Le pays de la perle noire, feu Larbi Ben Barek, qui a mérité ce surnom - à la sueur de son « maillot » - avant même - tenez-vous bien - le Roi Pelé ! , n’est pas le dernier venu de la planète football. La plupart des pays qui se trouvent entre nous et le bonheur ne peuvent en dire autant, eux qui sont encore un peu «verts », tendres, « balle au pied » (à part l’Egypte, qui affiche un palmarès continental largement supérieur à celui des Lions de l’Atlas, mais qui n’a jamais brillé en coupe du monde, elle) ! La Tunisie a dû débaucher Santos, un Brésilien, pour empocher son premier sacre, lors de la toute dernière Coupe d’Afrique des Nations (CAN), profitant d’une nouvelle loi malhabile de la FIFA (qui a été tellement décriée, depuis, qu’elle a dernièrement fait l’objet d’une lourde réforme). L’Afrique du Sud a remporté une seule coupe d’Afrique, celle qu’elle a accueillie, en 1996, vingt ans après l’unique sacre du Maroc, mais n’a plus fait grand-chose depuis. L’unique propos que m’inspire la candidature libyenne, enfin, est qu’il ne faut pas tirer sur une ambulance…
Dieu nous a donné la foi, à nous autres Marocains !
Je m’attarde un peu à descendre en règle tout ce beau monde, même si je vais me sentir à l’étroit, après, pour énoncer en quoi consiste ce programme. C’est dans le dessein de démontrer que la genèse de l’idée qui a donné lieu à «Football sans frontières» ne pouvait germer ailleurs qu’au Maroc, terre de football depuis 90 ans, pays qualifié à quatre reprises aux phases finales de la coupe du monde. Avant d’afficher un tel trait de génie et de pondre un concept de l’acabit de «Football sans frontières» (FSF), il faut avant tout assimiler que le football est une religion, non pas seulement un sport, qui compte des dévots partout sur le globe. Il faut également avoir foi en cette religion. En outre, il faut avoir assisté aux «miracles», genre la ferveur dans les stades, les marées humaines et autres scènes de liesse dans les rues suite à un bon résultat, pour que devienne inébranlable la foi. Il faut, enfin, avoir compris à quel point le foot peut mobiliser, fédérer…
Si l’organisation de la coupe du monde 2010 était attribuée au Maroc, l’Afrique entière en respirerait d’aise ! Tous les gamins africains qui aiment bien le foot - hormis, sans doute, ceux qui habitent les autres pays candidats – soutiendraient mordicus le Maroc s’ils savaient ce que son dossier prévoit de mettre en œuvre pour venir en aide aux plus sinistrés d’entre eux.
L’Afrique est un continent meurtri par des guerres tribales ou territoriales à répétition, décimé par les maladies infectieuses, un continent qui, selon les responsables de la campagne de candidature du Maroc à l’organisation de la coupe du monde 2010, a grandement besoin d’assistance.
En créant une ONG et en la dotant des moyens humains et matériels nécessaires à l’organisation d’événements sportifs et extra-sportifs, les responsables de l’association Maroc 2010 entendent utiliser le pouvoir du foot pour établir développement et paix durables en Afrique, mais également au Moyen-Orient.
En collaboration avec des associations internationales de premier plan (l’UNICEF, par exemple), grâce, entre autres, au sponsoring public et privé, FSF devrait permettre à un grand nombre d’enfants de pays en guerre d’assister à des matchs du Mondial marocain. Un groupe de ces hôtes particuliers du Royaume procéderait ensuite à un lâcher de colombes de la paix avant le coup d’envoi des matchs, action qui devrait être retransmise sur des écrans géants érigés dans les capitales des pays d’où proviendront ces « jeunes de la paix ». Si et seulement si la FIFA dit oui au Maroc le 15 mai (pour le meilleur seulement ; le pire, “c’est les autres” !) Messieurs de la FIFA, il serait injuste de priver des pauvres mioches en même temps que le Maroc !
Le top management du comité Maroc 2010 a également prévu de faire du mois durant lequel devrait se dérouler la coupe du monde en 2010 une période de paix officielle en Afrique et au Moyen-Orient. Avec le support d’ONG internationales, le team que chapeaute M. Kettani s’engage à faire respecter un cessez-le-feu au niveau de tous les conflits régionaux dans les régions du monde précitées. Noble (quoique ardue, voire chimérique) entreprise ! Dur, dur de n’avoir rien qu’un ballon pour convaincre un tambour (et parler aux canons)!
Ceci étant, FSF est un projet qui s’inscrit dans la durée. Abstraction faite de ce qui est programmé pour le Mondial 2010, diverses manifestations (tournois de football mettant aux prises les sélections nationales de plusieurs pays en guerre, par exemple) devraient avoir lieu, bien avant et longtemps après, encore. Toujours dans le but de servir les intérêts des jeunes générations sinistrées, car nées dans des pays où il ne fait pas bon vivre ; dans des pays où le SIDA, la tuberculose ou la malaria sont des maladies endémiques, où les putschs militaires, la spoliation, les génocides et la famine ou la malnutrition rythment la vie quotidienne. Il est à noter, par ailleurs, que ce projet comprend l’édification d’une « foot-academy », réservée aux jeunes talents qui ne peuvent exercer leur « art », leur foot, dans leur pays (pour cause de conflit armé).
Récemment, sur le plateau de Tout le monde en parle (en parle), Thierry Ardisson recevait Daniel Hechter. Ce grand créateur de mode français, philanthrope avéré, a rendu public, au cours de l’émission la plus aérienne du PAF*, le dernier événement à caractère caritatif qu’il a mis sur pied : un match devant opposer une équipe composée de jeunes Israéliens et Palestiniens à une équipe de jeunes de banlieues. Daniel Hechter se ferait certainement un plaisir d’aider le Maroc à mener à bien l’opération FSF. Tout comme une flopée de joueurs de foot, de responsables d’ONG, de boss de multinationales citoyennes (ou de celles qui veulent s’acheter une bonne conduite !), etc.
Les responsables du comité Maroc 2010 prévoient même de réserver une partie du prix des tickets vendus lors de la coupe du monde au financement du FSF. Ce noble concept doit absolument se matérialiser, quand bien même le Maroc venait à être éconduit une quatrième fois par les membres du comité exécutif de la FIFA. On devrait monter ce projet juste pour redorer le blason de ce pays, terni ces temps derniers par une bande de barbus barbares !
M.L.
* Paysage audiovisuel français.