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Le boomerang de l’intolérance Voilées ou barbus

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Une fois le traumatisme des événements sanguinaire du 16 mai dépassé, la vie casablancaise, a, a priori, repris son cours normal à quelques détails près. Entre interdiction formelle ou informelle du port du voile, tenue vestimentaire pudique, un véritable travail de «sape» a été constaté ces derniers temps.  Craignant pour leur poste de travail ou encore leur sécurité, certaines jeunes filles, en particulier celles qui se sont récemment décidées à porter un "uniforme religieux", ont préféré l'abandonner contre une tenue dite moderne. En effet, on assiste à un revirement de situation notable. Il s'agit d'une sorte de contre violence qui a fait surface au lendemain des  actes tragiques de violence. Aussi, les personnes qui ont choisi d'exhiber leur appartenance religieuse à travers leur vestimentaire ou leur apparence font l'objet de harcèlements divers. Que ces personnes soient barbues, habillées à l'Afghan ou affublées d'un voile, elles n'échappent  pas à la méchanceté de gens qui n'ont malheureusement rien compris au jeu de la démocratie, au respect de l'autre et de son droit à la différence. Comment peut-on brandir la tolérance, la liberté des choix et la non immixtion dans les croyances  religieuses des autres...
L'extrémisme est banni dans tous les sens du terme. En adoptant de telles réactions vis-à-vis de personnes qui ont choisi le mode de vie qu'elles assument, en optant pour une tenue vestimentaire et une apparence qu'elles exhibent, on tombe exactement dans le même panier que les extrémistes islamistes.  Ceci est parfaitement  légitime tant qu'elles n'imposent pas aux autres leur tenues vestimentaires sous quelque prétexte que ce soit.  De la même manière qu'il est inadmissible d'agresser une jeune fille portant une micro jupe, un décolleté ou une robe moulante, il est également inadmissible de s'attaquer aux personnes qui opté pour quelque tenue de leur choix. Le comportement vestimentaire demeure une affaire personnelle. On a le droit de porter ce qu'on veut du moment qu'on ne tombe pas dans l'atteinte à la pudeur que le  législateur interdit formellement. Selon Mme Nadia Belmaâchi, dentiste, la culture de la démocratie fait dramatiquement défaut chez nos concitoyens. Cette jeune femme, ayant récemment opté pour le port du voile, tout en gardant un vestimentaire ultra moderne, et étant habituée à sortir dans les endroits les plus in de la cité, puisqu'ayant une vie sociale très aisée,  n'ose plus se rendre dans certains coins, en raison de son petit foulard, en particulier après les  attentats du vendredi noir. "Je suis constamment  agressée par le regard insistant et violent que portent certaines personnes sur moi, cela va parfois jusqu'à l'agression verbale, dans plusieurs restaurants alors qu'avant que je décide de porter le voile, c'était l'indifférence totale.
Manque de maturité
Et de poursuivre "Personnellement j'explique cela par un manque de maturité quant à la chose démocratique et l'ignorance d'une certaine élite, qui veut tailler la démocratie à sa propre mesure. A mon avis, on se retrouve dans le même schéma d'obscurantisme dressé par les intégristes, celui de l'intolérance et de la bêtise qui sèment la violence."
En effet, on assiste à un véritable revirement de situation. Craignant pour leur sécurité et ne pouvant supporter les regards et les harcèlements dont elles font l'objet, certaines jeunes filles n'assumant pas véritablement leur choix, ont troqué leur voile contre un habit normal, tout comme certains hommes se sont empressés de raser leur barbe par crainte d'être tabassés. "J'ai un ami qui a fait l'objet d'une agression physique alors qu'il se rendait chez lui vers minuit, pour la simple raison qu'il était barbu. Les jeunes qui l'ont agressé lui ont signifié qu'ils faisaient cela au nom de tous les morts du 16 mai et que plus jamais ils ne laisseraient les intégristes l'emporter. Ensuite, je ne vous cache pas que j'ai rasé ma barbe, non pas que je n'assume pas ma religion, mais pour moi c'est juste un détail. Car l'Islam est beaucoup plus grand que cela. C'est tout un comportement, une véritable philosophie de grandeur d'âme et de tolérance. Chacun est libre de pratiquer sa religion comme il l'entend car le jour du jugement dernier, chacun aura à répondre de ses actes.", déclare L.B., retraité, qui poursuit, "Cela risque de vous surprendre. Après avoir rasé ma barbe, j'ai fait l'objet d'une convocation de la police, car mon beau-frère les a informés que j'étais un pieux barbu, comme s'il existait une loi, qui interdisait la chose", s'indigne-t-il. 
Ces déclarations sont, le moins que l'on puisse dire, fâcheuses, voire dramatiques. Car si on ne veut pas d'un Maroc à l'image intégriste, on ne veut pas non plus d'un Maroc où l'intolérance prend le pas et se manifeste à travers un tel désordre des idées et des comportements, semant ainsi la pagaille et la panique dans nos rues et nos espaces publics. Pour ce faire, il faut d'abord que nos concitoyens saisissent bien ce qu'est la leçon de la démocratie et cela ne peut se faire qu'à travers une éducation civique constructive, qui donnera incontestablement ses fruits un jour.
Le Maroc est une terre d'accueil, de tolérance et de liberté. L'islam est une religion qui bannit la violence et admet la différence. D'où la nécessité de condamner toute dérive extrémiste d'un côté comme de l'autre.

Leïla Ouazry



 

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