Je ne sais pas par où commencer. J’ai le chef en compote, et le rédac’chef quasiment aux trousses! Il est une heure du matin en ce mercredi 31 mars, j’ai trois foutus comprimés dans la tronche, et, partant, une folle envie de dormir que je n’arrive pas à réprimer.
Pour utiliser la formule consacrée, nous mettons sous presse dans quelques heures seulement, et j’en suis à me dire que je vais copier-coller deux cents fois « il ne faut pas gober d’antidépresseurs durant le service » en guise de punition (histoire de noircir les colonnes qui m’incombent) ! Je peux m’en tirer avec ça et quelques photos téléchargées sur le Net ayant trait, de près ou de loin, au sujet !
Bonbons pas bons
Non ! Vaille que vaille, je garderai ouverts mes yeux, dégourdis mes doigts, et lucide mon cerveau ! Lucide in The Sky with Diamonds !!! (« La phrase qui précède mérite au moins deux lignes de points d’exclamation », plaide le gars qui veut mettre un terme, illico presto, à la besogne qui les lui casse - les pieds, et aussi les neurones !)
Avant que mon cerveau ne soit HS, ce qui, m’est avis, ne saurait tarder, je m’en vais vous donner un chiffre qui vous fera une idée sur le succès commercial, sous nos latitudes, des Valium, Lexomil, Hypnozedon, Xanax (les best-sellers des « bonbons pas bons »). Non ! Tout compte fait, ça ne se fait pas de vous mettre sur votre popotin, de vous couper le souffle, de vous abasourdir. Lorsque, pour ma part, un pharmacien que je compte parmi mes amis a porté à ma connaissance les chiffres de vente annuels des antidépresseurs au Maroc, je me suis dit qu’il me faudrait en gober toute ma vie, des antidépresseurs, pour ne plus trop y penser ! Antidépresseurs: Un million de boîtes vendues/ an (65 millions de DH); Anxiolytiques: 2 millions de boîtes vendues (38 millions de DH); Hypnotiques: 500 mille boîtes vendues (15 millions de DH)
Qu’est-ce qui attire tant dans les médocs genre Valium ? Pourquoi tant de gens, plus ou moins normaux, carburent-ils sous antidépresseurs, anxiolytiques, hypnotiques ? Le fait de vivre dans une époque marquée par l’efficacité, le rendement, le stress…, suffit-il à justifier l’engouement suscité par ces drogues licites?
Pour éclairer ma lanterne, j’aurais pu me prendre la tête au téléphone et poser les questions qui jouent aux auto-tamponneuses dans ma boîte crânienne à des sociologues, des psychanalystes, des psychologues ou à des psychiatres, plutôt - les praticiens habilités à prescrire des antidépresseurs. Mais, à tous les coups, on m’aurait servi un truc dans le genre : « ouais, tu sais, la vie, c’est pas simple ! Y a des gens qui pètent les plombs, qui ont besoin d’un soutien pour affronter la dure réalité… » De la bonne vieille langue de bois, quoi, de la bouillabaisse intellectuelle pour ne pas dire qu’on ne sait pas vraiment pourquoi l’on prescrit des antidépresseurs, pour ne pas admettre que ce sont les gros pontes de l’industrie pharmaceutique mondiale qui connaissent le fin mot de l’histoire ! La dépression et les troubles psychologiques, qui
figurent parmi les trucs les plus vilains du 20ème siècle et du début du présent millénaire (avec le SIDA, Hitler, Ben Laden, Ariel Sharon et la télé-réalité…), ne sont évidemment pas une invention de businessmen. Je n’entends pas remettre en question l’existence du « pétage de plombs ». Tout, dans ce bas-monde, prête au « pétage » de plombs. Mais, ce n’est pas en dévastant l’esprit qu’on peut résoudre quoi que ce soit !
Caca-boudin !
Pour ceux qui pensent que je divague, là, tout de suite, sachez que j’ai surmonté l’effet imprimé par les comprimés. Je me sens atrocement flagada, certes, mais mon disque dur n’a pas « bugué »! Coriace ! C’est parce que je suis terriblement en colère, en fait, que j’arrive encore à tenir, alors que plus de deux heures se sont écoulées depuis l’assimilation : à l’endroit de tous ceux à qui profite le business, très lucratif, de la dépression, de l’apothicaire de quartier à la multinationale de la chimie, mais, surtout, à l’endroit de leurs victimes, ceux qui plongent ingénument dans l’univers de la « sérénité médica-menteuse ». Je pense particulièrement à K. (Cf. Trois questions), accro depuis trop longtemps à ces merdes, mais aussi à Hassan, Soulayman et bien d’autres, des gosses de la rue parmi tant d’autres, qui consacrent tout l’argent qu’ils dégotent à s’enivrer de tord-boyaux et d’antidépresseurs, ces merdes !
Oui, ces merdes ! Vous vendez de la daube, et vous pouvez me coller un procès où vous voulez, rien ne m’empêchera de crier sur tous les toits que c’est de la merde, votre came ! Il me suffirait de présenter la photo ci-contre, qui montre les bras lacérés de l’un des petits vagabonds dont je parle plus haut, pour étayer tout ce que j’avance. Dans les rues de Casa et des autres grands centres urbains du pays, des armées de petits vagabonds carburent aux antidépresseurs (entre autres), et, si le rituel le plus tendance de ces tribus de camés est de s’infliger de grosses cicatrices, la chimie y est forcément pour quelque chose ! Seuls ceux qui se shootent au cocktail alcool/antidépresseurs arborent des avant-bras zébrés ! Les z’autres, les poivrots, les amoureux des plantes pas très catholiques, et même les « sniffeurs » de colle de dissolution sont tous « grave » pétés, à la masse également ! Ils ne sont tout de même pas assez déchirés pour commettre un acte aussi profondément débile.
C’est parce que j’ai gobé, moi aussi, que j’ai commis un article aussi profondément débile. Je sens bien que c’est un flop. Il semble, néanmoins, qu’il ait, malgré tout, atteint son but premier : montrer à quel point l’usage des antidépresseurs peut se révéler dommageable. N’y touchez pas, c’est de la merde ! De la drogue dure, aussi avilissante que l’héro ou la coco, et qui provoque davantage de ravages, puisque les deux substances précitées ne sont pas vendues en pharmacie.
Touchez pas aux antidépresseurs, pour pas foirer votre vie comme j’ai foiré cet article (il m’a pris un temps fou, près de trois heures trente d’escapades nocturnes écervelées, et, alors qu’il est 4 heures 30 du matin et que je m’apprête enfin à me pieuter, à céder aux avances pressantes du marchand de sable chimique, j’ai bien peur qu’il faille me lever tôt demain… aujourd’hui, dans une poignée d’heures, pour le rendre lisible, moins « kitsch »).
Je me suis extirpé de mon lit quatre heures plus tard, tant bien que mal, titubant, après que le réveil m’ait pourri la vie en sonnant abominablement toutes les cinq minutes une demi-heure durant. Après une quinzaine de minutes durant lesquelles mon cerveau flottait, puis prenait l’eau, coulait, avant de croupir quelques temps dans des abysses, pour remonter à la surface, ensuite, et être malencontreusement happé par l’hélice d’un moteur de hors-bord Greenpeace qui « cruisait » en haute mer ou (au choix) par celle du baleinier que poursuivait l’équipage de l’ONG écolo. J’ai fait ce que j’ai pu pour requinquer ce papier, un peu trop « stone » et fantaisiste à mon goût dans sa première mouture! Et c’est là que j’ai réellement ressenti l’effet des médicaments ingérés. Je suis tellement déconnecté que je ne contrôle plus trop ce que je fais. Mes oreilles bourdonnent, ma vision est trouble…
Je n’ai quasiment rien changé à l’article. Je n’ai quasiment rien pu changer à l’article ! Et je sens que j’ai une gueule à ne pas débarquer au boulot. Une gueule mal torchée.
Il ne faut pas gober d’antidépresseurs durant le service. Il ne faut pas gober d’antidépresseurs durant le service…
M.L.