Actualité | Economie | Entreprise | Finance | Grand Public | Lire, Voir, Entendre

Rechercher :
  
Edition


Administration
Articles » Grand public
Ethique et Excellence du comportement dans la tradition de l’Imam Malik

Auteur :

Le fiqh de l’Imam Malik est avant tout une éthique, un modèle de comportement caractérisé par la crainte de Dieu. L’observation des faits et gestes de l’Imam Malik est d’un enseignement profond pour tous les fuqahas (théologiens) qui sont prompts à légiférer et à énoncer des fatwas. Cette insistance sur les vertus, on la trouve aussi chez Abou Hanîfa, le fondateur de l’une des quatre écoles de jurisprudence. Il disait : “Les histoires sur les salihîns (les vertueux, les saints autrement dit les soufis) me sont plus chers que beaucoup de fiqh (jurisprudence) car elles sont le portrait vivant de la politesse et de la noblesse de caractère des  soufis”
Le fiqh est la connaissance de l’âme, de ses droits et de ses obligations. Les histoires contribuent à rendre ferme la foi des croyant. Cette pédagogie est d’ailleurs présente dans le Coran sacré. “Et tout ce que Nous te racontons des récits des messagers, c’est pour raffermir ton cœur. Et de ceci t’es venu la Vérité ainsi qu’une exhortation et un rappel aux croyants” (Cor, Houd, 120)
L’Imam Malik racontait : “Ma mère m’enseignait : va vers un tel (un certain Rabi’a)) et apprends de lui l’éthique avant même la science” Il disait aussi : “A chaque fois que je surprenais un début d’endurcissement dans mon cœur, je me hâtais à visiter un homme vertueux (un certain Mohamed bnou Al-Mounkadir) car il suffisait que je le regarde pour ressentir à nouveau paix et tranquillité”
Afin de dégager cette dimension de l’excellence du comportement dans les faits et gestes de l’Imam Malik, nous proposons de structurer notre exposé autour de trois axes :

1) Ce que dit l’Imam Malik de l’énoncé de fatwas
La fatwa n’est pas seulement une opération intellectuelle visant à légiférer après avoir consulté les textes sacrés. C’est une opération qui suppose que son “maître d’œuvre” soit un modèle d’excellence et de vertus. Voici un certain nombre de qualités qui, selon Malik, doivent caractériser le mufti : 
- Il doit avant tout être parfait quant à ses mœurs. Malik parle d’un de ses maîtres (Ibn Hormuz). Celui-ci conseillait d’apprendre à ses élèves, quand ils ignoraient une chose, de dire : je ne sais pas ! L’imam Malik était connu pour être très scrupuleux lorsqu’on venait l’interrogeait sur un hadith.
- Il doit prendre garde à certains écarts dangereux : autosatisfaction démesurée et convoitise du pouvoir. L’humilité doit être sa condition s’il veut contenter Son Seigneur. Un homme vint un jour interroger l’Imam Malik sur une question de fiqh. Celui-ci répondit : je ne sais pas. L’homme s’exclama : “Si toi tu ne sais pas qui donc peut savoir ? Malheur à toi ! rétorqua Malik : Qui suis-je pour savoir ? Ne sais-tu pas que c’est l’autosatisfaction et l’orgueil qui fait parler le mufti, quand bien même il serait ignorant dans les choses qu’on vient lui exposer, juste parce qu’il est soucieux de ne pas perdre sa position de savant”. Quelqu’un posa une question à Malik et celui-ci répondit : “je ne sais pas !”. “Mais c’est une chose bien légère et je veux en informer un prince que me l’a demandé. Malheur à toi ! Ne sais tu pas que rien n’est léger en matière de science. Ne te rappelles-tu pas les paroles de Dieu : “Nous allons te révéler (descendre sur toi) une parole bien lourde”. Toute la science est lourde et on t’en demandera des comptes le jour du Jugement” Il enseignait aussi : “Si un homme a une science et qu’il est montré du doigt (flatté), qu’il verse de la terre sur ses cheveux et qu’il exècre son âme avant que toutes ces louanges lui portent tort dans sa tombe ! ”. Malik avait cette fine intuition que le faqih (théologien) est l’homme le plus enclin à l’orgueil et à la vanité.
- Le théologien doit se prémunir des plaisirs procurés par le discours oratoire. Malik disait : “Nul chose ne m’est plus pénible que d’être interrogé sur le licite et l’illicite tout simplement parce que ce sont les droits exclusifs de Dieu (gloire à Lui)”. On raconte que lorsqu’on venait l’interroger sur ces questions de licite et d’illicite, c’est comme si la mort s’apprêtait à l’emporter. Il disait : “J’ai vu les gens de cette époque aimer discourir et énoncer des fatwas. S’ils savaient ce qui les attend ils seraient bien avares en paroles”. Méditons ensemble ces paroles d’une étonnante actualité !

2) Commander le bien et dénoncer le mal
Un élève demanda à Malik : “il y a des gens qui quand je leur parle de la vertu (de ce qui contente le Seigneur) me suivent mais d’autres s’enflent d’orgueil, m’insultent voire me frappent. Que dois-je faire ? Si tu as peur lui dit-il et que tu penses qu’ils ne t’écoutent pas alors condamnent ce comportement dans ton fort intérieur car la religion de Dieu ne t’impose rien de pénible. Quand à celui dont tu ne crains aucune mauvaise réaction alors dis le lui. Saches que si tu désires la face de Dieu et que tu es sincère alors tu ne verras de la part de ton Seigneur que belles choses. Surtout si ton comportement est noble et que tes paroles sont convenables. N’as-tu pas médité cette parole du Très Haut lorsqu’il ordonna à Moïse : “Va vers Pharaon et parle lui de la meilleure façon, peut-être changera-t-il de comportement”. Si tu persistes dans la polémique, rien ne sera accepté de toi et tu seras exclu du cercle des gens de la science
De la polémique en matière de religion l’Imam Malik enseignait : “La polémique n’a aucune espèce d’utilité. Elle endurcit le cœur, génère la haine et enlève la lumière de la foi”
On l’interrogea un jour : “Un homme de religion doit-il rentrer dans des controverses ? Non ! répondit-il, il doit transmettre. Si c’est accepté de lui c’est bien, sinon qu’il se taise !”

3) Le testament de Malik sur l’éthique 
Malik a de nombreuses paroles relatives au compagnonnage : “fréquentes ceux qui augmentent ta science par leurs paroles, te montrent les fins dernières par leurs actes et prends garde à ceux qui excellent en paroles vaines et dont la pratique religieuse risque de te porter préjudice”
De l’ascétisme il dit : “L’ascétisme dans la vie c’est de rechercher le licite et de penser qu’on est pas éternel”. La science pour lui “n’est pas un ensemble de dires ou de traditions mais une lumière que Dieu projette dans le cœur de son serviteur”
Pour Malik l’homme ne parachèvera sa religion que s’il surveille sa langue et évite les excès de paroles.
Il dit aussi : “le premier des grands pêchés est l’orgueil, la jalousie et l’avarice. La politesse de Dieu c’est le Coran. La politesse du Prophète c’est la sunna. La politesse des vertueux c’est le fiqh”.
Sur la pratique religieuse, on retiendra cette recommandation : “Multiplie la lecture du Coran et prends garde qu’une seule heure de ta journée ne s’écoule sans que ta langue soit imbibé du souvenir (dhikr) de Dieu”.

Par Abdellah Macer
Professeur en économie islamique
Spécialisé dans l’étude du soufisme marocain.
Université Sidi Mohamed Ben Abdallah - Fès



 

Hebdomadaire marocain paraissant le jeudi - Directeur de la publication: Fahd Yata 320 BD Zerktouni, angle rue Bouardel - Casablanca - Maroc
Tel : +212 (0) 22 42 46 70 (7 lignes groupées) | Fax : +212 (0) 22 20 00 31
eMail :  
courrier@lanouvelletribune.com | www.lanouvelletribune.com