Le constat est réel. Beaucoup d’associations souffrent du manque de moyens pour mener à bien leurs actions. Certaines fonctionnent d’une manière générale à partir du volontariat alors que d’autres ont juste de quoi payer leur loyer. Malgré cette situation, dans le contexte actuel caractérisé par le désengagement de l’État, les ONG marocaines connaissent un développement important. Une culture de solidarité s’est installée sans que pour autant véritablement les ressources financières ne connaissent un tel élan. À Rabat, une association de quartier opérant dans le domaine de l’environnement travaille avec des moyens dérisoires. «Nous travaillons pour nous-mêmes. Car si notre quartier est propre, il est évident que les gens y trouveront du plaisir à y habiter.» Toutefois, la jeune association n’a pas l’intention de remplacer les éboueurs recrutés par la commune. Quand on demande au responsable de ladite association, comment il fait pour s’équiper ou pour encourager les membres du bureau, sa réponse est sans équivoque: «C’est une situation compliquée. En effet, pour bénéficier d’une subvention de la part des autorités locales, cela est tellement compliqué que l’on préfère attendre des donations de particuliers. Il est clair que le manque de soutien financier ne facilite pas notre tâche». Selon un analyste, les organisations à but non lucratif accroissent aujourd’hui leurs activités, projets et interviennent dans tous les domaines : protection de l’enfance, alphabétisation, soins de santé primaires, micro-crédit, construction d’écoles, adduction d’eau potable, assainissement, construction de routes, électrification, promotion des droits de la femme, droits humains. Elles constituent des réseaux entre elles et avec des ONG du monde entier tout en professionnalisant leurs interventions. Un autre cap est franchi avec l’élaboration de plates-formes de dialogue avec les autorités nationales et locales ainsi qu’avec des interlocuteurs internationaux. Résultat : le tissu associatif est aujourd’hui plus dynamique que jamais devenant au passage une force d’action : développement social, lutte contre la pauvreté, édification de l’État de droit.
Mesures fiscales spécifiques
D’après une étude récemment faite par un groupe d’associations, il semblerait que le tissu associatif constitue une force de propositions notamment dans la campagne pour la réforme de la loi sur les associations, sur le droit du travail, le code du statut personnel, le code pénal. Les ONG aussi sont considérées comme une force de mobilisation à l’image des journées de solidarité, du plan d’intégration de la femme au développement, de la lutte contre la violence, des journées nationales de l’environnement, de la situation de l’enfance et de lutte contre la corruption. Autant d’éléments qui devraient inciter les pouvoirs publics à accorder plus de crédits à ces associations. En effet, la problématique aujourd’hui est que le mouvement associatif est confronté à deux obstacles majeurs qui l’empêchent d’accomplir sa mission, en l’occurrence, la capacité juridique et la capacité financière. La loi sur les associations, le statut des travailleurs sociaux, la relation avec l’Etat, le management, la communication, l’absence de stratégie à long terme, sont autant de facteurs qui entravent l’action du mouvement associatif. En outre, le bénévolat, la diversité des expertises, l’action de proximité et les structures légères constituent des atouts considérables du mouvement associatif. Pour le mouvement associatif, «il est clair que l’intérêt que présente la composante fiscale dans le développement des capacités et des moyens des associations est plus qu’évident aujourd’hui dans la mesure où l’enjeu consiste dans la reconnaissance par l’État du rôle que joue le tissu associatif dans le développement et l’encadrement des citoyens et citoyennes», explique un responsable financier d’une association, évoluant dans l’encadrement des enfants déshérités. Un autre ajoutera que «si l’on considère que le mouvement associatif contribue de façon importante à combler des besoins sociaux, économiques, culturels et politiques des populations, il est tout à fait normal d’envisager que le budget national puisse rétribuer cette contribution par le biais des outils fiscaux au même titre qu’il contribue à la mise en place d’infrastructures urbaines, routières, scolaires ou sanitaires.» Des propos qui vont dans le même que cet expert en management des associations pour qui «les associations de développement ou socioculturelles, interviennent dans des domaines relevant le plus souvent des devoirs et attributions de l’État et des collectivités locales. De ce fait, le système d’imposition devrait permettre aux associations de bénéficier de la contribution publique, des particuliers et entreprises, afin de répondre à leurs besoins de fonctionnement et de gestion de leurs projets.» Ce qui fait dire à notre interlocuteur que «l’outil fiscal peut être un moyen d’encouragement de l’initiative privée de soutien et de mise en place de conventions avec des associations sur des projets d’intérêt commun.» Une analyse qui semble faire l’unanimité puisque même au niveau de certains Départements ministériels, on considère désormais le fait que les associations disposent de fonds publics et privés marocains, va constituer le moyen de développer des stratégies à plus long terme. In fine, pour faire face à la situation financière des associations, il est temps que les décideurs développent des outils fiscaux et financiers favorables à l’action des ONG et, par ricochet, intègrent la dimension associative dans le volet « d’aide publique au développement »
M.S.