Tanger, jeudi 18 mars, 23 heures 30. Dans l’autocar qui nous mène de l’aéroport Ibn Battouta (du nom du Marco Polo couleur locale) au très sélect hôtel Mövenpick –qui contient un casino impec, une tripotée de restos, et des chambres où l’on se laisserait volontiers séquestrer -, nous, la trentaine de journalistes nationaux, les quatre responsables du comité de candidature Maroc 2010, le chauffeur et le « grissoun » (un pépé adorable, toujours aux petits soins), ne savons pas que nous allons devenir potes, par la force des choses. Parce que nous avons parcouru quelque chose comme 1.500 kilomètres en autocar, mais également parce que nous tous souhaitons que la coupe du monde, l’un des événements sportifs les plus populaires de la planète (qui draine 30 milliards de téléspectateurs en cumulé), soit nôtre.
Tout le long de ce voyage, nous avons donc tissé des liens entre nous. Mais, nous avons surtout acquis l’intime conviction que le Maroc n’ira pas à Zurich, dans moins de deux mois, pour faire de la figuration. C’est un Maroc nouveau que se sont attelés à nous présenter les chantres de l’organisation de la coupe du monde. Un Maroc débarrassé de son image de «loser».
La perle du Détroit, première étape de notre périple, si elle en impose déjà avec sa gare flambant neuf, un petit chef-d’œuvre d’architecture néo-mauresque, aura (encore plus) fière allure avec son stade de 69.000 places, qui devrait être fin prêt en 2007, et qui coûtera la bagatelle de 101 millions d’euros. Situé à 4 kilomètres de l’aéroport et à 10 du centre-ville, ce complexe sportif devrait accueillir une demi-finale, en cas de désignation du Maroc à l’organisation du Mondial 2010. Sur le site, l’heure est aux pelleteuses et aux grues, comme un peu partout à Tanger et dans sa région. Cette ville grouille de projets, de chantiers, fait figure de locomotive du développement programmé des provinces du Nord. Il est ainsi prévu de la relier par train à Fnideq, par route à Saïdia (la Rocade), mais aussi de désengorger son port en en faisant construire un tout neuf, Tanger-Méditerranée…
Lors de la seconde étape de notre trip, Fès la séculaire, le « team » Maroc 2010 a organisé une visite du complexe sportif de Fès. Achevée en 2002, cette arène du foot fait appel aux dernières innovations techniques tout en puisant abondamment dans le patrimoine architectural marocain. Sa capacité actuelle, 37.000 places assises, sera portée à 45.000 grâce à un programme de mise à niveau, qui démarrera en 2005 en cas d’obtention de l’organisation de la coupe du monde (et s’achèvera en 2007). Ce stade est mignon comme tout, et le serait davantage si quelques détails, comme le revêtement du sol au niveau des vestiaires, trop cheap (ambiance bain public pour prolos garantie), étaient rectifiés à l’occasion du programme de mise à niveau.
Abstraction faite de ces menues choses, ce stade jouira d’un avantage de poids. En effet, un CHU gargantuesque (725 lits), qui n’en est distant que de quelques centaines de mètres seulement, est actuellement en train de pousser.
Avant d’accéder à la troisième et dernière étape de nos pérégrinations, Marrakech, nous avons bifurqué vers la Station Maroc Telecom de Shoul (région de Rabat), qui contient le nec plus ultra de ce qui se fait en matière d’infrastructures audiovisuelles (matériel de télédiffusion notamment). « Maroc Telecom n’éprouverait pas de difficultés dans le domaine des télécommunications même si la coupe du monde venait à être organisée demain, au Maroc », indique fièrement un responsable de l’opérateur historique.
Marrakech, 20 heures et des poussières. Exténués par le voyage, mais content d’arriver à la perle du Sud, où l’on devrait crécher dans un nouvel hôtel, Atlas Médina & Spa, beau à en couper le souffle nous, les passagers du car, avons eu toute la latitude de lier connaissance. Nous échangeons nos vues quant aux chances du Maroc, et d’aucuns parmi nous, un peu sceptiques avant de prendre part à ce périple, commencent manifestement à y croire.
Néanmoins, c’est le lendemain que tout le monde sera mis d’accord, au cours de la visite du chantier du stade de Marrakech (celui où devrait notamment avoir lieu la cérémonie et le match d’ouverture de la coupe du monde). Les excavations et terrassements sont d’ores et déjà terminés, et il me tarde personnellement qu’il en soit de même pour le stade dans son intégralité - la maquette étant proprement sublime. Il s’agit d’un stade « à l’anglaise », qui fait fi de la piste d’athlétisme, au bénéfice du spectacle. Les travaux d’édification de ce stade de 70.000 places devraient s’achever en juin 2007, coupe du monde ou pas.
Mais, coupe du monde il y aura !
A suivre…
M.L.
N.B. : La semaine prochaine, le second volet de « Carnet de voyage » abordera, entre autres, la dimension touristique des villes visitées.