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Fait divers en plein été

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Lundi 23 juin, vers 17 heures 30, dans une venelle du centre ville (rue El Banafsaj), en face de la porte principale (des élèves) du lycée El Khansaa pour être plus précis. Par le plus pur des hasards, j’assiste à une scène dantesque, hollywoodienne, que je ne croyais pas susceptible de se produire sous nos latitudes. Avant de poursuivre, j’aimerais préciser que, croulant sous le boulot, j’ai pensé un temps à ne publier le présent témoignage que lors du prochain numéro. Mais, j’ai vite songé à ces hordes de journalistes et à leur relation de copinage avec les forces de l’ordre. De peur, donc, de me faire doubler par ces scribouillards « copieurs-colleurs » de P.V., de voir ce fait divers diffusé par des canards qui ne sont guère plus que les organes officiels de la Préfecture de police, et bien qu’ayant un poil (que dis-je ? Une toison !) dans la main, j’ai pris sur moi. J’ai sacrifié quelques minutes de mon précieux sommeil pour que toi, lecteur, mon semblable, mon frère, tu sois mis au courant par une autre source que la « maison poulaga ».
Je plante le décor : le célèbre lycée de jeunes filles est en pleine effervescence; les résultats du bac y sont affichés et les lycéennes anxieuses se bousculent dans la cour de l’établissement, mais également à l’extérieur, dans la rue. A quelques mètres de cet impressionnant tohu-bohu, un automobiliste d’âge mûr gare sa Mercedes 190 grise, s’en extrait péniblement et entre dans un immeuble. C’est là que tout s’accélère. Un gars d’une trentaine d’années, la mine patibulaire, vêtu d’un T-shirt noir, d’un jean poisseux et d’espadrilles, ouvre la portière de la petite teutonne avec un passe-partout et, en deux temps trois mouvements, arrive à mettre le contact ; il démarre en trombe. Un vol de voiture en plein Casa !
Un larcin contrecarré ! Dans sa fuite, le voleur fauche une potache (qui n’a que de légères contusions). Les nombreux passants, ameutés par les cris des amies de la victime, tentent d’obstruer le passage. Une Fiat Uno, empruntant la rue perpendiculaire à celle où se déroule l’incident, bloquée par de lycéennes hardies, arrête la progression de la Mercedes chapardée.

Justice immanente

Ne sachant que faire, l’auteur du larcin engage la voiture dans un garage ne possédant qu’une seule issue ; une souricière, en somme. Le voilà fait comme un rat !
Une armée de « ouled derb » atteignent la voiture, ouvrent énergiquement la portière et l’extraient, fissa, de l’habitacle de l’objet de ses tourments à venir. La suite n’est qu’une succession de baffes, de balayages et de coups de poing (directs, crochets, uppercuts ; il a eu droit à tout le bataclan). Cinq minutes de lynchage en règle plus tard, le voleur est groggy ; il pisse le sang et son œil gauche semble particulièrement altéré. La police fait enfin son apparition et le lynché est menotté, puis jeté dans une estafette. Les policiers ne font pas mine de se soucier de son état de santé (déplorable). Ils ne jugent pas nécessaire de demander des explications aux témoins, comme s’il était normal qu’un voleur soit châtié (le mot est un peu faible) par la plèbe. Et Max Weber dans tout ça ? L’État n’a-t-il pas le monopole de la violence physique légitime ? Sommes-nous en plein Far-West ?



 

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