l’Atlas, récents finalistes de la coupe d’Afrique des nations, n’étaient pas en jambes, à part Zaïri, toujours égal à lui-même (prodigieux, mais toujours aussi peu collectif), l’inévitable Chamakh, et Hajji, lorsqu’il a remplacé le premier nommé. Mais, la prestation médiocre de l’équipe nationale n’était pas si grave que ça, tout bien pesé.
Le sport est fait de victoires et de défaites. S’incliner "un-zéro" contre l’une des équipes les plus glorieuses du foot mondial, sur une bourde défensive grossière d’El Karkouri, qui a essayé de "foutre un petit pont à Crespo" aux abords de la surface de réparation ("apprends d’abord à contrôler ta balle et à courir derrière elle sans trébucher", dixit un ultra du WAC, irrité par le but de Kily Gonzales !), n’est pas un drame.
Ce qui l’est, en revanche, et pas rien qu’un peu, c’est la qualité de l’organisation de cet événement – qui ne représente, grosso-modo, que le 1/112ème d’une coupe du monde ! Evidemment appâtés par l’affiche du match, des centaines de milliers de concitoyens, de toutes les régions du Royaume et de toutes les conditions, se sont agglutinées autour du stade. La rencontre s’est évidemment déroulée à guichets fermés ; deux heures avant le coup d’envoi, le terrain était déjà rempli "à ras-bord" !
Don’t Cry For Us, Argentina !
Rapidement dépassé par les événements, l’important dispositif des forces de l’ordre est tombé dans son travers de toujours : l’usage de la violence, de la trique, dès lors que la foule se fait pressante.
Passés les désagréments relatifs à l’accès aux travées du stade, les supporters ont ensuite eu à supporter, endurer, subir, les jérémiades et autres arlequinades fades d’un présentateur en rade de gags. Hassan El Fad, Gad, ou encore Jamel, ce grand "malade", auraient pu faire l’affaire. Mais non ! C’est à un MC (master of ceremony) un peu "tebé", un peu "relou", à un bouffon de chez bouffon, qu’a été confiée l’animation de cette fête footbalistique.
Après s’être rendu coupable d’un petit numéro d’imitations à connotation raciste (durant lequel ce macaque s’est attelé à singer, à caricaturer, plutôt, les intonations des commentateurs sportifs des autres pays en lice à l’organisation de la coupe du monde en 2010), le voilà qui décide de rendre hommage à ceux des footeux des régions lointaines qui ont fait le déplacement à Casa pour voir évoluer la "dream-team" sud-américaine. Il commence par saluer ceux provenant des Provinces du Nord, cite nommément quelques villes, Tétouan, Nador…, et une région : Kétama ! Un pan du public (celui qui avait les yeux tout dilatés) apprécie, mais il est vraisemblable que les officiels présents lors de cette soirée ont dû unanimement grincer des dents.
Quelle mouche a piqué notre ami pour qu’il hurle dans son micro le nom de la capitale mondiale du cannabis, Kétama, au cours d’une manifestation visant à soigner l’image du Maroc, à deux semaines du 15 mai, auprès des membres du bureau exécutif de la FIFA ? C’est comme si un présentateur sud-africain mettait en avant la prolifération du virus du sida ou le taux de criminalité record dans son pays, qu’un Egyptien disait tout le mal qu’il y a à penser du "foul moudamass" ou encore qu’un Tunisien rendait compte aux "décision-makers" de Zurich du problème de l’aliénation des libertés individuelles dans le sien, de pays !
"Africhaos" 2010
Il est vrai que j’ai un peu chambré notre ami présentateur – à noter que le public ne s’en est pas privé non plus, qui lui a entonné un bien senti "oua lmssetti" (il est fou) -, mais c’est lui qui a commencé, en pompant l’air aux 80.000 (90.000, 100.000 ?) spectateurs…
Parlons-en, pour en finir avec ce flop, des supporters présents dans les travées du stade. Certes passionnés de foot, ils ont cependant été aussi peu inspirés que leur con-patriote qui s’égosillait au micro : ils ont, par exemple, sifflé l’hymne national argentin. Le pompon!
Même si c’était du lourd, les perles du présentateur, les prises de bec entre supporters et membres de la sécurité avaient quelque chose d’encore plus burlesque. Nous étions censés faire la fête, bordel de merde ! L’Argentine, double championne du monde, a répondu présent à l’appel du Maroc ; le match était retransmis sur Eurosport ; Maradona, souffreteux, a demandé à son staff médical la permission de suivre cette rencontre à la télé ; la FIFA n’a pas dû rater une miette de ce qui s’y est tramé… Et nous, ben, nous nous sommes ratés. Comme s’est ratée la Tunisie lors de la CAN. Comme se ratent, deux fois par an, les Egyptiens lors du derby cairote Al Ahly-Zamalek. L’Afrique du Sud semble mieux armée – ne voyez-là aucun jeu de mots(vais goût) – en ce qui concerne l’organisation d’événements majeurs. Ce pays a déjà accueilli la coupe du monde de rugby en 1995, et s’apprête à tenir un méga-giga-ultra-concert (intitulé : Concert for Africa), qui verra la participation des ténors de la scène musicale mondiale. Une sorte de coupe du monde de la zik, quoi!
Cela dit, je ne donne personnellement pas cher de la peau de tous ceux qui comptent se rendre en Afrique du Sud, si ce pays se voit octroyer le Mondial. Ce que je m’apprête à dire est peut-être méchant, mais ça peut sauver des vies : Si le Mondial 2010 se déroule en Afrique du Sud, n’y allez pas ! Vous risqueriez de vous faire canarder ! Si vous mettez en doute ce que j’avance, documentez-vous donc sur Internet avant d’acheter vos billets (d’avion et des matchs). Vous savez combien d’armes à feu sont écoulées, chaque année, sur le marché domestique sud-africain ? Non ? Moi non plus ! Mais, moi, je ne me rendrai pas en Afrique du Sud en 2010, si le vote leur est favorable. Parce que je ne suis pas un halluciné à tendance suicidaire, mais aussi parce que je suis "pretty sure" qu’elle va nous revenir, la coupe, et l’ivresse avec, malgré nos petits manquements, nos clowns manqués et notre public à la manque !
M.L.