L’homme providentiel en question est un beur de 21 ans à la dégaine un tantinet “ cannigienne ”, révélé au grand jour par Zaki - meilleur entraîneur à la tête de “ ssilixiouna ” depuis belle lurette. Jawad Zaïri est un maître du cuir. S’il se contente de jouer les doublures à Sochaux, le club de Ligue I (appellation chébran de la première division française) dans lequel il évolue, il a pleinement démontré, en une poignée de matches avec les Lions de l’Atlas, qu’il était de la trempe des Ben Barek, Bettache, Akesbi, Bamous, Pitchou, P’tit Omar, Faras, Bouderbala, Dolmy, Timoumi (et j’en passe).
Passements de jambe, feintes de corps, accélérations... Son jeu léché et ses qualités athlétiques crèvent l’écran, et les petites erreurs (de jeunesse) qu’il commet – sa propension à trop monopoliser le ballon notamment – pourraient être gommées au bout de quelques matchs de haut-niveau seulement. Rome ne s’est pas fait en un jour (Totti ou Giannini non plus), et Zaïri doit s’armer de patience. Maradona, le “ pibe de oro ” originel, lorsqu’il a été expulsé du match Brésil-Argentine en 82, lors de la coupe du monde ibérique, a attendu quatre années pour tenir et savourer sa revanche sur le destin.
Zaïri est un petit bijou d’ailier/meneur de jeu : ce n’est pas du toc. Il mérite pourtant un meilleur cisèlement, et surtout un meilleur écrin. Pour être plus clair, Zaïri est sociétaire du club de Sochaux, une équipe qui, depuis deux années, joue les premiers rôles en championnat. Néanmoins, le nouveau numéro 7 des Lions de l’Atlas ne fait quasiment jamais partie du onze de départ fixé par l‘entraîneur sochalien, alors qu’il éclabousse les fins de rencontres de sa classe à chaque fois qu’il supplée, pour une poignée de minutes seulement, quelque titulaire. Pourquoi Zaïri n’essaie-t-il pas de joindre un club où la concurrence est moins rude, où il serait plus ou moins certain de tenir un poste de titulaire? Il ne faut pas que Zaïri gâche sa carrière comme Bassir l’a gâchée : sur le banc d’un club européen. Il vaut mieux encore jouer au «Rapid» Oued Zem ou au Rachad Bernoussi !
Si Zaïri dirige comme il le faut sa carrière, il peut aller très loin et emmener avec lui, dans son sillage, le club Maroc au sommet du foot continental (mondial ?). Pourquoi pas dès 2006, sur la plus haute marche de la plus prestigieuse des coupes, en terre allemande ? Achtung : Zaïri kommt an !
1976-2006 : les trente peu glorieuses du foot national
Il vous plaît, ce topo ? Franchement, ne ressentez-vous pas que les Lions de l’Atlas ont fière allure depuis un certain nombre de “ 90 minutes ” ? Si Zaïri se démarque sensiblement du lot, ses coéquipiers de la sélection nationale sont loin d’être manchots (ou culs-de-jatte plutôt, puisque nous ne discutons pas handball !).
Un feu follet comme Moha Yaacoubi à l’avant, une muraille infranchissable comme Ouaddou à l’arrière, une belle alchimie entre vieux roublards encore au top (Naybet et son beau palmarès en Liga, mais aussi Chippo, Fouhami) et jeunes espoirs qui apprennent vite le métier (Zaki injecte, avec bonheur, de nouveaux expatriés à chaque rencontre)… Rien n’est à jeter dans l’équipe concoctée par Zaki.
Il suffit de s’y connaître un peu en foot, de savoir, par exemple, que la plus belle parade au monde est l’œuvre de Gordon Banks, gardien de l’équipe d’Angleterre victorieuse de la coupe du monde en 66 (à domicile), sur une tête admirablement placée de l’immense Pelé, pour se rendre compte, en voyant évoluer les Lions de l’Atlas, que cette livrée risque d’être la bonne, celle que nous tous attendons depuis 76, date de l’unique sacre continental des représentants du foot national.
Trente ans ont passé depuis le dernier exploit d’envergure de l’équipe nationale. Durant ces trois décennies de vaches maigres, nos footballeurs ont, certes, remporté la médaille d’or des Jeux Méditerranéens (cette compétition mineure) en 83, et ont également réalisé une belle campagne mexicaine en 86, en devenant la première équipe africaine et arabe à accéder aux huitièmes de finale de la coupe du monde.
Évidemment, l’équipe de Faria recelait de nombreux talents, et les Krimou, Haddaoui et Zaki avaient souvent l’exploit à portée de crampons. Mais ils ont, hélas, raté quelques-uns de leurs rendez-vous les plus cruciaux (la demi-finale de la CAN, en 88, devant le Cameroun de Roger Milla et près de 90.000 supporters “ casaouis ” hystériques ou encore le 1/8ème de finale du Mondial contre l’Allemagne à Guadalajara).
Qualifiés - haut la main - pour la phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations (Tunisie 2004), l’équipe nationale et Jawad Zaïri devront y confirmer les bonnes dispositions qu’ils ont laissées transparaître lors des matchs de qualification à cette compétition. A l’inverse de l’équipe de 86, la formation de Zaki est composée de joueurs professionnels ayant fait leurs classes dans des championnats (européens) relevés. C’est un gage de maturité.
Avouez qu’en attendant le sacre teuton en 2006, il serait bienvenu que nos héros footeux fassent bonne figure en Tunisie, devant les grosses cylindrées du foot continental, à quelques mois de la désignation du pays africain qui organisera la coupe du monde en 2010. Le pied en or de Jawad Zaïri, s’il pouvait permettre au Maroc de décrocher un sacre africain, peut s’avérer plus efficace que le dossier de candidature le plus béton !
M.L.