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Saintes prolétaires (dans un monde « caputaliste »)

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Si j’étais Pape (voir encadré), je m’empresserais de canoniser la serveuse « canon » du fast-food peu fastueux, situé non loin du boulevard Mohammed V, dans lequel j’ai bu un caoua pourri samedi dernier : une meuf du peuple diablement belle, une sorte d’enfant naturel d’Alain Delon et de Mona Lisa*, qui se tue au « taf », à l’ouvrage, dix à douze heures durant, six jours par semaine, pour « joujderial », que dalle pour ainsi dire ! « A peine plus de 1000 DH par mois, pourboires compris, et on me jetterait à la porte sans aucune forme de procès si j’osais demander une augmentation ou si j’avais à m’absenter un jour. Le patron peut me remplacer en moins de deux. Je dois pas me plaindre, en fait. Beaucoup de chômeurs travailleraient sans jamais l’ouvrir pour bien moins que ce que je touche », soupire-t-elle.
Sainte Touria, 23 ans, « bent lemdina » (fille de l’ancienne médina de Casa), crèche chez ses « vieux », tous deux sans emploi fixe, en compagnie de ses quatre sœurs (âgées de 11 à 20 ans), dans un deux-pièces - miteux, dit-elle - dont elle paye l’intégralité du loyer. « Mon père passe, depuis quelques années, par une phase difficile. Nous n’avons jamais roulé sur l’or, c’est clair, mais, avant son méchant diabète, qui l’a cloué au lit plusieurs mois durant et lui a fait perdre sa place, il a toujours eu le même job, avec un salaire qui nous faisait vivre décemment. Depuis près de deux ans maintenant, je suis la seule source de revenu stable de la famille. Ma mère fait autant de ménages qu’elle peut, mais elle ne peut plus vraiment… Il y a aussi mon petit frère qui fait ce qu’il peut en vendant parfois des cigarettes au détail, après son lycée !», me sert-elle entre deux commandes.
En plus d’assurer le service dans ce café très fréquenté, Touria est souvent « réquisitionnée » pour faire la plonge, passer la serpillière ou donner un coup de balai. Accessoirement, elle sert également de punching-ball verbal à son boss, ce négrier, absent lors de ma visite d’une heure.
Tous les prolétaires vivent plus ou moins dans la panade, évidemment. Mais, Touria, c’est un peu Gina Lollobrigida dans Notre-Dame de Paris, un petit bout de femme touchée par la grâce, mais engluée dans le Paris d’antan. C’est pour cela que la valeureuse serveuse doit être béatifiée, parce qu’ elle n’a pas cédé à la facilité, à l’inverse de beaucoup de jolies misérables sans le sou ni perspectives, qui, dans ce monde « caca-pupute-aliste », choisissent de vivre dans la honte pour ne pas vivre dans la dèche.
Casa regorge de petites «Touria», de déshéritées belles comme le jour qui triment matin et soir comme des forcenées pour une misère (dans des usines et ateliers d’Aïn Sebaâ, des résidences de bourgeois, des commerces, des bureaux…), tout en sachant que les hôtesses des boîtes de nuit les plus « hot » lèvent facilement en une soirée ce qu’en un mois de dur labeur, elles génèrent.
M.L.  
* Métaphore empruntée à « La Boum I » ; les ados des années 80 encore accros à la Marceau apprécieront !


Dispositions papales

Ah, si j’étais Pape ! Après avoir sanctifié la belle serveuse, j’excommunierais, sans trembler…, Michal le « Poloniais » (compatriote de mon « hypothétique prédécesseur actuellement en exercice », J.P. junior*) et Elodie la « mongauloise », finalistes parachutés de la saison 3 de la Star Ac’, tombeurs pistonnés de la « Madonna » marocaine – faut pas toucher aux icônes !
Par ailleurs, je désavouerais, fissa, mon vœu d’abstinence. J’organiserais des messes trop « groovy » et des after «too hype » à la basilique Saint-Pierre, qui en deviendrait le temple universel de la « branchitude », et je tenterais de décoincer mes sous-fifres en les habillant de soutanes signées Donatella Versace. J’irais aussi faire la promo de mon « biz » chez Thierry Ardisson, le pape du PAF, ou dans un « late show » U.S (chez Jay Leno ou Dave Letterman). Je m’essayerais, en outre, au prosélytisme sur le Net, que je noierais de MP3 de « Negro Spiritual » et de cantiques « remastérisées » par des DJ sous « ecsta », mais aussi de bibles à la sauce Manga, de jeux vidéo revisitant les classiques du catéchisme (version gore), etc.
Je me ferais également tatouer « Nietzsche est mort » sur l’avant-bras, en plus d’autres conneries poilantes (partout, partout), encastrerais ma « Papamobile » dans un mur du Vatican juste pour faire péter les airbags comme des bouchons de champagne, enregistrerais un duo avec Marylin Manson. Cerises sur le gâteau, je sponsoriserais un centre d’IVG et prêterais gratos mon image à quelque marque de capotes parfumées… En bref, je ringardiserais le Dalaï-Lama en un rien de temps!

* Jean-Paul II



 

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