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Palaces pas classe Vision 2010

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Le Maroc, plus beau pays du monde? Tu parles, Charles! Dès que vous ouvrez la porte imposante de l’hôtel Michlifen à Ifrane et que vous pénétrez dans cet établissement très couru des années 80, vous vous rendez compte à quel point la signature de l’ONMT est mensongère. Avec sa déco qui fait froid dans le dos, terriblement défraîchie, qui n’a pas dû bouger d’un iota depuis la nuit des temps, ainsi qu’une foule d’autres désagréments, Michlifen est une verrue immonde qui gâche la belle frimousse du Maroc.
Hélas, mille fois hélas, dans chaque « spot » de ce pays gît inéluctablement un Michlifen, un établissement hôtelier jadis glorieux, et qui ne garde de ce bon vieux temps que les tarifs prohibitifs. Il faudrait créer une chaîne hôtelière qui engloberait tous les « Michlifen » de ce pays, tous les quatre et cinq étoiles illégitimes qui, à force « d’hiberner » sur leurs lauriers, se retrouvent avec une épée de Damoclès (nommée banqueroute) sur la tête, en lieu et place de la couronne de lauriers. « Shining Hôtels and Resorts », qu’il faudrait lui donner comme raison sociale à ce conglomérat d’enseignes sinistrées. Pas de quoi faire de l’ombre à Accor, solide leader du secteur de l’hôtellerie (au Maroc, et au plan européen), mais tout de même !

Déco «has been»

Les nombreux hôtels qui méritent de compter parmi les unités du groupe hôtelier «Shining»draineraient, vraisemblablement, de nombreux férus de Kubrick. Par ailleurs, la couverture géographique de cette chaîne serait des meilleures, tous les coins et recoins de ce pays ayant leur lot d’hôtels décrépits. L’hôtel Asma de Chefchaouen ou l’hôtel Ibn Toumert de Taliouine, pour ne citer que ces deux canards boiteux de l’industrie hôtelière, sont des clônes de l’hôtel dans lequel je me trouve, en ce samedi 6 décembre.
Durant ses « années folles », lorsque le gotha du pays et d’ailleurs se bousculait à ses portes, l’hôtel Michlifen recelait un salon de coiffure, une boutique de haute couture (Francesco Smalto), une salle de billard, une écurie de chevaux… Rien de tout cela, aujourd’hui ! Évidemment, le site dans lequel se « love » l’hôtel est splendide. Erigé au sommet d’une colline, au beau milieu d’une forêt dense, Michlifen surplombe Ifrane, elle-même située à plus de 1600 mètres d’altitude. Ainsi, les chambres offrent une vue imprenable sur la ville ou sur la forêt « domaniale ». C’est pas rien, ça, non?
En outre, l’hôtel a de (rares) beaux restes. La piscine, qui ne sert absolument à rien en décembre - Ifrane est recouverte, depuis le début du mois, d’un tapis blanc aussi glissant que majestueux -, est tip-top. Qu’il doit être bon de se dorer au soleil sur les relax disposés tout autour de ce bassin (lorsque les températures sont plus clémentes, par ici)! L’hôtel comporte également une boîte de nuit, fermée, toutefois, depuis belle lurette.
Comme Michlifen, tous les anciens palaces agonisants que compte ce pays jouissent d’une situation géographique enviable. L’hôtel Asma, par exemple, domine Chefchaouen, tandis qu’Ibn Toumert jouxte, à Taliouine, une petite casbah délabrée (mais qui n’en demeure pas moins charmante), seul monument de la ville du safran. Tous deux comportent aussi d’avantageuses piscines.
Néanmoins, faire trempette ou admirer un joli panorama se négocie très cher dans ces endroits-là. Michlifen facture dans les 650 DH pour une « double », et allégrement plus du double pour une suite. Davantage que sa décoration trop « années disco », ce sont les prix observés dans cet hôtel qui en font une arnaque presque aussi éhontée que l’affaire ANAPEC / Ennajat Shipping. Si ses tarifs étaient revus à la baisse, le taux de fréquentation de l’hôtel Michlifen grimperait en flèche, sans doute. Car, Ifrane ne compte, en tout et pour tout, que quatre hôtels. Et, Michlifen est le seul à receler une piscine, ce qui peut (en été) excuser sa déco «has been» et son aspect glacial.
S’il est vrai que la plupart des visiteurs qui séjournent dans cet adorable village « alpin » du Moyen-Atlas optent pour la formule « chalets » (loués entre 200 et 1.000 DH/J ; plus ou moins confortables et chauffés, donc), les hôtels Perce-neige, Chamonix, et Les tilleuls, les concurrents, moins dispendieux, et plus dans l’air du temps, de l’hôtel Michlifen, ne chôment pas pour autant. En fait, les week-ends, il n’est pas rare que ces établissements affichent complet, tandis qu’à l’hôtel Michlifen (dans lequel je ne me suis hasardé que quelques minutes, duquel j’ai vite déguerpi, de peur de voir déambuler Jack Nicholson, tout furax, une hache à la main), week-end ou pas, le personnel se roule les pouces, doit se souvenir du bon vieux temps (et risque de finir aussi secoué de la tronche que le protagoniste de « Shining »).

Plan de sauvetage?

L’hôtel Michlifen et tous les « Michlifen » de ce pays ne sont pas irrécupérables. Les riads de Marrakech, aujourd’hui fréquentés par le show-biz international notamment, étaient, il y a peu, considérés comme des vestiges inexploitables, appelés à disparaître. Plusieurs des maisons d’hôtes actuelles de la ville ocre ont été squattées, dégradées, des années durant, par des miséreux. Michlifen & co. doivent recouvrer leur luxe d’antan.
Si les propriétaires actuels ne sont pas disposés à initier des plans de sauvetage, les repreneurs ne doivent pas manquer. Accor, par exemple, qui a adopté, dès son implantation au Maroc une stratégie de développement très ambitieuse, ne possède aucune structure à Ifrane (ni à Chaouen, ni à Taliouine). 
L’hôtel Michlifen pourrait devenir une des pièces-maîtresses du dispositif que s’attellent à mettre en place les forces vives du secteur touristique dans le dessein de drainer 10 millions de touristes en 2010. Aujourd’hui laissé à l’abandon, comme tant d’autres hôtels du Royaume, il doit, au contraire, faire passer l’envie de découvrir ce beau pays aux touristes qui y échouent. Il fait, pour ainsi dire, figure d’obturateur de la « Vision 2010 ». En effet, il pourrait contribuer à son accomplissement s’il est épousseté comme il se doit, et la phagocyterait, l’assombrirait (comme il le fait déjà, actuellement), si rien n’est fait pour que cesse, enfin, sa longue traversée du désert.

M.L.



 

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