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Le volant en main et le couteau entre les dents Ode à Ayrton Senna (et à la F1)

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S’il n’avait perdu la vie dans un virage du circuit d’Imola, Ayrton Senna aurait sans aucun doute continué de survoler les débats, d’écraser la concurrence en F1, malgré la présence d’une autre grosse pointure du volant, Michael Schumacher - qui avait, de son vivant déjà, empoché un championnat des pilotes.
C’est qu’il était drôlement doué, le pilote brésilien ! Si Michael Schumacher a mis tout le monde (Fangio, Prost, Senna, Stewart, Hill père…) d’accord pour ce qui est du palmarès, avec ses six couronnes - une de plus que Juan Manuel Fangio -, Senna restera longtemps encore considéré comme le pilote le plus talentueux de la F1. Le plus casse-cou aussi, celui qui était capable de produire les plus improbables renversements de situation.
Il demeurera à jamais “ le seigneur de la pluie ”, par exemple, celui qui, dès que survenait la première giboulée, faussait compagnie à tout le monde, affolait les courses et laissait dans son sillage, tout penauds, tous les vieux briscards et les jeunes aux dents longues qui tentaient de lui tenir tête. De la même façon, il restera profondément gravé dans les annales du sport automobile que Senna a été le seigneur des pole-positions. Avec 65 pole-positions, il détient, à ce jour, le seul record en Formule 1 qui échappe encore à Schumacher. Selon toute vraisemblance, Schumi, à qui rien ne résiste, devrait refaire son retard sur Senna, et effacer son nom des tablettes de la F1 comme il a détrôné Fangio (en termes de championnats remportés) et Prost (en termes de victoires en grands prix). Ceci étant, ce que représente Senna ne peut se résumer par des chiffres, et l’écrasante domination de la “ Scuderia Ferrari ” et de son prodige teuton ne peut lui faire de l’ombre. Les pages d’histoire que le Pauliste (Senna est issu d’une famille de l’“aristocratie” de Sao Paolo) a écrites avec la complicité de Prost, son plus grand compétiteur, lors de leurs saisons communes au sein de l’écurie Mc Laren-Honda, sont immuables.
Ces 3 titres de champion du monde de Formule 1 (deux fois moins que Schumacher, qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin) ne reflètent qu’une partie de son talent. Car, lui, c’était l’asphalte qui le branchait, de même que les régimes moteurs, le cambouis, les “ talons- pointes ”, les virages serrés…
Qui vit par la vitesse meurt par la vitesse !
Dans un pays comme le Maroc, par exemple, où le football est le sport-roi et où les grands prix de F1 n’étaient même pas retransmis à l’époque où Senna y brillait, le pilote brésilien compte toujours de nombreux aficionados. “ J’ai pleuré le 1er mai 1994. Je me rappelle très bien que j’ai pris acte de l’information sur Euronews, chez mes parents. Ma mère n’en revenait pas que le décès d’un pilote brésilien, un chrétien qu’elle disait, puisse m’arracher des larmes!  Ses 3 titres de champions du monde de F1, s’ils ont contribué à construire le mythe (tout comme son tragique accident), n’en sont pas moins anecdotiques, comparés à ce qui fait vraiment de lui un pilote unique : son style de pilotage hyper-agressif ”, estime Réda, un trentenaire qui suit toujours de près la F1, même s’il admet que la domination outrageuse des Ferrari ne contribue pas à l’intérêt sportif de la discipline.
Dans sa monoplace, Senna avait le volant dans les mains et le couteau entre les dents. Il allait sans cesse à l’abordage, poussait sa mécanique dans ses derniers retranchements, freinait très tard (trop tard à Imola) dans les virages, mettait le feu lors des départs de grands prix… Schumacher, la référence statistique, a un sacré toucher de volant également (ce serait enculer des mouches que d’écrire quoi que ce soit d’autre que des superlatifs à propos de son talent de pilote !) Peut-être seulement peut-on s’aventurer à émettre, dans le dessein de dresser une comparaison entre les deux génies, que Schumacher a un style extraordinairement réfléchi, posé (à l’instar de Niki Lauda, il mérite le surnom “ l’ordinateur ”), tandis que Senna avait de la “ furia liquide ” qui lui coulait, à la place du sang, dans les veines.    
Une décennie après son départ, le mythe tient toujours la route, d’autant plus depuis que Schumacher et Ferrari sont en train, à force de terrasser tout le monde, tout le temps, de faire de la Formule 1 (F1) une discipline sportive un peu monotone. Est-ce faire preuve de nostalgie que de préférer à la configuration actuelle du championnat du monde de F1 l’époque des Senna, Prost et Mansell, c’est-à-dire celle des dépassements multiples en grands prix, des séances de qualification âprement disputées, des empoignades entre grosses pointures de la vitesse ? Que nenni ! Vous savez ce qu’il faudrait vraiment pour que la F1 s’anime un peu ? Un ou deux pilotes de l’acabit de Senna ! C’est sans doute trop demander !

M.L.



 

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