«Un autre regard sur la sexualité», En choissant ce thème comme sujet de réflexion, l’Association maghrébine d’andrologie (AMA), en collaboration avec pfizer, verse un nouvel élément au débat d’extrême importance qu’est la sexualité. Et les sujets abordés n’ont pas démenti cette tendance. Puisqu’il a été question, après un bref aperçu de l’AMA, de «l’éducation sexuelle entre le discours social, religieux et pseudo-religieux», «média et santé sexuelle», «Prise en charge des troubles sexuels : point de vue du pharmacien» et enfin «Média et sexualité». En effet, la sexualité, dans son acceptation actuelle, pose la problématique entre l’éducation sexuelle et la liberté sexuelle. Deux visions ou deux approches, selon les cas, qui sont aujourd’hui à la base de certaines frustrations tant chez les hommes que chez les femmes. En effet, si l’islam recommande la satisfaction sexuelle dans le cadre du mariage, les couples vivent dans la frustration intense, fruit de cette crise de confiance et du discours social et pseudo-religieux. Une réalité confirmée par Mme Soumaya Naamane Guessous, sociologue, professeur universitaire et experte consultante internationale, dans son exposé «Education sexuelle entre le discours religieux et pseudo-religieux.
Des êtres complémentaires
Pour Naamane Guessous, l’éducation des filles se fait par des interdits. Une surveillance accrue les encercle au point de leur ôter toute confiance en elles et en le sexe opposé : tout homme est un danger potentiel pour leur honneur. Ainsi l’obsession portée au corps de la féminin réduit les femmes en un objet de désir. Elle pousse les filles à porter une attention obsessionnelle à leurs corps et à sa force de séduction. Elle minimise par conséquent l’importance de la fonction intellectuelle des femmes. Un sentiment de révolte qui s’accapare de Mme Guessous lorsqu’elle souligne que «contrairement à ce qui est admis, notre société a sa propre éducation sexuelle. Appliquée sans être nommée, elle fait partie des tabous les plus tenaces». Selon elle, c’est un ensemble de règles de conduite constitué des traditions, de la religion et d’un discours pseudo-religieux, s’opposant souvent aux véritables préceptes islamiques. Les conséquences d’une telle situation, soutient la sociologue est que le discours pseudo-religieux légitime l’adultère avec pour résultat immédiat la destabilisation du couple, créant par ricochet des drames dans les familles dont les femmes et les enfants sont les premières victimes.. Dans ce contexte, la journée de l’AMA est venue à point nommé pour débattre d’une préocupation majeure où les sous-entendus, le laxisme et parfois la complaisance doublée d’intolérance ont pris le dessus. Pour sortir de ce bourbier social, il faut dialoguer, en parler pour que l’on n’ait plus ce regard vicieux envers la femme mais plutôt qu’on la considère comme un être à part entière qui mérite respect et considération. Car, comme le dit aisément Mme Guessous, «le refus de dialoguer sur ces thèmes maintient notre société dans une situation désastreuse où la relation hommes/femmes est de plus en plus conflictuelle. Ce qui porte atteinte à l’équilibre de notre société et freine tout développement individuel et communautaire».
M.S.
Entretien express
La satisfaction dans l’acte légitime
En marge de la journée de réflexion : «Un autre regard sur la sexualité», organisée dernièrement à Rabat par l’Association maghrébine d’andrologie (AMA), le docteur Dalil Aboubakeur, Président du Conseil français du culte musulman, a bien voulu répondre aux questions de La Nouvelle Tribune sur l’Islam et la sexualité.
La Nouvelle Tribune : Peut-on parler aujourd’hui d’une éducation sexuelle islamique dans un pays laïc comme la France ?

Dr Dalil Boubakeur : En fait, l’Islam apporte des valeurs éducatives, culturelles et traditionnelles qui doivent être considérées telles qu’elles sont, dans la mesure où elles encadrent une morale, à savoir celle du bien, du mal et qu’elles mettent en garde l’individu contre ce qui pourrait lui faire mal. Il y a ce que Dieu permet. Et Dieu ne permet que des choses utiles à l’être humain. C’est à l’intelligence de l’être humain de comprendre à travers les règles, les rites, les lois, le halal et le haram ce que Dieu dit de bien pour le progrès de l’humanité. Cependant, il ne faut pas que les traditions viennent se rajouter à la religion et éloigner le croyant de la vérité de la religion. Donc, il faut toujours faire un travail d’éthique de voir dans les valeurs ce qui est vraiment l’esprit de la religion, l’esprit de Dieu ou si simplement il s’agit de la traduction d’une tradition parfois erronée. C’est pour cela qu’il faut toujours passer de la tradition à la critique pour ne pas se tromper et rester dans le vrai. Il s’agit de la recherche de la vérité. Or aujourd’hui, l’éducation sexuelle qui, à l’évidence, va avoir affaire à la sexualité - qui est une pulsion de la nature humaine et même de la nature vivante d’une manière générale - doit être encadrée par des valeurs qui sont le fruit d’une part de la connaissance de la religion mais aussi, d’autre part, d’une connaissance de la science.
Quelle image doit-on donner à l’Islam pour qu’il puisse s’adapter à l’évolution mentale des hommes qui correspond souvent au désir physique ?
Désir physique ou désir tout court, c’est le résultat de pulsions qu’on ne peut même pas contrôler. Mais la religion qui pousse l’homme à la maturité doit lui faire comprendre quelle est l’utilité pour lui de la vraie joie, du vrai plaisir, la vraie plénitude et la jouissance dans l’acte sexuel. Un acte sexuel qui ne l’exposera pas à un mépris de lui-même ou de celui des autres. Dans la prostitution, il y a, à l’évidence, pas pour l’homme, une satisfaction qui va le gratifier au sens plein du terme. Ce n’est qu’un passage, parfois nécessaire peut-être, pour assouvir des pulsions qu’on ne trouve pas autrement à satisfaire. Mais l’Islam ne peut recommander que la satisfaction dans l’acte légitime, celui qui est fait avec la bénédiction de Dieu. Un acte qui est fait dans la pleine connaissance de l’homme qui a en face de lui un être humain qu’il aime et avec qui il va être en pleine phase, pour elle et pour lui, d’accomplir un acte que Dieu a recommandé.
Quel rôle peuvent jouer les autorités et les institutions religieuses, notamment les mosquées dans l’éducation sexuelle ?
D’abord, c’est donner toutes les valeurs aux actes humains. C’est-à-dire éviter le mépris de l’autre, le mépris de soi-même, éviter la facilité et savoir que toute chose se mérite par l’effort, par la vision que le bien se gagne pour mériter de Dieu une vraie récompense. Et l’acte sexuel doit se mériter au prix d’un effort de recherche et surtout de l’amour du prochain. Il doit être le fait d’un amour et non celui d’un besoin animal, cela qui réduit l’homme à l’animalité. Il faut toujours spiritualiser l’éducation sexuelle vers une recherche de l’accomplissement de la sakina, de la sérénité. Ce n’est pas facile. On peut se tromper mais il ne faut pas recommencer l’erreur et tirer de cette erreur une expérience pour aller toujours vers les valeurs de respect et d’estime de soi-même et de l’autre pour que l’acte sexuel soit un aboutissement de maturité. Il faut bien savoir ce que l’on fait pour ne pas être amené à regretter un acte qui peut parfois être dangereux. On l’a vu avec le Sida, les MST. On le voit aussi avec cet espèce de regret de faire un acte sexuel qui ne correspond pas à un acte d’amour...
Propos recueillis
par Mamady Sidibé