La Nouvelle Tribune : Le Conseil de la ville de Casablanca vient de déléguer à LYDEC la gestion de l’éclairage public de la métropole. Quels sont les termes de cet accord ?
M. Yves Reymond : Ce n’est pas encore le cas. La décision qui a été prise au niveau du Conseil de la ville est de modifier l’objet de la concession de gestion déléguée de LYDEC pour lui permettre de gérer des réseaux d’éclairage public sur tout ou partie de Casablanca. Cela veut dire qu’il est maintenant juridiquement possible de réfléchir à une gestion déléguée.
Qu’est-ce que cela signifie au juste ?
Sans cette modification, il n’était pas possible de passer un accord dans le domaine de l’éclairage public entre la ville de Casablanca et LYDEC, quel que soit le contenu de cet accord. Pour mieux comprendre, je rappellerais que LYDEC avait signé en 1997 avec la Communauté urbaine de Casablanca une convention de gestion déléguée pour la distribution de l’eau potable, de l’électricité et de l’assainissement liquide. Mais la convention en question n’avait rien prévu sur l’éclairage public. Ce qui a été décidé lors de la dernière réunion du conseil de la ville, c’est que LYDEC puisse, en plus de sa mission initiale, éventuellement gérer tout ou partie de l’éclairage public de Casablanca.
Que propose LYDEC pour résoudre le problème de l’éclairage public à Casablanca, et qu’en est-il au juste de l’état des lieux dans ce domaine ?
Aujourd’hui, le secteur de l’éclairage public compte 25 services rattachés aux anciennes communes. Avec la nouvelle organisation de la ville, il y a évidement une restructuration à apporter à ce secteur. Je pense qu’aujourd’hui, il est possible de faire mieux en matière de services avec le personnel et les moyens existants. L’éclairage public de Casablanca, en terme de taille, est équivalent à celui de la ville de Paris qui est organisé sous un service unique. Donc, de prime abord, la ville devra fédérer ces services sous une seule entité, en vue d’optimiser la gestion de son éclairage.
Le second problème que révèle le diagnostic est d’ordre technique. Avec 25 services, il y a autant de techniques appliquées. A titre d’exemple, les lampadaires ne sont pas forcément identiques d’une commune à l’autre. La manière de les gérer, ou de les dépanner diffère également. D’où une divergence en terme de qualité. Il y a donc une réflexion à conduire pour standardiser les méthodes et les mesures sur l’ensemble de la nouvelle Commune Urbaine.
Le troisième sujet de préoccupation, qui est beaucoup plus sensible car partagé par toutes les communes, concerne les procédures administratives pour déclencher les travaux, qui sont aujourd’hui très longues et très lourdes. Le système passe par des commissions d’études, d’appels d’offres, de passations de commandes, de signatures... Tout cela prend énormément de temps. La Commune urbaine souhaite aujourd’hui alléger ces procédures, en étant plus dynamique et plus rapide dans l’application des décisions qui sont prises.
Le dernier élément du diagnostic, concernent les grandes disparités au niveau de la qualité de l’éclairage public. Dans certains secteurs, le taux de panne n’est que de 5% alors que dans d’autres il dépasse les 30%. Il y a donc lieu d’harmoniser pour relever la qualité de l’éclairage sur l’ensemble de la ville. Les niveaux d’éclairements varient par exemple dans des rapports de 1 à 6. C’est-à-dire qu’il y a des zones qui sont 6 fois mieux éclairées que d’autres. Là aussi, il faut normaliser le niveau de qualité.
On peut donc comprendre que vous êtes encore au stade de réflexion ?
Nous avons terminé le stade du diagnostic. Nous sommes en train de finaliser les actions à mettre en œuvre pour élaborer un “ Plan Lumière ” pour Casablanca. Concrètement, un plan lumière permet de répondre aux préoccupations de la ville à court et à long termes. L’objectif étant de réorganiser, d’abord, pour être plus efficace dans le service de l’éclairage public, de se doter d’une technologie, de techniques et de procédures uniformes sur l’ensemble de la ville. La finalité est d’améliorer la qualité du service rapidement.
Quand vous parlez de standardisation, cela signifie-t-il que toutes les artères de Casablanca, tous les quartiers, tous les arrondissements auront de la qualité dans l’éclairage?
Standardiser, c’est apporter la même solution à des problèmes identiques. Tous les grands carrefours des grandes voies doivent être éclairés de la même manière, avec énormément de lumière dans un souci de sécurité routière. Les rues secondaires doivent être bien éclairées, mais leur éclairage sera différent, intégrant aussi un éclairage pour les piétons. Donc à chaque problème, il faut une solution adéquate. D’abord, cela apporte une harmonie esthétique et environnementale à l’espace urbain, ensuite la sécurité routière et celle des piétons sont mieux assurées.
Au-delà de ce que vous évoquiez en parlant du diagnostic, quelles sont les principales défaillances que vous avez relevées et auxquelles vous pouvez apporter une solution?
On peut rappeler les lourdeurs administratives des procédures actuelles d’achat qui constituent un frein important à l’efficacité du système. Il faut compter de 6 à 9 mois pour disposer du matériel nécessaire à la réalisation des travaux. Ce qui nécessite beaucoup d’anticipation, pour disposer du matériel en temps voulu. Dans ce sens, nous sommes prêts à proposer d’autres méthodes pour être plus efficaces et plus rapides. LYDEC a des procédures d’achats et de mise en concurrence qui permettent d’avoir des prix très compétitifs et d’obtenir le matériel dans des délais très courts.
Une deuxième réponse peut être apportée au processus de dépannage. Le traitement des appels téléphoniques, leur suivi, l’ordonnancement et la traçabilité des interventions peuvent être nettement améliorés en s’appuyant encore sur l’expérience de LYDEC.
S’il y avait, aujourd’hui, une urgence dans le réseau d’éclairage public à Casablanca, elle serait de quelle nature selon vous
L’urgence première concerne la qualité de service du réseau. Le taux moyen de panne est de 30%. soit une 3 lampes sur 10 en panne. Ce taux doit être ramené à 1 lampe sur 10 pour que le service d’éclairage public de Casablanca atteigne un niveau de qualité acceptable. Le travail à effectuer est assez important, mais il est réalisable. Pour exemple, l’ex-communauté urbaine de Casablanca, avait confié à LYDEC un contrat d’assistance technique pour améliorer rapidement et sensiblement la qualité de l’éclairage public des ex-voies communautaires (grandes avenues). Au démarrage de la mission en juillet 2003, le niveau d’éclairement de ces voies était de 70%. C’est-à-dire 30% des points lumineux de pannes. Quatre mois plus tard, le taux de pannes est réduit à 9%,. Un résultat que nous avons atteint principalement à travers une nouvelle organisation et un changement de méthode. Nous avons conseillé et accompagné les équipes de l’éclairage public pour être plus efficaces et plus performantes. Ceci étant, cette amélioration n’est pas forcément durable. Nous avons opéré dans un cadre d’urgence qui a consisté à réparer des installations qui méritent souvent d’être remplacées. Je pense, par exemple, au renouvellement des câbles. Certains sont très vieux, certes nous les avons remis en fonctionnement, mais ils méritent d’être remplacés, sinon il faudra s’attendre à de nouvelles pannes.
Autrement dit, il faut pouvoir maintenir la durabilité des performances du réseau d’éclairage public.
Cela demande combien de temps pour avoir un éclairage public correct ?
Il faut considérer deux étapes. La première étape qui prendra une année consiste à rétablir ce fameux niveau d’éclairement rapidement.
À la seconde qui consiste à maintenir durablement un niveau d’éclairement acceptable, il faut ajouter une à deux années de plus .
Quelle est la contrepartie financière que perçoit la LYDEC en échange de ses services ?
La Conseil de la Ville s’est adressé à LYDEC pour son savoir-faire et son expertise mais aussi en tant qu’entreprise citoyenne. Nous considérons la gestion de l’éclairage public pour le compte de la Commune Urbaine comme une mission citoyenne. Le seul bénéfice que nous pouvons tirer d’une telle action est la satisfaction des usagers de la voirie qui sont également nos clients.
La part de l’éclairage public dans le chiffre d’affaires global de LYDEC représente un pourcentage très réduit. Le budget total alloué par la ville à l’éclairage public est de 100 millions de Dirhams environ, hors frais du personnel. La facture d’électricité représente 80% de ce budget. Les 20% restants vont aux frais d’entretien. Or, sans prendre en charge le secteur de l’éclairage public, LYDEC vend déjà l’électricité à la ville.
En conclusion ?
Optimiser le réseau d’éclairage public à Casablanca. Le maire de Casablanca, M. Sajid, qui s’est récemment rendu à Paris, était étonné de savoir que la capitale française comptait 100.000 points lumineux et que Casablanca en a 90.000. Pourtant, le niveau d’illumination à Paris est de loin meilleur que celui de Casablanca. Pour ne citer que les grandes artères dont nous nous sommes occupés jusqu’à présent, nous avons considérablement amélioré la qualité de l’éclairage public, grâce à une démarche organisée, fondée sur un savoir-faire reconnu et une expérience réussie.
Propos recueillis par
Leïla Ouazry
Le réseau d’éclairage public de Casablanca
Dans la connaissance actuelle du réseau d’éclairage public de la commune urbaine de Casablanca, les chiffres clés sont les suivants :
- environ 1 700 km de réseau ;
- environ 90 000 points lumineux et 2000 armoires de commande ;
- consommation de près de 90 Millions de kWh/an une puissance de 23 MW pour une facture annuelle d’électricité de 105 MDh ;
- 25 services ou districts répartis dans les arrondissements.
L’état des lieux présentent des disparités importantes d’un arrondissement à un autre :
- le taux moyen d’éclairement évolue entre 69 % et 94 % ;
- le niveau d’éclairement sous luminaire varie entre 6 et 21 lux;
D’une manière générale, il n’existe pas de relation entre les moyens mobilisés et la qualité du service délivré.
Cas particulier des réseaux d’éclairage public des ex-voies communautaires :
Le réseau d’éclairage public des ex-voies communautaires est constitué de 18 000 points lumineux répartis sur 300 km.
Le constat du mois d’avril 2003 présentait la situation suivante :
- taux moyen d’éclairement de 70 % ;
- niveau d’éclairement sous luminaire entre 14 et 21 lux ;
- personnel affecté au service : un employé pour 4 km de réseau et 225 foyers gérés ;
- absence de coordination au niveau de l’allumage des tronçons de voies ;
- 80% des candélabres nécessitent une intervention d’entretien ; 20% sont à remplacer ;
- 30% des luminaires sont éteints ; 20% nécessitent un entretien ; 12% sont à remplacer.
Après intervention de LYDEC dans la cadre de la Convention d’Assistance Technique, la situation au 30/9/2003 est la suivante :
- taux moyen d’éclairement porté à 90% sur les voies prioritaires et à 95% pour le quart d’entre-elles ;
- rééquilibrage du niveau d’éclairement entre les différentes voies afin de réduire la sensibilité visuelle des usagers ;
- 2400 luminaires remplacés.