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Les soucis des petits “Soussis” Travail des enfants

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Omar est un de ces détenteurs de capital qui, bien que gagnant grassement leur vie, compriment au maximum leurs coûts de production. Son épicerie, idéalement située, dans une ruelle marchande du centre ville, tourne à plein régime. Les clients ne manquent pas, les rentrées d’argent non plus, mais, bizarrement, cela fait des années qu’Omar n’a pas jugé utile d’investir le moindre kopeck pour mettre à niveau son commerce, où règne notamment une odeur pestilentielle. C’est la rigueur budgétaire de ce “ moul piceri ” qui l’a poussé à faire appel aux services de trois jeunes garçons, Khalid, Brahim et Driss, âgés respectivement de 8, 11 et 13 ans.
Enfance volée ou solidarité ?
“Ce sont des gosses de mon douar, qui se trouve dans la région de Tafraout. Ce sont leurs parents qui ont exprimé le souhait que je les prenne avec moi et que je les introduise dans le monde du travail. Vous savez, c’est une véritable tradition chez nous. Je me suis retrouvé à Casa pour les mêmes raisons, à l’âge de 10 ans, et me voilà aujourd’hui propriétaire d’un commerce florissant”, explique Omar, tout en jetant un œil des plus attentifs sur tout ce qui se déroule dans son échoppe.
Selon lui, mais aussi d’autres propriétaires d’épiceries, le travail des enfants “soussis” dans les épiceries “soussies” est une manifestation éclatante de solidarité régionale. Omar met en avant la longue et délicate formation commerciale qu’il a donnée aux trois frêles gamins qui lui servent d’employés (à l’entendre parler, l’on croirait presque qu’il travaille en partenariat avec l’OFPPT !) : “Ces mioches ne savaient rien faire de leurs mains avant que je ne les prenne… en main. Aujourd’hui, ils ont appris un métier qui leur permet de générer de l’argent (quelques centaines de dirhams par mois, à tout casser, NDLR). Au bled, ils crevaient la dalle, grevaient le maigre budget de leurs parents, des prolétaires ruraux, chauds lapins de surcroît”, estime Omar, qui soutient par ailleurs que le travail des enfants est l’unique assurance retraite des parents, dans certaines régions.
Omar ne semble pas du tout bourrelé de remords. Pour lui, un gosse qui bosse 12 ou 15 heures par jour plutôt que d’user son short sur les bancs d’école, c’est la chose la plus banale qui soit. Lui-même s’est tué à la tâche lorsqu’il était enfant, sans que cela ne gâche sa vie.
Pendant qu’il articule sa théorie sur la solidarité “soussie”, ses trois employés “de poche” s’affairent à servir les clients. Driss, le plus âgé de la galerie, est naturellement celui qui justifie de la plus grande expérience professionnelle. En plus de servir les clients, il fait donc office de contremaître, doit surveiller et diriger le travail de ses congénères et s’occupe même de la caisse lorsque le boss est appelé à s’absenter. Dans quelques années, à en croire Omar (qui n’a pas d’enfants et dit ne faire confiance à aucun membre de sa proche famille), ce sera Driss qui dirigera l’épicerie.

La case de l’oncle (T) Omar

“Cela fait quatre ans que je travaille chez “lmâalem”. C’est comme un père pour moi. Il m’a appris à compter, à reconnaître l’emplacement et le prix de mille produits, et il m’offre en plus le gîte et le couvert. Depuis que je travaille sous ses ordres, de nombreux autres employés se sont succédé à mes côtés, mais, fainéants, indisciplinés, ils ne plaisaient pas au patron, qui les renvoyait au bout de quelques semaines dans leurs douars. Khalid et Brahim, eux, sont là depuis près d’une année. Ils sont arrivés en même temps et semblent partis pour durer ici. Ils apprennent vite et obéissent au doigt et à l’œil”, indique Driss, qui parle (et réfléchit) comme un fonctionnaire avachi par des années de bureaucratie.
Les trois prolétaires en herbe font de la peine à voir. Ils font un peu penser à Gavroche ou Oliver Twist, avec leurs habits lacérés, la morve qui pend inlassablement à leur nez et leurs yeux désabusés d’enfants prématurément adultes. Misérables, ils le sont puisque l’un d’entre eux avoue qu’ils doivent se contenter le plus souvent de la marchandise avariée de l’épicerie pour leur alimentation, et qu’ils doivent se serrer à trois dans un minuscule débarras (comportant une mezzanine où même Tom Pouce se sentirait à l’étroit) pour dormir.
Mais, Khalid, Brahim et Driss tiennent bon, acceptent sans broncher les conditions désastreuses dans lesquelles ils évoluent et se sentent investis d’une mission. “Nos parents attendent de nous que nous satisfassions les moindres exigences de notre boss et que nous leur envoyions l’argent dont ils ont tant besoin”, explique Brahim.
L’argent, lorsqu’il vient à manquer essentiellement, précipite des parents à hypothéquer la vie d’enfant de leurs rejetons. L’adoption récente de la loi sur la scolarisation obligatoire vise à empêcher le travail des enfants. Il était temps, car des études sérieuses montrent que 500.000 enfants en âge d’être scolarisés font partie intégrante de la vie active.

M.L.



 

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