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Quelle cote pour la baguette ? Prix du pain

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La baguette de pain de 250 g, pesant 200 g après cuisson va-t-elle coûter un peu plus cher? On en saura un peu plus dans les jours à venir. Il faut juste préciser qu’il revient à la Commission Interministérielle des Prix, relevant du ministère délégué chargé des Affaires Économiques et Générales et de la Mise à Niveau de l’Économie, de fixer le prix du pain, aliment de base de la population. Le Responsable en charge du dossier, qui n’est autre que M. Bousselmane, que nous avons tenté de joindre, mais en vain, serait souffrant.
En tout cas, la corporation des boulangers, dont le mécontentement n’est plus dissimulé, annonce un mouvement pour la semaine prochaine. Ces professionnels du secteur que nous avons rencontrés n’y sont pas allés par quatre chemins. Ils trouvent tout simplement que le prix de vente du pain est trop bas et ne leur permet pas d’entrer dans leurs frais. Les charges de personnel, de cuisson (au bois ou au gasoil), ou encore inhérents à la levure ou autres ingrédients n’ont pas cessé de croître, soulignent-ils. Ceux-ci reconnaissent l’utilité des discussions, qui ont eu lieu avec les pouvoirs publics et qui durent depuis plus d’un an, mais affichent une certaine lassitude. D’ailleurs, la plupart de ceux que nous avons joints se disent prêts à suivre le mouvement s’il se déclenche. De leur avis, les boulangeries vont très mal. Si elles continuent de fonctionner, c’est parce qu’elles se déploient sur d’autres créneaux, notamment la pâtisserie. Les opérateurs qui ne font que le pain classique, qu’il soit rond, en baguette ou à la viennoise, rencontrent des difficultés colossales, nous assure-t-on.

Doléances

Mais face à une offre de pain de différentes types (entier, complet, de millet, grillé, ...) et de différentes formes (baguette, rond, demi-pain, ...), n’est-on pas amené à se demander si les prix sur cette large gamme sont rigoureusement fixés et surtout comment les contrôler. Le demi-pain vendu sur le marché à 60 centimes fait-il réellement les 100 g fixés après cuisson, s’est interrogé un client. Certains boulangers l’affirment allégrement. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, M. Ziane, le Secrétaire Général du syndicat des boulangers, n’a pas souhaité se présenter à notre rendez-vous.
De toutes les façons, il faut nuancer cette crise, car il existe dans la profession ceux qui ne se sentent pas concernés. D’ailleurs, d’aucuns n’ont même pas daigné répondre à nos sollicitations. Crise ou pas, ces opérateurs (grosses pointures), qui ont fait de lourds investissements , appliquent une tarification qui leur est propre, puisque destinée en général à une clientèle spécifique. A titre d’exemple, dans ces lieux «select», le pain normal de 300 g est vendu à 2 Dhs, au lieu de 1,30 Dhs ailleurs. Et sur les autres produits de leurs gammes, les prix sont tout simplement inabordables pour le citoyen lamda.  

1,40 Dh la miche?

Quant à l’augmentation souhaitée par les professionnels, elle tournerait autour de 20 à 30 centimes. Un responsable à la boulangerie Azaghar au Maarif pense que la population est prête à accepter une hausse. Pour illustrer son propos, il rappelle qu’aucune revendication n’a été soulevée dernièrement lorsque le pain faisait 1,30 Dh la baguette. Même son de cloche chez la boulangerie-patisserie Bijouane, où on avance le prix de la baguette à 1,50 Dh, pour sortir la tête de l’eau.
Évidemment, si l’accord entre l’État et les minotiers aboutit, il y a de fortes chances pour que le prix stagne. Les minotiers sont les fournisseurs de la farine, qui constitue l’une des composantes de base du pain. Une source proche de la Fédération Nationale de la Minoterie, nous a indiqué que depuis 1996, le secteur a été semi-libéralisé. En plus clair, les minotiers demandent la décompensation et la suppression de la farine subventionnée. Les différents ministres qui se sont succédés se sont entendus avec eux, leur donnant entièrement raison, sachant qu’ils ont pris en considération  la protection au double niveau de l’agriculteur et du consommateur. En effet, il s’agit de protéger l’agriculteur, en amont (prix rémunérateur), et en aval, de garantir au consommateur une stabilité du prix. En principe l’Administration a toujours voulu ménager ces deux agents économiques: l’agriculteur en amont par des prix rémunérateurs et le consommateur en lui garantissant un prix accessible à son pouvoir d’achat. D’après notre source, les minotiers s’inscrivent dans cette logique. Aujourd’hui, les minotiers, réunis au sein de la Fédération Nationale, ont conclu un accord de principe, sur cette base, avec le Ministère de l’agriculture. Un deal a donc été conclu, afin que le niveau des prix de la farine reste stable, il reste maintenant à le réaliser. Cette entente sous-tend une libéralisation du secteur, et exige la condition que le blé soit vendu aux minotiers (arrivé au moulin) à 220 Dhs le quintal au lieu des 260 à 270 Dhs actuels. Si l’on en croit ces derniers, la compensation doit être déployée du consommateur vers le producteur. Cela leur permettrait de sortir carrément de ce circuit. Une fois que cette réforme sera concrète, les minotiers croient qu’ils pourront répercuter leurs charges de manière plus réelle et se comporter en véritable industrie, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Cela contenterait la grande masse, qui refuse toujours une augmentation, soutenant que cela grèvera leur budget de quelque 1.000 Dhs par mois dans certains cas (voir témoignages ci-dessous).

L.O. et D.MB.

 

Contre-vérité

En effectuant notre enquête, un employé d’une pâtisserie sise dans un quartier résidentiel, non loin du quartier des Habous, nous a exprimés son amertume à l’égard de ces boulangers, dont son employeur, qui se proclament victimes, selon ses termes, alors qu’ils sont, toujours selon ses termes, des impérialistes, à l’affût de gains faciles. Employé depuis près de trois années dans cette boulangerie qui cible plutôt une clientèle classes A et B, il n’est pas déclaré à la CNSS, comme la majorité des autres employés et de ce fait ne dispose pas de couverture sociale, en revanche, son salaire atteint toutefois le SMIG. Il a tenu à témoigner pour «prévenir les consommateurs et l’État des dysfonctionnements qui règnent dans certaines boulangeries.» , puisqu’il en est à sa troisième. Selon lui, ces boulangers qui réclament aujourd’hui une augmentation du prix du pain , ne respectent pas le grammage exigé. Tout ce pain que vous voyez n’atteint guère les 200 grammes, alors qu’il doit être de 300 ou 250 grammes minimum. De plus, malgré cette devanture joliment décorée et un espace bien astiqué et des vendeuses avec des gants, il faut vous méfier. C’est de la poudre aux yeux, car dès que vous passez de l’autre côté l’hygiène laisse franchement à désirer. Certes de temps en temps, nous sommes surpris par des contrôles, mais ces visiteurs sont corrompus, donc ils ferment automatiquement les yeux. Je finirai en vous disant que cette augmentation du pain n’a pas de raison d’être car pour la majorité des boulgeries-patisseries, le pain est juste un prétexte, il ne représente nullement l’activité, tant il ne dépasse guère 5 % du CA de l’entreprise.

L.O.

Qu’en pense la rue ?

Saâdia, ménagère (50 ans)
A priori 30 centimes peuvent sembler négligeables, mais il faut compter la globalité des dépenses en pain sur un mois et à ce moment là vous allez vous apercevoir que c’est loin d’être le cas. A la maison, nous sommes 6 personnes, mon mari, mes trois enfants, la femme de ménage et moi. Nous consommons en moyenne, une douzaine de baguettes par jour. Ce qui me revient à 13,20 Dhs par jour et presque 400 Dhs par mois. Donc, je vous laisse calculer la différence si cette augmentation finissait par prendre effet, je débourserais en pain la somme de 17 dhs/jour. Il faudra donc, compter environ 510 Dhs/mois uniquement pour le pain. Ce qui est inadmissible car, si le SMIG est de l’ordre de 1800 Dhs, comment peut-on se permettre de dépenser tant d’argent en pain. Donc à mon avis la question ne se pose même pas. Le prix du pain est déjà élevé comme cela et toute augmentation serait injuste et donc rejetée.

Ahmed, maçon (32 ans)
Bien sûr que  c’est insoutenable, on ne pourra plus se permettre d’acheter du pain qui est notre principale denrée alimentaire. Moi, je me f... des gens qui ont les moyens et qui pourront acheter un pain même à 5 Dhs, mais personnellement, il m’est impossible de songer à une augmentation car j’arrive à peine à me procurer du pain au prix actuel. Je ne veux pas écouter les doléances des boulangers, je ne connais  leur situation, mais je connais très bien la mienne et je sais que beaucoup de personnes comme moi ne pourront pas supporter une augmentation. Vous savez ce que mangent les gens qui sont dans les chantiers, et ils sont très nombreux et partout dans le Maroc, ils se nourrissent de pain et de thé. Donc, si on les prive du pain qu’est ce qui va leur rester. Pour nous le pain est un aliment essentiel et non accessoire comme c’est le cas pour certains, dont ces boulangers dont vous parlez, et de ce fait, eux, ils peuvent s’en passer, en le remplaçant par d’autres aliments. Nous on mange rarement la viande, pratiquement jamais de salade et rarement un dessert, on se permet d’acheter des oranges quand c’est la saison et quand le kg coûte entre 1 Dh et 1,50 Dh. Alors, il revient au gouvernement d’empêcher ces capitalistes de nous priver d’un aliment qu’on peut encore se permettre.

Aida Etudiante (21 ans)
Personnellement, cela ne me dérange guère que les prix augmentent ou pas, pour la simple raison que je vis encore chez mes parents et c’est eux qui se chargent de me nourrir. Franchement, je ne fais pas attention à cela et en plus je mange très peu de pain. Mais j’estime, que si le problème ne se pose pas pour nous parce que mes parents ont tout de même un revenu correct, il doit sans doute être ressenti différemment dans des milieux déshérités. Il n’est un secret pour personne que la pauvreté est très présente au Maroc. Ces dernières années, ce n’est plus un tabou, on en parle ouvertement dans les médias.  On peut donc en conclure que la masse ne pourra pas supporter cette augmentation. Le faible pouvoir d’achat en est un parfait indicateur, tout comme le taux de chômage et la précarité d’une grande partie de la population attestent que le consommateur marocain n’est pas en mesure de se payer le luxe d’un pain à 1,40 Dh ou 1,50 Dh.

Réda (instituteur, 42 ans)
Les tagines représentent le principal des mets des Marocains, or on ne peut concevoir un tagine sans pain. Ce qui laisse entendre que le pain est consommé en grande quantité dans tous les foyers marocains, à l’exception de ceux qui ont fini par s’occidentaliser. A mon sens, toute augmentation du prix du pain va pénaliser le consommateur. En fait, tout dépend de qui on parle, c’est vrai que 30 ou 40 centimes pour quelqu’un qui touche un salaire de 20 000 ou 30 000 Dhs, ce n’est pas vraiment significatif, mais si on parle d’un fonctionnaire ou d’un petit cadre dont le salaire est situé entre 2000 et 10000 Dhs au plus, cela fera certainement amputer son revenu. Personnellement, je ne peux pas vous dire que cette augmentation va me pousser à réduire ma consommation en pain, mais elle va sans doute se répercuter sur d’autres dépenses.

Amina masseuse (Kessala), la quarantaine
Je quitte chez moi, très tôt le matin pour aller travailler et je ne rentre que tard dans la soirée. Aussi, je ne peux pas me permettre de préparer du pain moi-même, sauf pendant mon jour de congé. Donc tous les jours, je laisse aux enfants 10Dhs  pour acheter du pain, mais si le prix augmente, je serai obligée d’ôter une baguette par jour pour pouvoir rester dans le même budget. Quand je suis malade ou que je n’ai pas le temps de cuisiner, les enfants se contentent souvent de pain et de thé et là je suis souvent appelée à rajouter la quantité habituelle de pain. C’est le seule denrée que l’on peut se permettre de consommer sans trop compter, donc, cela serait difficile pour nous si son prix venait à être augmenté. 

Mohamed (vigile)
Je mange beaucoup de pain, le jour comme le soir, car ma fonction de vigile ne permet pas d’aller s’attabler à la maison et donc pendant que je suis de service, je me contente de manger des sandwichs (pain fromage, ou pain omelette, ou encore pain boîte de conserves); puisque je travaille dans un endroit où il y a pas beaucoup de commerces où l’on peut se procurer des sandwichs prêts à emporter, j’achète mon pain, les autres ingrédients et je prépare mes sandwichs moi-même. Avec le salaire minable que je touche, le prix du pain doit rester ce qu’il est; autrement il faudra augmenter nos salaires, il faudra revoir le SMIG à la hausse.

Propos recueillis par
L.O.



 

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