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Mouton, quand tu nous tiens ! Aid El Adha

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Bon an mal an, c’est toujours la même ambiance, avec son lot de spéculations, d’angoisses et d’inquiétudes. L’année 2003 n’a pas échappé à la règle. Et le même refrain est sur toutes les lèvres : cette année, va-t-on encore assister à une flambée des prix du mouton ? Du chauffeur de taxi à l’épicier du coin, en passant par les cadres moyens et sans oublier le revendeur, l’inquiétude est de mise. Plus la date de l’Aïd El Kébir approche, plus la hantise de ces catégories socioprofessionnelles devient grande. Dans cette ambiance bigarrée, La Nouvelle Tribune est allée à la rencontre de ces personnes vulnérables en pareille circonstance. D’abord le décor et les faits. Du côté des familles défavorisées, on ne sait pas encore que faire, à l’approche d’un tel événement, où il est question de débourser une fortune pour s’adjuger la tête d’un ovin alors que l’administration de tutelle essaie d’apaiser les esprits. En la matière, la Direction de l’élevage au ministère de l’Agriculture et du Développement rural  est formelle : il n’y aura pas de pénurie de bétail pour permettre aux citoyens d’acquerir leurs moutons. Jugez-en plutôt : Les disponibilités sont estimées à 5,64 millions de têtes, dont 5,34 millions d’ovins, nés et élevés dans de bonnes conditions, tandis que la demande globale ne serait que de 5,16 millions de têtes, dont 4,82 millions d’ovins.» Mais une petite virée, dans les périphéries de Rabat et Téméra, où traditionnellement on peut tâter la couleur des moutons, démontre une autre situation. «D’habitude, à cette période du mois de l’Aïd El Adha, les éleveurs commencent à venir camper aux alentours de la ville. Une façon pour eux de tester le terrain et de créer ainsi l’envie chez les acheteurs. Cette année, nous sommes très loin de ce cas», explique ce père de famille. Est-ce un mauvais signe ? À cette question, notre interlocuteur répondra que l’on risque de se trouver dans une situation critique. En effet, il est devenu de coutume, chaque fois que la pluie est abondante, que les éleveurs préfèrent garder leur bétail. «Il faut craindre une flambée des prix puisque la pâture est bonne et les éleveurs misent alors sur la laine ou encore la reproduction des troupeaux.» Déjà, dans certains quartiers les rumeurs affolantes circulent. «J’ai entendu dire que le prix du mouton va connaître une grande hausse. Quelqu’un m’a même parlé de 1800 à 3000 dhs le mouton», nous informe un chauffeur de taxi, sirotant tranquillement son café.

Hausse
 prévisible

Son info, il l’aurait eue par l’intermédiaire d’un fermier qui était venu faire des courses à Rabat. Cette information, peu crédible, risque de devenir réalité puisque mêmes les autorités prédisent une hausse du prix du mouton  de 12 à 15 %. Si cela se produisait, les ventes devraient ainsi dégager un chiffre d’affaires de 6,5 milliards. Comme la flambée des prix n’a pas que des côtés négatifs. Naturellement, soutient le taximan, ces prix seront fonction de la qualité, la race et l’âge de la bête ou encore de la durée qui nous sépare du jour de l’Aïd. Même inquiétude chez H.K, mère de deux enfants. Son cas est très critique puisqu’elle vient de perdre son mari, un retraité, il y a trois mois. «Je ne sais pas comment mes enfants et moi allons célébrer la fête. Tout le monde pense que les prix seront inabordables pour les petites bourses alors que mes enfants sont habitués à voir le mouton dans la famille chaque année», dit-elle. Un souci partagé par un autre commerçant mais qui préfère patienter. «Moi, je ne suis pas pressé, je vais attendre, même s’il le faut le jour de la fête, pour acheter mon mouton» explique-t-il. Pour Farid, fonctionnaire, une autre inquiétude se pose à son niveau, c’est de la santé des moutons car côté argent, il a contracté un crédit auprès d’une institution financière de la place. «J’ai fait un prêt de 4 000 dirhams, remboursable sur trois ans. De toutes les façons, je n’ai pas le choix et je n’ai pas de problème avec mon organisme de crédit pour ça», dit-il. Seulement, il s’inquiète de l’état de santé de l’animal. «Quand il y a abondance d’herbes, les éleveurs vendent les animaux souvent malades ou très âgés en raison de la baisse de leur productivité ou de leur rendement. Résultat, les moutons bien portants sont vendus à des prix exorbitants alors que ceux jugés malades son cédés à bas prix. Dans ces conditions, c’est la santé de la population de faible revenu qui est en jeu», fait-il remarquer. Sur ce plan, toutes les dispositions semblent être prises par le ministère. On indique à ce sujet que cette année connaît la meilleure performance de toutes celles observées sur les trois dernières années, particulièrement sur le plan sanitaire. D’ailleurs, la clavelée a été maîtrisée et ramenée au point zéro entre septembre et décembre 2003, généralement considérée comme la période de pic. Quelque part, entre Rabat et Témara, un berger surveillait son bétail sur un espace verdoyant. Environ une trentaine. L’occasion était idoine, ce dimanche matin, pour demander l’état du marché ou le moral des éleveurs. Après les salutations d’usage, il me fait comprendre dès le départ que ses moutons n’étaient pas à vendre pour le moment. Raison invoquée, la période n’était pas encore arrivée. Cela ne nous a pas empêché cependant de lui demander les prix si ses ovins étaient sur le marché.

Intermédiaires voraces

«Moi je ne vends pas au détail. Il y a un grossiste qui viendra, à une semaine de la fête, pour tout acheter. Tout ce que je peux vous dire est que nous avons les moutons adultes issus en grande partie des naissances de la saison 2002-2003 et c’est pour cela que les prix risquent de connaître une forte augmentation par rapport à la fête dernière.» Son argument est presque convaincant quand on voit ses moutons qui sont bien nourris. Toujours dans le même ordre d’idée, notre berger nous indiquera la place d’un de ses amis à Témara, non loin d’une décharge publique. Ce dernier, qui dispose d’une quinzaine de têtes, aborde lui aussi la question dans le même sens. «L’année 2003 sera un peu difficile pour beaucoup de familles car nous n’avons pas de problèmes pour nourrir nos troupeaux.» Ainsi quand on lui demande à combien compte-t-il céder ses moutons, il hausse la tête, puis déclare : «Pour l’instant, ils ne sont pas à vendre. Je vais attendre un peu pour connaître la tendance générale du marché. Mais si je devais les vendre, je demanderais un prix moyen de 1900 dirhams par tête.» Rentrés à Rabat, nous avons demandé à un intermédiaire dont le nom nous été communiqué auparavant par un des éleveurs. Ce fut une rencontre intéressante. À côté de lui, un jeune garçon tient un carnet d’adresse et deux portables sont posés sur la table. «Écoutez, les négociations ont déjà commencé avec certains fermiers. Cette année, je compte avoir une soixantaine de moutons, tous  sardi.» Pour ce qui est des prix, B.D estime qu’il faut s’attendre à 2.800 dirhams au minimum par tête. À prendre ou à laisser. Un vrai casse-tête pour beaucoup de familles. Quand on sait que la fête du mouton est devenue un rendez-vous gastronomique festif à tel enseigne qu’égorger un mouton est signe de richesse et capacité non seulement aux regards des enfants mais aussi des voisins du secteur, il y a fort à parier que beaucoup de personnes y laisseront leur «peau». Que faire, dans ces conditions, des communiqués rassurant du ministère de l’Agriculture ?  L’intermédiaire nous répond avec un certain humour qui ne fait pas du tout rire. Il dit à ce propos «on n’achète pas le mouton ni à la télé, ni à la radio encore moins dans un communiqué de presse. C’est l’offre et la demande qui détermineront les prix. Or en cette période, c’est toujours la demande qui domine fortement». Sans commentaire.

M.S.



 

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