Les élections se sont achevées, laissant une impression de déception, pour ne pas dire d’amertume chez les électeurs, en raison des différentes tractations douteuses qui ont ponctué ce rendez-vous. Notre classe politique a brillé par son manque d’éthique qui a frôlé le ridicule.
Certains partis politiques se sont malheureusement livrés à des comportements indignes d’une formation politique qui se targue de transparence, de démocratie et de modernité. Nonobstant le manque de confiance qui plane de nouveau sur la relation élus-électeurs, les citoyens estiment que cela ne sert à rien de continuer de se ronger les fers. Certes, ce qui s’est passé est peu réjouissant, mais il y a tellement de choses à faire qu’il est inutile de s’arrêter sur le passé. Les élus qui vont gérer les municipalités ont du pain sur la planche et devront bien se retrousser les manches, après avoir gagné la bataille des urnes. Il est temps de passer à l’acte, pour regagner la confiance des électeurs. Les attentes sont, il est vrai, considérables, mais non irréalisables.
Si l’élection de M. Sajid à la tête de la Mairie de Casablanca, appréciée par certains et contestée par d’autres, les attentes des Casablancais demeurent les mêmes. Elles se résument dans la demande d’un espace urbain organisé.
Même désabusés les citoyens préfèrent tourner la page et regarder l’avenir. Ils espèrent que les élus seront à l’écoute de leur leurs attentes et feront en sorte d’améliorer leur espace urbain, voire leur quotidien. “ au delà de l’appartenance politique, de l’intégrité ou de l’honnêteté de la personne élue, ce qui importe pour le citoyen, c’est qu’elle fasse son travail convenablement. Les programmes de tous les partis politiques sans exception, baignaient dans les généralités, aucune précision. Ce qui rend plutôt délicate la tâche de contrôle. Malgré celà, toute personne lucide peut s’apercevoir des réalisations, effectués, des chantiers ouverts et des projets lancés ”, déclarait M.B. cardiologue exerçant à Casablanca en enchaînant “ le citoyen n’est plus dupe, et les élus seront surpris, s’ils ne font pas preuve de sérieux. Les citoyens, encadrés par la société civile, exigeront des comptes... Certes, le mandat s’étale sur six ans, mais personne n’est inamovible”. Cela atteste, il est vrai, d’une maturité réconfortante dans le rang des citoyens, et qui devra caractériser également les élus. (Seul le temps nous le montrera !). Les attentes sont telles que les Casablancais les énumèrent en vrac, sans pouvoir réellement les hiérarchiser. Entre la santé, la propreté, l’éclairage public, le transport en commun, la fluidité de la circulation, l’état des routes, des espaces verts, l’occupation illégale de l’espace public…, les attentes des citoyens semblent pour autant simples. Si elles ont été irréalisables à ce jour c’est que la majorité des élus qui se sont succédé à Casablanca, usaient des deniers de l’État pour servir leurs propres intérêts. Ce qui a plongé la ville dans le désordre, une ville où les paramètres urbains ne sont pas respectés eu égard aux intérêts personnels qu’on place au dessus des intérêts de la communauté et donc de la ville. “ Le cas des parking est assez significatif. Casablanca, compte un parc automobile considérable, alors que les parkings, eux, sont très peu nombreux car outre les services municipaux qui n’ont pas jugé utile d’en aménager ou de les construire, sur plusieurs niveaux, à l’instar de ce qu’on voit dans d’autres pays, le privé ne fait pas mieux. Les résidences qui parsèment les grandes artères de Casablanca n’intègrent pas assez cette problématique. Que ce soit des résidences destinées à l’habitat ou des plateaux de bureaux, on prévoit une seule place par appartement ou par entreprise. Or, nous ne sommes pas sans savoir qu’en l’absence d’un transport en commun adéquat, on compte un minimum de deux véhicules par famille. Idem pour les entreprises. Résultat, on se retrouve avec des rangées interminables de voitures, qui compliquent une circulation déjà cauchemardesque.”
Force est donc de constater que les attentes des casablancais ont l’air tellement simples, qu’on se demande pourquoi n’y a-t-on jamais répondu ! M. Driss Benhima, ex wali de Casablanca excepté, aucun autre responsable n’avait une vision adéquate pour cette ville et n’avait réagi avec autant de pragmatisme et d’efficacité. L’actuel Maire devrait, s’inspirer du plan Barcelone pour permettre à Casablanca de se développer, à commencer par la mise en œuvre du plan de circulation.
Dans ce sens, les citoyens estiment que la décharge publique, la collecte et le traitement des ordures ménagères et hospitalières, constituent une urgence. “C’est tout de même le minimum qu’on puisse faire pour un citoyen qui s’acquitte de ses impôts. Cela fait des années qu’on parle de la gestion déléguée, des appels d’offres ont été lancés, une étude de faisabilité réalisée, et puis rien, (jusqu’à une très récente date). Le citoyen n’est pas sensé connaître tous ces détails, mais ce qui importe pour nous c’est un espace urbain propre que nous sommes tenus de respecter et d’entretenir pour le bien de tous. ”
Dans cet ordre d’idée, il est à rappeler que les marchés anarchiques accentuent la saleté de la ville. M. Benhima avait, en fait, tenté de lutter contre ce phénomène, sans résoudre le problème à la racine. Faute d’alternatives, les marchands ambulants ont repris leur vieilles habitudes, aussitôt M. Benhima parti.
Les rares espaces verts que compte la ville se sont transformés en «hôtel du bon Dieu» occupés par les SDF. Pour les citoyens, leur restauration et leur entretien sont impératifs pour une citée saine “on souhaite, comme ce fut le temps avant, de sortir avec nos enfants ou nos vieux prendre l’air dans nos espaces publics, particulièrement quand on sait que Casablanca est une ville extrêmement polluée. ”. Le problème de la pollution est également posé: “ Outre les vieux véhicules, particulièrement les autobus et les camions fortement polluants, ainsi que presque toutes les unités industrielles ne répondent pas aux normes de respect de l’environnement. Et pour cause: elles ne font l’objet d’aucun contrôle et quand bien même il y en aurait un, une petite enveloppe résoudrait le problème... ” déclarait Mme AS. Une thèse confirmée par le Dr. M.D., qui explique qu’une très grande partie des enfants et adolescents qui passent par le CHU, souffrent d’asthmes ou d’allergies respiratoires, ce qui représente un coût très important pour la santé publique alors qu’il est peu coûteux de respecter les normes de l’environnement.
Par ailleurs, les jeunes ont surtout exprimé leur souhait de voir naître des espaces conçus pour leur épanouissement à travers des aires de divertissement et de développement intellectuel. “ Chaque quartier devra avoir un complexe pour les jeunes, composé d’une bibliothèque, d’une salle de sport couverte, d’un terrain de sport en plein air, d’un théâtre, d’une salle de cinéma, cybercafé… ” (Bref, de quoi se prémunir contre les réseaux obscurantistes).
Le transport en commun, de son côté, est défectueux aussi bien aux niveaux de la RATC et du privé. Ce dernier ne semble respecter à aucune loi. «Des véhicules désuets, polluants, souvent non assurés, transportent les citoyens, un véritable danger public! Les représentants du secteur estiment que sans une subvention de l’État, ils ne sont pas prêts d’investir. On devrait se mettre à table avec ces gens et trouver un compromis pour l’intérêt général de la communauté.» déclare M. J.S., ex-cadre à la RATC. Le secteur des taxis, baigne à son tour dans une anarchie déconcertante. "Il est temps que nos responsables apprennent à contrôler, à surveiller, en simulant des situations, afin de pousser ces artisans de la jungle à se plier à la loi. ", lance un usager des taxis.
En somme, Un espace urbain de qualité est en mesure de créer une émulation économique. Casablanca a tous les moyens pour réussir le pari de la modernité.
L.Ouazry