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Florence Baudelin et Françoise Giraudon, participantes au rallye Aïcha des Gazelles « Nous sommes néophytes, mais nous voulons b

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La Nouvelle Tribune : S’agit-il de votre première participation au rallye des Gazelles ?
Florence Baudelin :
Absolument. C’est la première fois que nous prenons part à un rallye automobile, d’ailleurs ! Nous sommes des néophytes.
 
Etes-vous amies ?
Françoise Giraudon : Oui, mais pas depuis longtemps. Cela fait trois mois, à peine, que nous nous sommes liées d’amitié.
 
Qu’est-ce qui vous a conduites à participer à une telle aventure ? L’appel du grand Sud ? La passion du sport automobile ?
F.G. :
Nous nous sommes intéressées au Aïcha des Gazelles parce que c’est un rallye non professionnel, mais aussi parce qu’il s’agit d’un rallye 100 % féminin. Nous sommes évidemment emballées, par ailleurs, à l’idée de découvrir le grand Sud sous une autre facette. Cependant, la motivation première est de mener à bien ce projet, jusqu’au bout.
F.B. : C’est aussi par goût du défi, de l’aventure à deux, du surpassement.

Le sport automobile, ne figure-t-il pas parmi vos dadas ?
F.B. : Non, pas vraiment ! Nous sommes toutes deux propriétaires de petits 4X4 avec lesquels nous allons fréquemment nous promener…
 
Adeptes du franchissement, du hors-piste ?
F.G. : Toujours dans la limite du raisonnable. Rien de très spectaculaire. Personnellement, la vitesse me fait peur. De toute façon, nous n’aurons pas besoin de rouler à des cadences folles, puisque le Aïcha des Gazelles n’est pas un rallye de vitesse. C’est surtout le côté rigolo du hors-piste, du franchissement que nous recherchons en nous engageant dans cette aventure.
F.B. : L’essentiel est de trouver cinq balises par étape, à l’aide d’une boussole et d’un compas. Le Aïcha des Gazelles est avant tout un rallye de navigation.
 
Laquelle d’entre vous se chargera du pilotage ?

F.G. : Nous n’avons pas encore défini les tâches. Nous allons essayer de procéder par roulement. Conduire entre 12 et 15 heures d’affilée dans l’immensité du désert n’est pas une mince affaire ! Maintenant, si une de nous deux s’avère être meilleure conductrice ou navigatrice, on avisera en conséquence.
 
Causons mécanique, à présent. Avec quelle voiture vous engagez-vous ?
F.B. : C’est un Toyota Land Cruiser HDJ 105. Un V8 atmosphérique. Une belle et grosse voiture, pas très puissante, mais fiable…
 
Appartient-elle à l’une d’entre vous ?
F.G. : C’est un de nos sponsors, ALD Automotive, qui nous la prête pour la durée du rallye
 
Vous ont-ils recommandé d’y aller mollo ?
F.B : Pas spécialement ! Ils nous donnent carte blanche.
F.G : Ils nous ont demandé de la ramener, tant qu’à faire. Mais, c’est tout !
 
En plus d’être une aventure humaine extraordinaire, le rallye Aïcha des Gazelles est un sacré défi sportif, où le dépassement physique est de mise. Vous-êtes-vous pliées à une préparation spécifique ?
F.G : Nous n’en avons pas trop eu le temps, pour tout dire. Nous nous sommes attaquées à ce projet le 10 février seulement. Il a fallu trouver des sous, et c’est une somme conséquente qu’il nous fallait. Par ailleurs, comme le véhicule avec lequel nous participons est une voiture de ville, il a fallu le préparer un minimum pour le rallye. Donc, à part prendre des vitamines et faire plus régulièrement du sport, nous n’avons pas suivi de préparation particulière. Nous n’avons pas eu le temps de nous mettre à fond à la musculation…
F.G. : Dieu merci, nous sommes de grandes sportives.
 
Et quelles sont vos vues quant au classement final du rallye ? Visez-vous la première place ? Le podium ?  
F.B. :
Nous avons envie de bien faire, même si nous sommes conscientes du fait que l’expérience joue beaucoup dans un rallye de ce type. Nous sommes allées nous entraîner, récemment, et nous avons éprouvé des difficultés monstres à faire le lien entre une vieille carte des années 70 et les montagnes dans lesquelles nous nous trouvions. Ce n’est pas si simple de naviguer quand on aperçoit une montagne, au loin, et qu’on n’a pas l’habitude d’évaluer les distances, qu’on ne sait pas si c’est le versant nord ou sud qu’on a en face de nous…  J’imagine que les Gazelles qui reviennent à la conquête du Sud marocain pour la deuxième ou troisième fois doivent jouir d’un avantage certain à ce niveau.

Avez-vous pris part à des stages pré-rallye, histoire de gagner en expérience ?
F.B : Il y en a eu un, à Kenitra, qui était obligatoire pour tous les équipages marocains, imposé par les organisateurs du rallye.
 
Pour la montagne, ce n’est pas vraiment le coin !
F.B : Mais, nous avons également eu l’occasion de faire du pays. Pas assez, hélas ! Habiter au Maroc aurait dû constituer un avantage par rapport à tous les équipages qui viennent des quatre coins de la planète, mais, encore une fois, nous n’avons pas eu le temps. Si, en 2005, nous nous engageons à nouveau, nous aurons, cette fois, toute la latitude de reconnaître le terrain, de visualiser les montagnes.
 
Connaissez-vous vos concurrentes marocaines ? Sont-elles toutes des Gazelles chevronnées ?
F.G : Lors du stage à Kenitra, nous avons rencontré 7 équipages marocains. Une des participantes en est à son huitième Aïcha des Gazelles, et une autre en a déjà vécu un. Toutes les autres étaient comme nous : des novices.
 
Privilégie-t-on, au niveau du comité d’organisation du rallye, la participation d’équipages n’ayant jamais pris part à cette équipée ?
F.G : Sur le site Internet du rallye, il est dit que 95 % des filles qui y participent sont des néophytes.
 
Cela signifie-t-il que c’est une entreprise trop rude, un défi à ne pas se lancer une seconde fois ? 
F.G. : Je pense que c’est un peu ça ! C’est surtout que ça demande un temps fou. Après la course aux sponsors, il faut être présent physiquement durant une longue période. Il faut geler ses engagements. Pour celles qui viennent du Canada ou d’Europe, le départ se fait le 16 ou le 17 avril, à Sète. La remise des prix a lieu le 1er mai. Cela fait quinze jours, sans compter tout le temps que ces concurrentes mettront pour rentrer chez elles et reprendre du poil de la bête.
 
Que pensez-vous des manifestations caritatives qui accompagnent le rallye ? 
F.G :
Cela lui donne une dimension humaine appréciable. Il faudrait mettre davantage l’accent sur cet aspect du rallye. Je trouve que ce n’est pas assez médiatisé. 
Vous êtes-vous fait une idée, lors du stage à Kenitra, de l’esprit qui règne entre les participantes à ce trophée automobile ?
F.B : Je crois qu’il règne un grand esprit de solidarité dans les rangs des équipages. Les quelques voitures qui vont en découdre pour les premières places s’installeront rapidement en tête, et tous les autres équipages qui traîneront un peu prendront le temps de s’entraider. Cela fait partie des belles choses du rallye.
 
Considérez-vous qu’un tel événement a un impact positif sur la promotion des droits de la femme au Maroc ? Les Gazelles sont-elles, selon vous, des modèles incitatifs pour la femme marocaine ?
F.B. : Probablement. Nous ne sommes peut-être pas idéalement placées pour répondre catégoriquement, puisque nous ne sommes pas Marocaines, mais c’est clair, cependant, que les équipages féminins qui prennent part à ce rallye sont des femmes actives, émancipées. Cela dit, j’ai lu, dans un journal local, le portrait d’une des filles qui avait participé à l’édition précédente. Evidemment, elle appartenait à une certaine catégorie sociale de la population marocaine. Ce serait bien d’ouvrir ce rallye, lors des prochaines éditions, à des femmes de petite condition.   
 
Pendant que nous parlons gros sous, pourriez-vous dresser la liste de vos sponsors, par ordre d’importance ?
F.G : C’est Eqdom qui nous a donné le premier coup de pouce financier et nous a ainsi permis d’y croire, mais c’est ALD Automotive (société spécialisée dans la Location Longue Durée, ndlr) qui est notre « senior sponsor ». Viennent ensuite, à égalité, Eqdom et Group 4 Falck. Puis Hewlett-Packard, et, à égalité encore, la Sogelease, la Marocaine-Vie et Midas. Les raisons sociales de ces sponsors constituent une mosaïque haute en couleurs sur la voiture. Aïcha, sponsor officiel du rallye, prend place également sur la carrosserie du 4X4.
 
La recherche de sponsors est-elle un chemin de croix ?  
F.G : J’ai une petite anecdote à ce sujet. L’ONU sponsorise deux de ses employées pour cette édition. Il se trouve qu’il y avait deux autres filles, au sein du personnel de cette organisation, qui souhaitaient y participer. L’ONU a refusé de sponsoriser deux voitures. Connaissant les deux infortunées, je leur ai suggéré d’essayer de faire appel à d’autres sponsors. Elles ne l’ont pas fait. Je pense que de nombreuses femmes adoreraient participer à une telle manifestation, mais qu’elles n’essayent même pas, pour être en mesure d’y participer, de trouver des sponsors parce qu’elles estiment, à tort, que c’est une tâche titanesque.
 
Est-il possible d’avoir une idée sur le budget que vous avez réussi à réunir ? Combien de temps vous a-t-il fallu pour le lever ?
F.B. : Il nous a fallu trois bonnes semaines, de la mi-février à début mars, pour réunir 240.000 Dh. Ce budget comprend les droits d’inscription, qui sont de 130.00 Dh, le coût des améliorations mécaniques apportées au véhicule, la location de matériel…
 
Quelles sont vos angoisses, vos appréhensions par rapport à ce rallye ?
F.B : Ce qui m’agacerait très fortement, c’est que nous ayons un problème mécanique, une casse, quelque chose que nous ne serions pas en mesure de rafistoler entre deux étapes. Ce doit être terriblement frustrant. Je crains aussi la tension mentale. On se rend compte qu’on est tout minuscule face à un tel environnement. Un tout petit manque de rigueur et l’on se retrouve à cinq kilomètres de la bonne route, loin des balises.
 
Et pas de GPS pour se situer, ni de téléphone portable pour appeler à la rescousse ?
F.G. : Nous avons un GPS plombé sur le toit de la voiture, à n’utiliser qu’en cas de gros pépin. Sinon, on a juste ces vieilles cartes de l’armée, et elles ne sont pas très détaillées. Elles sont en noir et blanc !
 
Que pensez-vous de l’appellation « Gazelle » ?
F.B. : A Marrakech par exemple, lorsque se profile une touriste, tout le monde n’a que ce mot à la bouche. Moi, ça me gênait au début…
F.G. : Personnellement, je n’ai pas la même conception du mot gazelle parce que j’ai longtemps vécu en Afrique du Sud. C’est un très bel animal, et il est flatteur d’y être comparé.
 
Ici aussi, on dit d’une femme que c’est une gazelle lorsqu’elle est belle !
F.B. : C’est clair ! Mais, ce qui me dérangeait lorsqu’on m’appelait ainsi, dans les souks de Marrakech essentiellement, c’est qu’on me collait l’étiquette « touriste ». Je vis au Maroc depuis quatre ans ; je ne suis donc pas une touriste. Toutefois, depuis le mois de février, ça me fait plutôt sourire d’être une gazelle.  

Propos recueillis par 
La Rédaction
   

Cartes de visite

Florence Baudelin
37 ans, mariée, 3 enfants
Elle occupait les fonctions de Chef de Projet Informatique chez Thomson (France), avant de prendre un congé parental pour suivre son conjoint, muté au Maroc il y a 4 ans dans le cadre de son activité professionnelle. Elle a passé, au cours de son enfance, 6 années au Maroc, qui sont à l’origine d’un profond attachement pour ce pays.
Sports pratiqués : Golf, équitation, tennis, plongée sous-marine, alpinisme, ski alpin et nautique.

Françoise Giraudon
41 ans, mariée, 3 enfants
Ex-avocate du Barreau de Bruxelles, elle a ensuite travaillé, six années durant, dans le domaine de la communication et du lobbying à Washington et Paris. Depuis 1994, elle a vécu à Sydney, Johannesburg et Casablanca, où elle a accompagné son mari et occupé des emplois dans la communication et le domaine commercial.
Sports pratiqués : Tennis, plongée sous-marine, ski alpin et nautique, gymnastique.



 

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