La Nouvelle Tribune: Si on devait définir ou vulgariser l’Hépatite C, comment peut-on décrire cette maladie dans un jargon accessible à tous? Quelle est la différence entre les divers types d’hépatites virales et quelles sont ses complications ?
Dr. A. Benabadji : Je voudrais tout d’abord insister sur le fait que notre association ne se préoccupe pas seulement des hépatites C mais de toutes les hépatites virales, particulièrement les plus fréquentes, et celles qui peuvent avoir des complications graves telles que les hépatites B et C.
Le terme d’hépatite englobe toutes les affections de la glande hépatique qui s’accompagnent de lésions inflammatoires des cellules ou hépatocytes.
Ces affections sont diverses et parmi elles il y a des virus dont ceux qui nous intéressent aujourd’hui, c’est-à-dire les virus B et C
D’autres virus sont connus A .D .E etc. Ils n’ont pas tous la même gravité, et leur mode de transmission n’est pas le même.
Certains se transmettent pas voie orale tels que les virus A et E, d’autres par voie sanguine comme les virus B et C (transfusions sanguines ou de dérivés du sang — pénétration par la peau lors de piqûres, tatouages, percing, saignées pratiquées de façon traditionnelles comme aux souks etc.)
La transmission par voie sexuelle est certaine pour l’hépatite B, pour ce qui est de l’hépatite C. Cela est possible mais reste une chose rare.
Les complications restent le grand danger de ces affections très souvent silencieuses pendant de nombreuses années. Le risque évolutif n’est pas le même dans les hépatites B et C en ce sens que le pourcentage de complications est plus important dans les hépatites C que dans les hépatites B. Ces complications en dehors des cas d’hépatites fulminantes au début de la maladie, sont surtout représentées par la cirrhose et le cancer du foie qui apparaîtront 10 à 25 ans après la contamination.
Quelle est la différence entre les deux types d’hépatites C, à savoir, le type 1 où les chances de guérison sont modestes par rapport à celui de type 2, où les chances d’une guérison totale sont de l’ordre de plus de 80% ?
Le virus de l’hépatite C existe sous différents types (génotypes ou sérotypes)
Au Maroc on trouve le plus souvent les types let 2. Il existe des sous-types la, 1b .., 2a, 2b, 2c
Ces différents types et sous-types ne réagissent pas de la même façon au traitement. Le type 2 semble mieux réagir alors que le type 1 ( et particulièrement le type 1b) répond moins bien au traitement. C’est ainsi que l’on trouve jusqu’à 80% de guérison virologique dans les groupes 2, alors que dans le groupe 1b ce chiffre n’est que de 40%. Ces chiffres ne doivent pas être pris à la lettre, ils ne sont qu’une moyenne statistique. Il faut insister auprès des malades sur la nécessité du traitement, sachant que d’autres produits seront probablement mis sur le marché et amélioreront les résultats
Le Maroc compte plus de 4 00 000 personnes, (ce qui équivaut à 1,5 %) qui seraient atteintes d’Hépatite. Quelles sont les raisons d’une prévalence aussi importante, et pourquoi la maladie demeure-t-elle méconnue du grand public malgré une telle prévalence ?
Le chiffre exact de la prévalence dans notre pays n’est pas bien déterminé, il est probablement vu à la baisse. On peut sans trop se tromper, avancer un chiffre de 7% pour l’ensemble des deux types de virus B et C.
Les causes de ce chiffre élevé sont anciennes quoique notre pays ait été parmi les premiers à avoir instauré la recherche systématique des hépatites B et C dans les centres de transfusions du Royaume. Il y a aussi les pratiques rituelles circoncisions et saignées chez le barbier, non utilisation de seringues à usage unique, soins dentaires chez “les arracheurs de dents ”.. et enfin l’absence de règles d’hygiène, l’absence d’instruction et le défaut d’alphabétisation qui auraient permis aux malades d’éviter certaines pratiques.
On note un énorme déficit en matière d’aide aux personnes atteintes d’hépatite C et les hôpitaux disposent rarement de structures d’accueil pour prendre en charge les porteurs de la maladie. Le coût élevé de ce mal ne serait-il pas à l’origine d’une prévalence aussi importante de la maladie ?
Le dépistage de la maladie est actuellement fait gratuitement dans de nombreux laboratoires, lorsque le malade doit avoir un bilan pour une autre affection.
Une fois la maladie suspectée grâce à ce dépistage, il faut tout un bilan pour préciser le type et la quantification des virus et évaluer le stade des lésions hépatiques. Ce dernier bilan doit être payé par le malade.
Le coût du traitement reste hors de portée de la grande majorité de nos concitoyens. Il est de l’ordre de 6 fois le SMIG par mois et doit durer entre 6 et 12 mois parfois plus. Malheureusement les indigents ne vont pas pouvoir être traités.
Samedi dernier, vous organisiez une conférence, en vue de sensibiliser les pharmaciens. Pourquoi justement les pharmaciens ?
Les pharmaciens et pharmaciennes font partie du corps de santé comme nous-mêmes, les dentistes, les biologistes, et les professions paramédicales et à ce titre ils peuvent être membres associés du réseau Hépavir comme d’ailleurs les associations de malades . Nos objectifs sont les mêmes, et nous devons contribuer à améliorer la santé de nos compatriotes.
Par ailleurs les pharmaciens et pharmaciennes sont parfois les confidents des malades qui les consultent pour des conseils. Ils jouent donc un rôle de premier plan dans les conseils d’hygiène, dans la poursuite rigoureuse du traitement et l’accompagnement psychologique au cours de celui-ci.
Quels sont enfin les modes de prévention pour limiter les dégâts de cette maladie et peut-on considérer que l’hépatite n’est plus une fatalité et qu’on peut la traiter et la guérir ?
Les modes de préventions découlent de la connaissance des modes de contamination.
En ce qui concerne l’hépatite B la meilleure prévention reste la vaccination, qui est très efficace et doit être faite chez l’enfant et l’adulte.
Propos recueillis par
Leila Ouazry
Mission du Réseau Hépavir
Créé en 2003 à l’initiative de gastro-entérologues marocains, et ouvert à tous les professionnels de la santé ainsi qu’aux associations de malades, le réseau Hépavir Maroc poursuit des objectifs multiples : favoriser la prévention par une meilleure connaissance des modes de contamination et par l’incitation à la vaccination quand celle-ci existe. dénoncer certaines pratiques rituelles et permettre un meilleur suivi des règles d’hygiène. Dépister la maladie à un stade précoce grâce à l’information continue des groupes à risque. Participer à la formation et à l’application des dernières recommandations des pôles de références en ce qui concerne le traitement et l’approche du diagnostic. Instaurer un véritable accompagnement des malades avant et particulièrement au cours de traitement, car celui-ci peut être assez mal supporté.