Actualité | Economie | Entreprise | Finance | Grand Public | Lire, Voir, Entendre

Rechercher :
  
Edition


Administration
Articles » Grand public
Le grand bleu (avec des palmes noires) Un dimanche à la plage

Auteur :

Dimanche 20 juillet, 10 heures du matin. Sur l’avenue de l’Armée Royale, en face des bâtisses délabrées de Bab Marrakech, le bus n° 9 se fait désirer. Nadia, une jouvencelle fort belle, piaffe d’impatience. S’adressant à ses copines , elle rouspète contre Abbassi et sa CUC. Selon elle, ceux qui gèrent les transports en commun de la ville devraient prendre « attobiss » de temps à autre pour comprendre ce qu’endurent, au quotidien, leurs administrés.

Le « paradis » se mérite

Une trentaine de personnes attend, comme elle, ce satané n° 9 qui n’arrive toujours pas, mais Nadia est, de loin, celle qui fait montre du plus grand agacement. C’est qu’elle a hâte de se montrer, sur le sable d’Aïn Diab, avec sa serviette de plage enroulée, à la manière d’un paréo, autour de la taille, ses tongs fleuries découvrant des orteils à se damner et son joli bob (couvre-chef). « J’ai peur que Salim désespère de me voir et qu’il s’en aille. Prenons un taxi, les filles ; ça nous coûtera quelques dirhams de plus seulement et, au moins, nous n’arriverons pas toutes fanées à la plage. Avec cette chaleur et tout le monde qu’il y a autour de nous, ce sera le calvaire à l’intérieur du bus », avance-t-elle. Les trois copines grimpent dans le premier taxi qui passe. Bien leur en pris
Le bus est peut-être le moyen le plus économique de se déplacer d’un point A à un point B, mais il est encore préférable de se ruiner en taxis que d’avoir à subir les relents et autres secousses intolérables qui pourrissent l’existence des usagers de la RATC. Près d’une demi-heure durant, on nous a fait faire le remake de « Voyage au bout de l’enfer » version « road movie », avec le conducteur et le poinçonneur de la Régie dans le rôle des méchants Viêt-congs et nous, la soixantaine de personnes que contenait ce foutu parallélépipède rectangle motorisé, dans le rôle des G.I. claustrés et malmenés. Manquait plus que la roulette russe !
Ces désagréments paraissent toutefois être bien peu de choses lorsque, une fois arrivés à destination, sur la Corniche, l’Atlantique livre sa splendeur aux estivants (lessivés) que le bus déverse. Petit bémol, tout de même : ceux qui souffrent d’agoraphobie (crainte pathologique des lieux publics) ne devraient pas s’aventurer les dimanches à Aïn Diab. Trop bondé ! Au contraire, les « physionomistes » qui fréquentent les plages pour se rincer l’œil, avant tout, devraient apprécier. Les satyres aussi (qui n’existent qu’à travers le regard des voyeurs). Autre petit bémol : des plagistes ont eu l’idée, excellente au demeurant, d’installer des enceintes acoustiques un peu partout sur la plage. Mais qui, diantre, s’occupe de la programmation musicale ? Chikhates non-stop ! L’indigestion !
En gros, outre le H2O, le soleil, les grains de sable et les vagues, les plans « plages » remportent un franc succès populaire pour trois autres raisons, au moins : la drague, le sport et la picole. Brahim est un inconditionnel de deux de ces disciplines, les moins exigeantes physiquement. Adepte de la bronzette dominicale (il travaille les autres jours de la semaine, pour pouvoir financer ses penchants), il a déjà largement entamé le pack de 24 bières qu’il entend bien achever avant de décoller ses fesses de sa serviette. « Généralement, je plante une petite tente canadienne et m’y isole pour boire en paix. Aujourd’hui, je n’ai pas pu la ramener et je dois donc faire en sorte que les nombreux agents de l’ordre qui font la ronde à peu près partout sur ce littoral ne me repèrent pas », explique-t-il en entourant jalousement des bras sa glacière chargée de mousses.

Le bikini, sérum de vérité

Tout en pratiquant « religieusement » son dada favori, Brahim bifurque, par intermittence, vers le second ; à chaque fois qu’une « poule », comme il dit, entre dans sa ligne de mire. Ce mec-là tire sur tout ce qui bouge des hanches. L’aplomb dont il fait preuve lorsqu’il aborde une jolie inconnue fait passer Casanova ou encore Valmont pour des canards boiteux de la drague, voire des homos refoulés. « La plage, c’est le terrain idéal pour emballer une nana parce que beaucoup d’entre elles viennent ici que pour emballer un mec. En plus, on ne peut être bluffé sur la marchandise car le bikini est le sérum de vérité de ces dames. Le moindre bourrelet saute aux yeux. C’est un peu comme la bourse. Chacun propose ce qu’il a, en toute transparence, et les affaires (les « love affairs », NDLR) se font», indique-t-il. Et d’ajouter que les propriétaires de voitures (dont il est) sont généralement assurés de ne pas rentrer bredouilles puisque de nombreuses filles des quartiers populaires rechignent à prendre le bus après une longue et éreintante journée passée à la plage. La RATC, ou plutôt le manque de qualité du produit RATC, au service de tous les automobilistes coureurs de jupons !
De nombreux jeunes gars s’en « foot » carrément de la présence d’un fort contingent de beautés en string. Tout ce qui importe pour eux, vous l’aurez compris, c’est le ballon rond, le cuir ! A l’image des illustres footballeurs cariocas de Copacabana, de nombreux « Bidaouas » prennent part à des matchs, souvent poignants du reste, de « beach soccer ». Les noms d’oiseaux fusent entre les joueurs et le jeu est souvent viril, limite même. Durant cette journée passée à Aïn Diab, quelques parties de foot ont même dégénéré en pugilat.

Voir du pays

Plus « peace » sont les nombreux surfeurs d’Aïn Diab. Manifestement, ce sont eux qui profitent le plus de la plage, de l’océan. Car, s’il est possible de draguer, de se saouler ou de jouer au foot n’importe où ailleurs, le surf demeure interdépendant de la mer ou de l’océan (les piscines à vagues n’étant, tout au plus, qu’un succédané). Habitué du « 23 », un des spots les plus courus de Casa, Hamid, un grand blond avec des palmes noires, une combinaison noire et un « bodyboard » qu’il traîne partout avec lui, n’apprécie que modérément l’intrusion des « khaal arrass » dans son élément : « Bien sûr, la plage appartient à tout le monde. Cependant, vivement l’hiver ! L’été, les plages de Casa et de Mohammedia sont prises d’assaut et il en résulte une dégradation très sensible de ces sites, bien que les autorités semblent être plus soucieuses, depuis quelques temps, du sort de notre littoral ». Pour surfer en paix, dans un environnement moins encombré que les plages de la corniche, Hamid compte descendre camper au sud, à Mir Left, en compagnie de potes surfeurs.
Un conseil, faites comme lui ! Snobez les plages bondées de Casa, la RATC, les dragueurs à la manque (et en manque), les mineures en string et les « Zidane/Tyson » du dimanche. Voyez plutôt du pays ! Vadrouillez ! Ce pays possède plus de 3000 kilomètres de littoral. Pourquoi se limiter à quelques kilomètres de côte bétonnée ?       

Mehdi Laaboudi



 

Hebdomadaire marocain paraissant le jeudi - Directeur de la publication: Fahd Yata 320 BD Zerktouni, angle rue Bouardel - Casablanca - Maroc
Tel : +212 (0) 22 42 46 70 (7 lignes groupées) | Fax : +212 (0) 22 20 00 31
eMail :  
courrier@lanouvelletribune.com | www.lanouvelletribune.com