Actualité | Economie | Entreprise | Finance | Grand Public | Lire, Voir, Entendre

Rechercher :
  
Edition


Administration
Articles » Grand public
Chinatown

Auteur :

«Ne réveillez pas le géant qui dort », qu’il prévenait pourtant, Napoléon, en parlant de la contrée de Confucius, de la Grande Muraille et de Mao Zedong.  Et c’est pas rien, Napoléon ! Pas fainéant, le petit corse. Et loin d’être con, aussi. A lui seul, il a fait l’Europe, un siècle et demi avant le Traité de Rome ou la CECA - communauté européenne du charbon et de l’acier - de Monnet et Schuman. Hélas - pour les pays qui n’ont ni le marché, ni la croissance à deux chiffres, ni le passé de la Chine -, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) s’en est allée titiller le géant somnolent, et a fini par l’extirper des bras de Morphée. Résultat, les Chinois, et Dieu sait s’ils sont nombreux, se sont lancés, illico, à la conquête commerciale du village global. Les règles de l’OMC ? Ricardo et ses avantages comparatifs ? C’est du gâteau pour la Chine. De 1949 à nos jours, elle s’y est préparée dans son petit coin (à coups de politique des hauts fourneaux et autres trouvailles populistes de Mao), en faisant semblant de piquer un somme.
« La Chine est un rouleau compresseur ». Ça, c’est pas du Napoléon Bonaparte; c’est beaucoup plus récent, et plus local aussi. C’est un commerçant de Derb Omar qui faisait cette remarque (en pleurnichant, presque), il y a deux jours tout juste, pour commenter l’ouverture, courant 2003, coup sur coup, de deux centres commerciaux tenus par des ressortissants chinois. Ces échoppes proposent toutes sortes de « chinoiseries » à des prix évidemment imbattables. Elles font leurs marges sur des trucmuches à deux balles, petit à petit, mais inéluctablement ; parce qu’elles vendent une quantité prodigieuse de produits.
Casablanca est jumelée avec Shanghai depuis 1986, mais les commerces chinois de Derb Omar ne datent pas de cette époque-là. Ils sont postérieurs à l’adhésion de la Chine à l’OMC. Après avoir mis en banqueroute l’Argentine, l’OMC veut-elle la peau du Maroc, de Derb Omar? Je sais : vous devez vous dire que je pinaille pour une poignée de boutiques kitsch et pop, pour un investissement global insignifiant, pour quelques hommes d’affaires de seconde zone venus tenter leur chance parmi nous. C’est que vous n’avez pas vu la sale tronche que tirent plusieurs boutiquiers de Derb Omar depuis que les Chinois y ont fait leur apparition.   
« En plus des boutiques déjà opérationnelles, qui ne désemplissent jamais, d’autres projets lancés par des Chinois sont en cours de finalisation . D’ici à la fin de l’année, deux nouvelles boutiques seront opérationnelles, au bas mot. On assiste, au niveau de Derb Omar, mais aussi un peu partout dans le centre-ville, à une véritable razzia de petits investisseurs chinois. Restaus modestes, magasins de pacotilles… Ils commencent petit, mais je suis sûr qu’ils voient grand. Il y a un an à tout casser, deux Chinois, affublés de costards et d’attaché-case, ont rappliqué ici. Ils ont loué un bureau ; on voyait bien qu’ils prospectaient, mais on ne se doutait pas que cela prendrait, aussi rapidement, une si grande ampleur. Plusieurs commerçants ont reçu des offres alléchantes pour céder leurs boutiques, ces derniers temps. Dans cinq ans, Derb Omar, c’est le Chinatown de Casablanca, à ce train-là », estime Nabil, vendeur de tissu, fils et petit-fils de vendeurs de tissu à Derb Omar.
Évidemment, seuls les petits commerces, les moins sereins financièrement, se sentent concurrencés par les « Chinois de Derb Omar », qui, soit dit en passant, s’adressent à leurs très nombreux clients dans un arabe classique impeccable, sont très courtois à l’endroit de leurs pairs, les « fassis et les berbères de Derb Omar », et doivent peaufiner tranquillement leur stratégie de développement, tout en empilant les tonnes de pièces jaunes amassées à la sueur de leur front.

M.L.



 

Hebdomadaire marocain paraissant le jeudi - Directeur de la publication: Fahd Yata 320 BD Zerktouni, angle rue Bouardel - Casablanca - Maroc
Tel : +212 (0) 22 42 46 70 (7 lignes groupées) | Fax : +212 (0) 22 20 00 31
eMail :  
courrier@lanouvelletribune.com | www.lanouvelletribune.com