Le risque est permanent et, de ce fait, nul n’est épargné par les accidents de la circulation. Piétons, vélomoteurs, cyclistes ou automobilistes, tout le monde est concerné. Cependant, force est de constater que la loi est plus sévère vis-à-vis de l’automobiliste. En cas de pépin, c’est ce dernier qui est sanctionné. M. Ghallab, ministre du transport, semble vouloir faire élaborer une nouvelle loi. C’est tant mieux, car l’on souhaiterait vivement, tant que ce projet est encore en gestation, qu’il analyse le problème dans toutes ses facettes. Car il ne s’agit nullement de légiférer, mais d’appliquer les textes de lois. Et M. Ghallab n’est pas sans savoir que nombreuses sont les lois au Maroc qui ne sont pas appliquées. En plus, il est impératif d’analyser parallèlement à ce projet, un certain nombre de dysfonctionnements qu’il faudra traiter promptement, si nous voulons réellement réduire les effets de l’hécatombe. Pour arriver à cette fin, il faudra prendre en considération nos spécificités et adapter nos lois à nos propres conditions. Il va sans dire que l’inadvertance et l’incivisme sont parmi les facteurs majeurs qui sont à l’origine des accidents de la circulation. Il y a des choses qu’on ne voit qu’au Maroc et nulle part ailleurs. Comment peut-on expliquer l’attitude de ces piétons qui traversent la voie en plein axe autoroutier, alors que les automobilistes sont autorisés à rouler à une vitesse de 120 Km/heure. Pourquoi cet automobiliste est passible de prison lorsqu’il percute et tue un piéton qu’il n’aura même pas vu de nuit. Voilà un exemple, qui peut sembler simpliste, mais auquel il faudra apporter une solution. On nous dira qu’il y a des passages réservés au piéton, et qu’ils n’ont qu’à les utiliser, on répondra alors: faites de sorte que ce soit respecté. Ce que nous savons et ce que nous vivons à ce jour est un dysfonctionnement auquel il va falloir trouver une solution. Cela ne demande peut-être pas grand-chose...
Illogique
Autre bémol. La population marocaine a augmenté et à défaut d’un transport en commun convenable, le parc automobile s’est accru d’une manière considérable, tout comme le nombre de personnes qui n’ont pas les moyens de se payer ce luxe (qui est loin de l’être au Maroc car posséder un véhicule est une véritable nécessité chez nous) et qui se contentent d’un vélo ou d’un vélomoteur est considérable. Ce qui explique la forte pression que connaissent nos routes. Là aussi, on sait que la loi privilégie tout ce qui est assuré par rapport à ce qui ne l’est pas. Les cyclistes ne le sont pas, alors qu’ils sont autant que les piétons des usagers de la route. A partir de là, en cas de problème, même si la faute incombe à un cycliste par exemple, c’est l’automobiliste qui doit assumer les dégâts. En principe, c’est l’assurance de l’automobiliste qui prend en charge tous les frais d’hospitalisation ou d’indemnisation de la victime. Mais en cas de décès et c’est là le plus grave, le conducteur, même s’il n’est pas fautif, devra assumer l’entière responsabilité et là encore il est passible de prison. Ce qui est totalement illogique. Prenez le cas d’un garçon de 12 ans sur un vélo, empruntant la route côtière reliant Casablanca à Mohamédia, une route estimée dangereuse, puisque usitée par de gros engins (citernes, camions, bus, grands taxis). Ce garçon a perdu la vie à la suite d’un tragique accident, pendant qu’il roulait, en jouant, en pleine voie. Certes, ses parents ont eu la pire punition qui puisse exister, mais ils sont les premiers, sinon les seuls responsables de cette tragédie... Que pouvait faire un garçon de cet âge sur une route pareille, où étaient ses parents, et comment pouvaient-ils laisser un enfant de cet âge jouer sur une route connue pour être des plus meurtrières? A ce jour, le conducteur attend encore son jugement, il est encore une fois passible d’emprisonnement, même s’il n’est pas responsable de cet accident, sans parler des tracas administratifs et moral qu’il a du subir depuis cet incident, ainsi que les frais déboursés pour la réparation de son véhicule (l’assurance ne s’en charge pas). Sa seule faute étant d’avoir été au volant ce jour là.
Par ailleurs, il est à noter que ces cyclistes ne font l’objet d’aucun contrôle, aucune sanction, ils se permettent, de ce fait, de commettre des contraventions qui ne semblent guère déranger les agents de la sécurité. On dirait que ces gens ne sont pas concernés par le code de la route.
Failles
Les piétons sont des usagers de la route et doivent, de ce fait, être sanctionnés pour leurs erreurs. Le projet de loi, en cours, prévoit, dit-on une amende de 50Dhs pour tout piéton qui n’emprunterait pas le passage réservé pour traverser. Amen, mais encore faut-il que ces passages existent réellement. Des fois, il faut parcourir plus d’un kilomètre avant de tomber sur un passage zébré. Aussi, il est parfois difficile de respecter la loi, même si on a bien appris ses leçons de civisme. Il faudrait donc envisager plus de passages cloutés, ce n’est pas difficile, et après cela veiller à l’application de la loi. Chose qui semble, en revanche, très délicate. L’expérience nous a montrés qu’au Maroc, les lois sont rarement appliquées. Les exemples sont légion. M. Benhima, alors Wali de Casablanca, nous parlait d’une loi relative à l’hygiène de la ville, qui stipulait que toute personne qui jetterait un mégot ou un déchet quelconque dans la rue serait passible d’une amende de 100 Dhs. Une loi (?) dont on a jamais entendu parler et qui n’a jamais été appliquée. Il faudrait d’abord veiller à appliquer les lois qui existent déjà. Les véhicules poids lourd dépassant un certain tonnage ne devront pas circuler dans le périmètre urbain. De même, il faut prévoir des «niches» pour les arrêts de bus dans les voies de circulation, comme c’est le cas à l’étranger. Le ministre de l’Équipement, qui a l’habitude de se rendre à l’étranger, a certainement une idée de ce qui se passe ailleurs dans ce domaine. On pourrait sans doute s’en inspirer. Mieux vaut tard que jamais !
Il faudra également aménager des trottoirs avant de demander des comptes aux piétons car souvent, ils sont exploités par des commerces, cafés, ou autre, ce qui crée, mine de rien, d’énormes problèmes de circulation dans une ville comme Casablanca. Là également, M. Benhima, avait entamé un travail dans ce sens, mais …
Outre les piétons et les cyclistes, d’autres engins non assurés empruntent également les routes, causant de graves désordres de circulation. Il s’agit des charrettes et autres véhicules hippomobiles qui, en cas de problèmes, ne risquent aucune sanction, puisqu’ils ne sont pas assurés. En cas d’accident grave ou mortel, le conducteur de ces engins risque la prison. Sinon, en cas de dégâts matériels, la prise en charge des frais relatifs à la réparation du véhicule ou du vélomoteur n’est pas assurée...
Pour revenir à la question de civisme, il est impératif que nos manuels scolaires intègrent le code de la route, ainsi, on pourra épargner à nos enfants des malheurs et préparer des futurs générations civilisées.
En somme, il faut tout revoir de fond en comble. Ce qui n’est pas impossible.
Leïla Ouazry