Oui, la solution ou "Al Faraj", selon le jargon de la profession, pour celles et ceux qui veulent divorcer, se marier ou qui cherchent un job, gagner la confiance du patron ou avoir une augmentation de salaire, les amoureux qui cherchent, bien sûr, leur âme soeur ou encore ceux qui veulent gagner aux élections, les commerçant qui veulent vendre plus que les autres...Les Achabas de Souk Jmiâ sont là pour leur en trouver Al Faraj et l'issue! Le discours se veut rassurant, apaisant et confiant à tous les niveaux.
Autrement dit, l'utopie! Il semble que les Achabas de Souk Jmiâ l'ont déjà peaufinée: faire de ce monde un havre de bonheur et prospérité. Un monde sans inquiétude ni soucis. L'Eden avant l'Eden éternel, quoi! Leur slogan "nous avons ce qu'il vous faut pour vos attentes, ambitions et angoisses". Ce sont là certaines des constatations (les plus soft) glanées par La Nouvelle Tribune qui vous invite à l'exposition exclusivement Gri Gri, qui se tient à Casablanca...tous les jours que Dieu fait! Visite guidée...
Samedi 9 juin 2007, 10 heures 30. Au terme d'un très court voyage, aussi trépidant (nos routes, particulièrement de la métropole économique! vous savez ce que c'est!) qu'interminable, nous y voilà enfin : en plein Jmiâ, du côté des Achabas, à quelques mètres seulement de la grande et fameuse Kissariat Haffari. L'ambiance se fait plutôt calme. Il doit se trouver dans cet endroit plus de 40 baraques. Les Achabas, eux, font l'animation et créent de l'ambiance à leur manière.
Vraisemblablement, ils sont jeunes, entre la trentaine et la cinquantaine. Tous, sans exception, ont cette particularité: les yeux baladeurs (et revolver).
Les yeux "revolver"!
Ils ont une capacité magique qui dévisage toute personne qu'ils jugent capable de casquer pour leur acheter un produit soi-disant médicinal. Dans cet endroit exhérédé, on ne rate personne. La chasse aux clients est permanente et sans relâche. Il faut dire que la concurrence est des plus rude. La tradition du métier veut que les Achabas appellent toute personne se trouvant sur leur territoire. C'est le marketing de la maison! Les expressions et les formules sont d'un esprit convainquant indéniable: "Venez uniquement voire? rendez-nous visite même si vous n'achetez rien? soyez le bienvenu chez nous? Sabah El Kheïr...". Un marketing propre aux Achabas. Pour eux, c'est la nature de la profession qui les oblige de se comporter ainsi avec tous les passants: "Nous tenons compte de l'état d'esprit des clients potentiels qui sont timides et qui n'osent pas souvent s'adresser à nous. Prendre l'initiative de les appeler ou les faire parler reste une manière pour nous de les encourager à s'approvisionner sans timidité, ni tabous", nous a dit un jeune Achab qui a bien voulu nous accueillir dans sa petite baraque de quelques mètres carrés...Attention! c'est pour répondre à nos questions. L'air courageux et fier de son métier, il nous a rapporté quelque chose, certes spontanément, mais d'une extrême importance sur le plan de l'analyse sociologique : " Nous sommes là tant que la société continue de s'adresser à nous". Logique, disons-nous finalement puisque la demande est ressentie et guide le marché.
Quid du profil de la clientèle? La réponse de notre interlocuteur est hallucinante: 60% des clients sont des femmes, 20% des hommes et le reste est constitué par des personnes âgées. Sur ce chapitre, une autre catégorie qualifiée de "beaucoup Flous" fait la joie de tous les Achabas de la place. "Nous avons des clients qui viennent de la Péninsule Arabe pour nous acheter des recettes et des produits médicinaux. Ce sont des clients généreux. Encore plus les Marocaines qui vivent dans les pays arabe, notamment du Golfe". Et de nous confier que des recettes de certains produits atteignent les 20 000 Dhs.
D'autres recettes préparées pour des jeunes dames au Maroc tournent autour de 5 000 à 8 000 Dhs. " Ce sont des jeunes dames qui travaillent dans des entreprises bien structurées, mais qui cherchent à se rapprocher de leur directeur, non pas pour leur beaux yeux, mais pour tirer profit du rapprochement voulu". A propos de ce cas de figure, nous avons quand même constaté que notre interlocuteur dispose de beaucoup d'exemples. On sentait qu'il tenait à nous raconter tous les cas qu'il a vécus pour un seul et unique message: "la femme est un être à ne jamais prendre à la légère", nous a-t-il dit. Et de confirmer qu'il " reçoit des femmes de toutes les catégories socio-professionnelles déterminées à aller jusqu'au bout et peu importe le prix, pour atteindre leurs objectifs et ambitions ". Outres les femmes, les hommes aussi ne sont pas en reste. Histoires de nanas ou du genre "j'ai pas de chance, j'ai des difficultés à réussir mes projets, la jalousie, l’impuissance sexuelle..." sont, nous a expliqué le jeune Achab, les principaux soucis des hommes.
Pour ce qui est des articles les plus prisés, ils sont nombreux (excusez la terminologie): La boua: 10 Dhs, Habbat Zelloum: 200 Dhs, Habbat Al âichk (l'amour): 150 Dhs, Aïn N'ssar (l'oeil de l'aigle): 100 Dhs, Bakha: 1200 Dhs, peau de gazelle (juste un petit morceau: 700 Dhs, Darbanna femelle: 500 Dhs...Des articles "conseillés" pour Al Jalb et Al Kouboul (pour que la personne concernée soit appréciée et aimée de tous).
In fine et comme on le voit, les Achabas auront toujours la caisse pleine tant que nos soucis, inquiétudes et angoisses relèveront de la confiance en ces maîtres "chanteurs"...pardon en ces marchands de "gris-gris".
Hassan Zaatit
Trois questions à notre interlocuteur
Vous donnez l'impression d'exercer la profession d'herboriste, mais en réalité vous faites autre chose ?
Nous ne sommes pas des charlatans. Notre métier est d'aider les gens à se soigner. Les gens s'adressent librement à nous et nos font confiance.
Mais vos produits sont médicalement dangereux ?
En ce qui me concerne, je veille à ce que mes recettes ne soient pas nuisibles et qu'elles n'aient pas d'effets dangereux sur la santé d'autrui.
D'où vous vous approvisionnez et elle est de combien votre recette quotidienne ?
Nos principaux fournisseurs sont les Attaras de la région du sud, principalement de Marrakech, Essaouira, Agadir, Tinghir, le Moyen Atlas, Moulay Brahim, Tahanout...Je ne peux pas vous dire combien je gagne chaque jour, car cela dépend de la loi du marché.