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Ne pas faire la sourde oreille ! Vie associative

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Depuis plus de vingt-cinq ans, AMES, l’association marocaine pour enfants sourds, tente d’améliorer le quotidien de centaines de jeunes souffrant de déficiences auditives, plus ou moins graves. Défi osé, surtout lorsque l’on connaît les difficultés rencontrées, au niveau du financement et de la gestion, par tous ces hommes de cœur. Un grand pas a été franchi, mais le pari n’est pas encore gagné.

 

Il y a de la musique dans cet univers de silence, dans cette école, située dans une ruelle de la métropole. Le bruit des bambins jouant au ballon dans la cour ensoleillée, les rires francs et joyeux de ces gamins comme les autres… ou presque ! Car même si l’ouïe leur fait défaut, les élèves de l’AMES ne sont pas si différents de ceux qui perçoivent le chant des oiseaux, les conseils des professeurs ou les klaxons retentissant sur le boulevard voisin. Et c’est bien cela l’objectif de tout l’encadrement de l’association : Faire de tous ces enfants des citoyens capables de se fondre dans la masse, de s’insérer dans la société. Créée le huit décembre 1975, l’Association Marocaine pour enfants sourds a été reconnue d’utilité publique le 16 mai 2000 par le décret n°200487. Toutes les formes de surdités y sont traitées, qu’elles soient d’origine congénitale ou génétique. Dotée de deux structures d’accueil, elle regroupe aujourd’hui deux cent vingt-huit élèves. L’école primaire abrite 185 écoliers, répartis dans quatorze classes. Les enfants, durant leur cursus qui durera huit ans, sont encadrés par un directeur administratif et pédagogique, deux orthophonistes et quatorze institutrices. En parallèle, le CFP, centre de formation professionnelle, accueille quarante-trois jeunes. Sur place, les jeunes apprennent un savoir par la pratique. Ils se familiarisent avec un métier : coiffure, cordonnerie ou couture. À long terme, ces initiatives doivent faciliter l’intégration de ces jeunes dans la société et les aider à entrer sur le marché du travail. 

 

Manque de moyens

 

Une telle structure nécessite des fonds, des investissements, des donations. Pour l’heure, les recettes ne comblent pas les dépenses. Ajouter à cela les problèmes de trésorerie interne, les subventions minimes et retardataires (environ 20 000 DH-an) de l’Etat et les conflits d’intérêt. Toute l’énergie de certains est alors gâchée par l’ambition mal placée et l’incompétence de beaucoup d’autres. C’est ainsi que le 27 janvier dernier, une marche de protestation conduite par parents, élèves et professeurs, s’est déroulée à Casablanca. Le cortège protestait contre la Wilaya qui refusait de lui délivrer un récépissé, un document de très grande importance car permettant à l’AMES d’accéder à ses fonds. Depuis, les choses sont entrées dans l’ordre. Mais des carences subsistent : les moyens sont minimes. L’AMES ne subsiste que grâce à l’apport de bienfaiteurs et de quelques ONG  internationales, comme l’American Women’s Club. Autre problème : La CNSS (Caisse nationale de sécurité sociale) réclame des impayés à l’association, pourtant reconnue d’utilité publique. L’État ne fait pas la différence entre des associations “ lambda ” et des structures reconnues d’utilité publique. Un constat inquiétant vu la pile de dossiers qui s’amoncellent sur les bureaux de l’association. Chaque dossier, c’est une demande. La route est encore bien longue, mais une chose est sûre les efforts ne sont pas vains. Il suffit de regarder les yeux illuminés des enfants qui malgré leur handicap parviennent à articuler quelques mots. Un sourire qui remercie et qui demande à tous de garder les yeux grand ouverts sur le monde, de tendre la main ou l’oreille tout simplement.

 

Ingrid Ober

 

 

Trois questions à Monsieur Kamal Mjaoual, directeur administratif et pédagogique de l’AMES

 

 

La Nouvelle Tribune : En quoi consiste concrètement votre action ?

M. Kamal Mjaoual : Vous savez, tout le monde fait la même confusion. Les gens pensent que tous les sourds sont obligés de communiquer par le langage des signes.  Notre champs d’action est plus large car il existe bien d’autres possibilités, en particulier pour ceux qui bénéficie d’un reste auditif. On essaie alors de l’exploiter au maximum. On travaille la lecture labiale, ils font aussi de la rééducation auditive et on les appareille. Et bien évidemment, le centre de formation professionnelle leur permet d’apprendre un métier qui les aidera à s’insérer dans la société avec plus de facilité.

 

Un tel procédé implique-t-il des fonds importants ?

Un enfant coûte en moyenne 2000 DH par mois. Mais nous nous adaptons en fonction de chaque élève. Les tarifs vont de la gratuité à une somme de 350 DH par mois et par écolier. Tout dépend de la situation des familles, on aide ceux qui en ont le plus besoin.

 

Et une formation bien spécifique de l’encadrement ?

Au Maroc, il n’existe pas encore de centre de formation. Les institutrices ont été formées par l’intermédiaire d’ONG ou grâce à des formations continues. Il ne s’agit pas d’une formation académique.

 

Propos recueillis par

Ingrid Ober



 

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