Jamal Belahrach, manager général de Manpower Afrique du Nord, « tchatcheur » comme à son habitude, « supermanpower » en quelque sorte, a assuré qu’il observerait une grève de la faim si le nouveau code du travail, qui a reçu l’aval du Parlement en août 2003, venait à être adopté sous sa forme actuelle (en juin prochain). Manpower, qui n’a eu cesse de mener de vastes actions de lobbying, dès ses premiers tours de roues sur le « circuit » du travail temporaire au Maroc, pour accélérer la définition et la mise en place d’une loi réglementant la profession, ainsi que les 5 autres entreprises de travail temporaire (ETT) qui constituent l’AETTTO*, considèrent qu’apporter des aménagements à cette loi relève de la nécessité.
Selon le boss de Manpower, il faut faire des pieds et des mains pour influencer le législateur et le conduire à réformer les dispositions de ce décret qui constituent un frein à l’emploi. Le point qui fâche le plus les professionnels du secteur en ce qui concerne le volet réservé aux ETT touche à la durée du contrat fixée par le code. En effet, la durée maximale prévue, à savoir 3 mois renouvelables une seule fois (soit 6 mois), n’est pas adéquate pour une flopée de (bonnes) raisons. Elle porte, tout d’abord, atteinte à la productivité et la compétitivité des entreprises. Forcer une boîte à se séparer d’un collaborateur qui justifie d’une mission de six mois pour embaucher à sa place un novice qui doit, à son tour, bénéficier de la même formation, équivaut, selon Belahrach, à une perte de savoir-faire et de temps. Subséquemment, le code porte également préjudice aux collaborateurs intérimaires - qui n’ont pas le temps de faire leurs preuves au sein des structures qui les accueillent, par exemple -, aggrave la précarité de l’emploi, le taux de chômage…
Belahrach estime, par ailleurs, que le nouveau code contient d’autres lacunes, notamment pour ce qui est des accidents du travail: « Il faut, à ce propos, redéfinir les devoirs des entreprises utilisatrices et des travailleurs temporaires ». L’une des propositions émises par Manpower est de porter la durée du contrat à 1 an, avec possibilité d’exécuter une mission n’excédant pas un maximum de 18 mois.
Abstraction faite de ces quelques doléances, toutefois, le président de Manpower reconnaît que, pour le reste, le nouveau code du travail constitue une avancée significative dans le domaine de la reconnaissance des droits des travailleurs. Il oblige, ainsi, l’agence de recrutement à déclarer à la CNSS tous les collaborateurs intérimaires, à déposer une caution bancaire dont le montant représente tout de même 50 fois la valeur globale annuelle du salaire minimum de base. Il instaure le contrat de travail temporaire obligatoire, détermine clairement les cas de recours aux intérimaires… Manpower, qui milite depuis 1997 pour l’institution d’un environnement légal régissant le travail temporaire, n’est pas (encore) au bout de ses peines.
M.L.
* Association créée dans le dessein de structurer la profession et d’associer les ETT à la dynamique insufflée par le nouveau code du travail. Outre Manpower, les entreprises qui y sont affiliées sont : Adecco, CRIT Intérim, Général Intérim, Jamain Baco, et Multitech