Casablanca ne baissera pas les bras. Un an jour pour jour après les attentats terroristes qui avaient frappé quasi simultanément cinq lieux de la ville blanche (l’Hotel Farah, la Casa Espagna, le restaurant italien Positano, un ancien cimetière juif et le Cercle de l’Alliance israélite), le peuple marocain se mobilise pour dire non au terrorisme. De nombreux témoignages de paix, via des manifestations culturelles, sportives, et éducatives, ont rythmé ce triste anniversaire. Des déclarations d’espoir, des condamnations de l’obscurantisme et de la barbarie menées par une jeunesse engagée et citoyenne.
La principale cérémonie intitulée “Hymne à la vie” a été organisée par le réseau d’associations Maillage, groupement d’organisations de jeunes de quartiers défavorisés à travers le Royaume. La célébration, alternant recueillement et chants d’espérance, s’est déroulée autour de la stèle érigée à la mémoire des victimes “place du 16 mai”. Une place inaugurée conjointement par le Roi Mohammed VI et le Premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero le 24 avril dernier.
Dans les jardins faisant face à la Wilaya et sous un soleil assommant, trois cent soixante cinq jeunes des quartiers populaires de Casablanca et de Rabat-Salé se tiennent debout, le regard confiant en l’avenir. Tous sont vêtus d’un tee-shirt blanc où figurent en rouge et vert la Khimsa et le célèbre slogan “Ma tkisch bladi”. (Touche pas à mon pays) “ Nous sommes tous des enfants marocains ” chantent-ils en chœur avec d’autres bambins, vêtus de différente façon – kaftan, jean, saroual-. Un tableau symbolique qui illustre la richesse et la diversité humaines des Marocains. Des dissemblances qui ne créent pas de clivage mais qui s’acceptent et se respectent autour d’un intérêt commun, la nation.
La jeunesse, personnification de l’espoir et du futur, a été au centre de cette journée de mémoire. Une jeune fille, s’exprimant en français et un garçon en arabe, ont appelé leurs concitoyens à se mobiliser: “Jeunes filles et jeunes hommes du Royaume, faites comme nous. Prenez votre destinée en main, structurez-vous au sein d’associations et tendez la main aux autres. Par la culture, le sport, l’éducation, aidez la jeunesse à s’ouvrir, se former, se divertir, à trouver d’autres voies que les pateras ou la résignation”.
Cette intervention chargée d’optimisme et d’empathie a été suivie de l’arrivée sur place d’autres jeunes. Des jeunes qui ont perdu, un frère ou un père, comme le fils du footballeur Abdellatif Beggar, lors des tragiques évènements de l’an passé. Filles, neveux, nièces, cousines, veuves au bord des larmes ont exhibé les portraits de leurs proches disparus.
Epinglée sur leurs habits, une étiquette “ non à la haine ” prouve que la douleur n’a pas engendré de sentiment de vengeance mais qu’elle a plutôt laissé place à un engagement spirituel profond.
Plusieurs délégations étrangères, espagnole, belge, française, italienne, , ont fait le déplacement. Les ambassadeurs français, espagnol et italien étaient présents. Le Wali de Casablanca, M’hammed Dryef, accompagné d’une délégation officielle, a participé à la commémoration. Après avoir observé une minute de silence, la foule a entonné en chœur l’hymne national marocain. Un lâché de colombes, symbole de paix et d’espoir, a clôturé la cérémonie.
Une trentaine de manifestations au total ont eu lieu à Casablanca : rencontres sportives, ateliers de peinture, projection de films. Le syndicat libre des musiciens marocains a organisé un sit-in devant l’Hôtel Farah, l’une des cinq cibles des kamikazes. La caravane de la tolérance avec une trentaine d’enfants a pris son départ de la Casa De Espana, autre site visé par les attentats du 16 mai et qui a réouvert ses portes dimanche dernier, et s’est rendue à la Mosquée Hassan II, à la synagogue Beit El et à l’église Sainte Anne. Une action, en forme de cours d’éducation civique pour les enfants, qui met en évidence la cohabitation des religions sur le sol marocain.
I.O.
Ils ont dit
Monsieur M’hammed Dryef, Wali de Casablanca
Je suis profondément touché par l’ampleur des manifestations qui ont lieu aujourd’hui à Casablanca. Des manifestations qui ont deux objectifs : Les Marocains expriment ainsi leur condamnation du terrorisme mais aussi la solidarité qu’ils témoignent aux familles des victimes. Comme tous les Marocains, je suis profondément ému et je tiens à saluer la présence aujourd’hui des ambassadeurs et des consuls européens mais aussi de toute la jeunesse marocaine. Aujourd’hui, Casablancais et Casablancaises de tous âges ont formulé haut et fort leur condamnation du terrorisme, leur émotion et leur solidarité. Cette journée est très forte en réconfort.
Monsieur Angel Colom, Directeur de la Maison de Catalogne au Maroc
Lors des attentats, deux citoyens catalans ont trouvé la mort. On a voulu leur rendre hommage et saluer la mémoire de toutes les victimes innocentes quelle que soit leur nationalité. Nous devons tous être solidaires. Aujourd’hui, les manifestations sont nombreuses et elles ont une double vocation. Elle représentent un devoir de souvenir mais sont aussi pédagogiques. Les Marocains sont venus crier “Plus jamais ça.”
Lorsqu’on voit toute cette jeunesse une rose à la main et des poèmes intitulés : Salam, l’espoir est permis. Aujourd’hui, j’ai observé les enfants, ils écoutaient, chantaient, apprenaient. Tout passe par l’enseignement, le dialogue, la culture du dialogue. Le dialogue entre toutes le civilisations. Aujourd’hui, le Maroc représente vraiment cet échange et regarde vers l’avenir.
Monsieur Frédéric Grasset, Ambassadeur de France à Rabat
C’est un anniversaire bien triste, celui d’attentats qui ont endeuillé le Maroc et le monde. La France se tient aux côtés du Maroc et des amis européens pour apporter le témoignage de son soutien et de sa peine. Au delà de cela, la France tient à réitérer sa confiance dans l’avenir du Maroc, dans sa capacité à aller de l’avant dans un grand dynamisme et dans les valeurs de paix et de tolérance que le Maroc a toujours défendues.
Madame Nancy Rossignol, Consul général de Belgique à Casablanca
Je suis très émue. Depuis un an, on essaie de retenir toutes les émotions car il fallait se montrer fort. Aujourd’hui la cérémonie était pleine de recueillement et d’espoir. Aujourd’hui c’est un autre Maroc… Un Maroc nouveau qui a retenu les leçons d’hier et qui met tout en œuvre pour aller de l’avant. Cette journée a été très symbolique, elle est allée au delà du devoir de mémoire, il faut en tirer un véritable enseignement.
Monsieur Ahmed Ghayet, Président du Réseau Maillage
Je tiens à saluer ces jeunes qui s’engagent dans le milieu associatif. Des jeunes sans expérience, sans moyen et sans formation qui arrivent à faire des miracles. Aujourd’hui, ils sont venus de Rabat, de Meknès, de Beni Mellal à leurs frais. Il faut leur tirer un coup de chapeau. Ce sont eux qui ont été à l’initiative de la marche pacifiste de l’an passé, dénonciation unanime et populaire de l’extrémisme et du terrorisme . Je pense qu’ils ont dû se sentir désignés. Je pense qu’aujourd’hui les autorités vont nouer un partenariat avec ces jeunes. Les dirigeants apprennent à écouter, les jeunes apprennent à se faire entendre. Je crois qu’on vit quelque chose d’important et qui représente l’avenir. Ce qui a été très émouvant c’est la communion et la fraternité entre les jeunes de Sidi Moumen par exemple et les familles des victimes. Malgré les a priori et les non-dits, l’amalgame n’a pas été fait. C’est déjà une belle réussite.