Viagra, le losange bleu du bonheur que bénissent tant les hommes qui souffrent de pannes au niveau du caleçon, de troubles de l’érection pour être plus direct, a été introduit sur le marché par la marque Pfizer, en 1998. Depuis, d’autres acteurs du secteur ont emboîté le pas au géant américain, proposant des médicaments comme le Cialis ou le Levitra, qui seraient autrement puissants. “Obtention et maintien de l’érection dès la seizième minute et possibilité d’un rapport sexuel réussi dans les vingt-quatre heures consécutives à la prise”, peut-on lire, à propos du Cialis, sur le site web du laboratoire Lilly – qui espère bien chiper des parts de marché à Pfizer, pionnier du secteur. A ce jour, le Cialis et les nombreux autres concurrents du Viagra ne sont pas disponibles au Maroc.
Par contre, un particulier isolé (au moins), un quidam qui écoule des médicaments génériques sur le marché parallèle, des losanges bleus semblables au Viagra (à la différence qu’il n’est pas gravé “Pfizer” dessus) concurrence bel et bien, à son échelle, Pfizer Maroc - qui le découvre probablement en même temps que les lecteurs de La Nouvelle Tribune.
Aziz est dealer. Pas de ceux qui vendent du shit trop mélangé au détail –par bouts de 10 ou 20 dirhams, dans les quartiers populaires ! Lui fait plutôt dans le chimique, dans les drogues à très forte valeur ajoutée. Selon Karim, client de longue date d’Aziz, ce dernier a un stock impressionnant de ces comprimés, qu’il dit avoir reçus du Mexique (par voie postale !). “Il en voulait 80 DH pièce, et je crois bien que le sachet qu’il a exhibé devant moi contenait au minimum une centaine de pilules. J’en ai acheté une, pour voir ce que ça faisait, parce que je n’avais jamais eu l’occasion de tester le Viagra, qui ne peut être délivré sans prescription médicale. Je peux dire que j’en ai eu pour mon argent”, explique Karim, un gaillard trentenaire qui ne souffre pas de troubles de l’érection, mais qui considère juste qu’il faut tout essayer dans la vie…
En plus de se défoncer au “speed” (amphétamine) qu’Aziz lui vend à 200 DH le comprimé, Karim avoue être littéralement tombé sous le charme de l’effet dispensé par les losanges bleus made in Mexico. “ C’est trop génial. Ça te rend Superman, au pieu. Désormais, quand je couche sans en gober un, je trouve que ma prestation n’est pas terrible. Et je n’aime pas les choses médiocres. Je peux dire que je suis devenu accro ”, avoue-t-il.
Cachets
pour coucher
Comme lui, de nombreux hommes s’essayent au Viagra ou aux médicaments du même genre dans le seul but de donner un coup d’accélérateur à leurs performances sexuelles.
Ceux qui sont victimes de dysfonctionnements érectiles s’adressent généralement à des praticiens (sexologues ou autres cardiologues) qui leur prescrivent du Viagra, et n’ont donc pas besoin de recourir au marché parallèle. Certes, ils pourraient ainsi bénéficier d’une petite ristourne, mais c’est bien peu comparé au risque qu’ils prendraient pour cela. Par contre, ceux qui ne souhaitent l’utiliser qu’à des fins “ récréatives ”, ceux qui veulent seulement en mettre plein la vue (et pas seulement la vue !) à quelque partenaire dans le pur style Kama-Sutra n’ont d’autre choix que de se rabattre sur les médicaments génériques vendus par Aziz, et par une flopée de sites sur le “ world wide web ”…
En bref, il suffit d’être titulaire d’une carte de crédit internationale pour être en mesure d’acheter “ on line ” toutes sortes de traitements chimiques des troubles de l’érection et de se faire livrer, par la voie postale, ses petits cachets pour coucher. C’est ainsi qu’Aziz a dû s’approvisionner.
Aziz, le dealer de Karim, ne recrute les consommateurs des pilules de l’amour que parmi ses clients. Il possède déjà son réseau clients sécurisé. Des jeunes nantis accros à la cocaïne ou aux “ amphets ”, qui justifient donc d’un background non négligeable dans le domaine des substances chimiques, et ne sont donc pas du genre à se préoccuper des effets secondaires des produits qu’ils se procurent chez Aziz. Lorsque l’on sait qu’une boîte de Viagra contient une notice, un prospectus aux allures de roman-fleuve, mentionnant une foultitude de contre-indications et d’effets indésirables, on se demande s’il est vraiment sage de consommer des génériques “latinos” vendus sans packaging, sans indication de la posologie, sans notice, dans le seul but de briller un coup.
M.L.
*Les prénoms ont été modifiés.