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INSAF part en croisade Scolarisation obligatoire

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Mercredi 23 juillet, 8 heures 30 du matin. En compagnie des responsables d’INSAF, cette association reconnue d’utilité publique qui est  venue en aide, depuis sa création en 1999, à plus de 1.000 mères célibataires et qui a initié de nombreuses autres actions tout aussi nobles, embarqués dans un Land Rover Defender qui roule à vive allure sur la route côtière d’Azzemour en direction de Douar Sidi Hmida (province d’El Jadida), les journalistes venus couvrir la demi-journée de sensibilisation sur la scolarisation obligatoire dans le monde rural s’accordent à dire qu’il est plus gratifiant de participer à pareille manifestation que de couvrir, dans des palaces babyloniens, les sempiternelles rencontres de presse destinées à présenter au public, en avant-première, des babioles aseptisées, des certifications ISO ronflantes, des signatures de conventions bidons…
Cette nouvelle croisade que mène INSAF est noble. Sa beauté et sa grandeur transparaissent dans chacune des phrases de Meriem El Othmani, présidente de cette ONG, qui nous briefe minutieusement sur ce qui devrait nous attendre dans ce douar (où moins de 60 % des jeunes en âge d’aller à l’école y sont inscrits).
Traite des blanches déguisée
« Vous savez, en étudiant les fiches d’identité des nombreuses filles qui ont bénéficié de notre soutien, nous nous sommes rendus compte qu’une grande majorité d’entre elles étaient d’anciennes petites bonnes, arrachées toutes jeunes à la protection et à l’amour de leurs familles. On ne peut certes pas généraliser, mais, souvent, lorsqu’elles deviennent nubiles, ces gamines se retrouvent filles mères parce qu’un beau parleur les aura embobinées, qu’il aura été le seul à leur adresser de belles paroles. La seule façon de surmonter cette quasi-fatalité est d’œuvrer à convaincre les parents des petites bonnes, pas forcément nécessiteux (une récente enquête a révélé que 75 % des parents dont les filles sont victimes de cette traite des blanches déguisée sont des actifs occupés, NDLR !), de les garder auprès d’eux, de les mettre à l’école et de ne jamais hypothéquer leur avenir dans le seul dessein de glaner un revenu complémentaire. Il faut aussi sensibiliser les employeurs sur l’horreur de leur actes », explique avec verve Meriem El Othmani.
La méthode préconisée par INSAF pour combattre et circonscrire ce fléau qu’est le travail des enfants a été de faire connaître la loi sur la scolarisation obligatoire aux employeurs d’enfants en milieu urbain d’abord (à travers mailings, affiches et insertions presse). « Dans un formidable élan de civisme, ministères, banques, ambassades, collectivités locales, offices, grandes et petites entreprises, chambres de commerce… se sont tous impliqués en mettant leur structure et leur logistique au service de cette campagne et en incluant dans les fiches de paie de leurs employés ou dans leurs communications externes le mailing relatif à la loi punissant, pénalement, en cas de récidive, le travail des enfants. A titre d’exemple, grâce à la diligence de Maroc Telecom, 2 millions de personnes se sont dernièrement trouvées nez-à-nez avec le mailing sur l’obligation, prévue par la loi, de scolariser les enfants de 6 à 15 ans lorsqu’ils ont consulté leur note de téléphone», indique la présidente d’INSAF, véritable « sainte patronne » des mères célibataires. 
La deuxième phase de la campagne de sensibilisation sur la scolarisation obligatoire a été consacrée à la pénétration du monde rural. INSAF a, dans cette optique, travaillé main dans la main avec la direction de la recherche et du développement du ministère de l’agriculture et la direction générale des collectivités locales. « Des cassettes radiophoniques dans les 3 dialectes berbères ont été réalisées par nos partenaires. Elles sont diffusées par les services de la vulgarisation agricole dans tous les souks en zone rurale avec le concours des marchands ambulants utilisant des haut-parleurs. En outre, des caravanes conduites par les agents des centres de travaux du ministère de l’agriculture diffusent, de village en village, le message de la scolarisation obligatoire », précise El Othmani.
Il est à noter, par ailleurs, que « L’enfance volée», un long-métrage de Hakim Noury traitant très pertinemment du sort peu enviable des petites bonnes. Ce film est projeté le soir dans différents douars du Royaume, directement sur les murs (qui s’y prêtent) des maisons, grâce aux soixante équipes de la vulgarisation agricole possédant un appareil de projection.
Douar Sidi Hmida
En arrivant à destination, l’on se rend compte, tout d’abord, que les autorités locales ont mis les petits plats dans les grands pour recevoir le staff d’INSAF et les journalistes (l’équipe de la TVM, surtout). Cette demi journée de sensibilisation a, en fait, tout l’air d’une kermesse champêtre. En effet, une tente caïdale est dressée, des verres de thé (délicieux) et des petits gâteaux sont distribués et des discours grandiloquents (en arabe classique, autant dire du chinois pour le clair de l’assistance) sont déclamés par des fonctionnaires trop flattés d’être cadrés par le cameraman de la chaîne R’batie de la rue Brihi. N’étant pas là pour s’épancher en  salamalecs et autres forfanteries, les responsables d’INSAF conviennent, d’un commun accord avec nous autres journalistes, de tirer la révérence. « Allons plutôt faire du terrain, dans les douars alentour », suggère la présidente d’INSAF.
Les environs d’Azzemour regorgent de mères célibataires et, par la force des choses, d’enfants illégitimes parce que cette région est une véritable pépinière de la prostitution. La pauvreté qui y règne est extrême et la scolarisation peine à prendre le dessus sur le travail des enfants.
Selon le témoignage éclairé (tellement édifiant qu’il sert de chute au présent papier) de Walid, 12 ans, un sympathique MRE de Besançon venu passer ses vacances au « bled » en compagnie de ses parents, la plupart des gosses du coin qu’il a rencontrés travaillent d’arrache-pied, dans des champs, des garages et des usines, pour un salaire de misère. « Je connais même un gars de mon âge qui travaille douze heures par jour pour 50 dirhams par semaine. Vous imaginez ? Cinq euros seulement ».
Depuis qu’il a découvert les conditions détestables dans lesquelles évoluent les enfants du pays, Walid doit certainement remercier le ciel de vivre dans l’Hexagone. En France, des parents qui n’envoient pas leur rejeton à l’école ou qui leur volent leurs plus belles années en les forçant à intégrer, avant l’âge de 16 ans, la vie active sont passibles d’une peine d’emprisonnement sévère. Telle est, peut-être, la solution pour en finir, une bonne fois pour toutes, avec le travail des enfants et grossir les rangs des écoliers en milieu rural.   

M.L.



 

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