Le ministère de la Culture devrait subventionner pareil endroit. Car c’est grâce à l’initiative personnelle d’amateurs comme Hamid Yamini, le propriétaire de cette échoppe des plus chouettes, que le patrimoine national a une chance d’être préservé, enseigné, perpétué. Si Hamid est fan de la musique de Nass El Ghiwane (qui ne l’est pas dans ce pays ?). Mais tous les admirateurs des auteurs de “ Mahmouma ” et de “ Chem’s Talaa ” notamment ne possèdent pas forcément des enregistrements vidéo exclusifs de leurs idoles, ni des échoppes où trône une palanquée de clichés saisissant plusieurs pans de l’histoire du groupe.
Hamid Yamini sait qu’il possède en ces reliques musicales et photographiques un trésor d’une valeur (immatérielle) inestimable. Les iconoclastes ne peuvent comprendre la fierté qui est sienne lorsqu’il parle de sa collection et de sa jeunesse, passée avec Larbi Batma, à Hay Mohammadi. Les amateurs d’histoire de l’art et de culture, eux, ne peuvent que boire religieusement chacune de ses paroles.
“ Le douar où habitait Feu Larbi, douar “ trik rbat ” (route de Rabat), et celui où j’habitais, douar Ba Miloud, n’étaient séparés que par une voie ferrée, que chacun de nous enjambait maintes fois pour aller voir l’autre. Nous étions des “ ouled derb ” inséparables et jouions ensemble, allions ensemble à la plage… Lorsque la famille Batma a déménagé dans les immeubles de l’ONCF, non loin du cinéma Essaada, Larbi et moi avons gardé contact. A cette époque, le génial moustachu vivotait en assurant le gardiennage du cinéma, mais aussi grâce au marché noir ”, se rappelle Si Hamid.
En plus des agrandissements photos accrochés aux murs de sa vidéothèque, le “ conservateur ” de ce mini-musée conserve jalousement une ribambelle de photos, prises dans les années 70 et 80, le montrant en compagnie des membres d’El Ghiwane, mais également avec d’autres artistes en vogue à l’époque. “ C’était la période Dar Echabab ”, dit-il en montrant une photo de lui enlaçant Miftah et Ba Khalek (figures de proue du théâtre marocain).
Hamid Yamini a fréquenté, durant les années les plus prolifiques de l’histoire contemporaine de la culture nationale, des grands noms des planches et de la musique (Tayeb Seddiki, les Tagadda, Naïma Lemcharki, Abdelkader Moutaâ, Houcine Beniaz…), grâce, essentiellement, à son amitié indéfectible avec Larbi Batma, puis Omar Essayed.
Aujourd’hui, il tente de rendre compte de cet âge doré de la création artistique dans son petit commerce, où les posters des Ghiwane côtoient des affiches de films comme Rambo (PLV destinés à attirer les chalands cinéphiles). Ce mélange des genres ne choque pas vraiment, même s’il est vrai que les muscles saillants de Sylvester Stallone gâtent un peu l’atmosphère “ musée de Nass El Ghiwane ” de son établissement.
M.L.