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Le dhikr dans l’enseignement de Sidi Hamza (partie I) Causeries soufies

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On a pris connaissance dans les précédentes causeries du prix à payer pour devenir aspirant à la réalisation spirituelle. L’épreuve comme le dhikr faisait partie intégrante des méthodes d’éducation des anciens maîtres soufis. Aujourd’hui, avec Sidi Hamza, l’héritier actuel de ce dépôt spirituel visant à soigner et guider les âmes, le soufisme sunnite est une pratique de la beauté (jamâl). L’épreuve caractéristique du soufisme classique est désormais réduite à l’invocation (le dhikr). Cela ne signifie pas que le disciple ne sera pas éprouvé le long de son itinéraire. Le Coran sacré dit : “Pensez vous obtenir le salut (entrer au Paradis) sans être éprouvé ?”. Il faut simplement comprendre que l’épreuve comme outil systématique d’éducation ne fait plus partie de la méthode soufie inaugurée par l’avènement de Sidi Hamza. Et nous en avons expliqué les raisons…
Le dhikr transmis par le shaykh, et qui provient de la médecine prophétique, la médecine des cœurs transmise par le Prophète à certains de ses compagnons puis à leurs héritiers (les soufis éducateurs spirituels), est aujourd’hui suffisant à transformer le disciple sincère, faire jaillir l’eau de la roche pour reprendre la métaphore coranique, transformer en un joyau éclatant une pierre sombre, libérer l’homme de ses passions car ainsi que le répètent les soufis : “Tout homme est esclave de quelque chose sauf les hommes libres”.
Mais en quoi consiste ce dhikr ? Je vais examiner avec vous comment se déroule ce dhikr dans la Tarîqa Al-Qâdiriyya Al-Budchîchiyya et ce qui en est attendu en termes de résultats
1) Le wird (pl. awrâd) est le premier type de litanies que le murîd (le disciple, lit. Celui qui aspire à l’accomplissement spirituel) doit réciter. Celui-ci est communiqué par le shaykh à son murîd. C’est un des moyens qu’utilise le maître pour éduquer son disciple. C’est le shaykh et lui seul qui décide de la composition du wird. Dans notre tarîqa, il existe un wird général mais il arrive que le shaykh prescrive à ses disciples les awrâd qui leur conviennent le mieux, compte tenu de leur particularité et de leur évolution spirituelle... Le wird (ensemble de litanies) se compose en général de la lecture du Qur’ân, la récitation de certains Noms de Dieu, de quelques formules Coraniques telles lâ ilâha illâ ‘llâh et enfin de prières et bénédictions sur le Prophète  (sur lui le salut et la paix)
Le murîd est appelé à la pratique régulière, matin et soir, de son wird et suivant les conseils qui lui ont été donnés à ce sujet. Les premiers fruits obtenus grâce à cette discipline et cette persévérance sont un sentiment de paix et de sérénité ainsi qu’une conviction quant à l’authenticité de la voie et de la sincérité du maître dans son appel à Dieu. Le shaykh insiste sur le fait de ne pas interrompre le wird car c’est l’attache spirituelle qui le relie à son murîd.
Le wird que le murîd doit réciter deux fois par jour, est un dhikr individuel. En plus des autres litanies qui composent le wird, le dhikr individuel consiste en la récitation de la formule lâ ilâha illâ’llâh et ce des milliers de fois. Le Prophète (sur lui la paix et le salut) disait : «le mieux que ce que j’ai pu dire, moi et les prophètes avant moi, c’est bien lâ ilâha illâ ‘llâh... (Il n’y a de dieu que Dieu)». La traduction de lâ ilâha illâ ‘llâh par il n’y a de Dieu que Dieu est le sens courant. Au fur et à mesure de sa progression, c’est-à-dire de la pratique du dhikr, le murîd réalisera les sens subtils du tawhîd.
Eva de Vitray Meyerovitch décédée en Juillet 1999 et qui appartenait à la Tarîqa Al-Qâdiriyya Al-Budchîchiyya préférait la traduction suivante: «il n’y a de réalité que la Réalité». Ce qui peut être compris de la manière suivante. Il n’y a pas de dieux  (c’est-à-dire que toutes les choses auxquelles nous prêtons l’être et l’existence sont des illusions) si ce n’est la seule Réalité : Dieu. Le disciple s’efforce de faire taire son ego, pour agir non plus en fonction de ses passions ou du regard des autres mais du regard de Dieu fixé sur lui. Au lieu de courir sans cesse d’un désir à un autre, ou bien d’une créature à une autre, il s’attache à reconnaître la présence du Créateur, et à diriger toute son énergie vers lui seul. 
Le wird peut être récité à tout moment et en tout lieu. C’est bien sûr au cours de la nuit, ainsi que le mentionne à plusieurs reprises le Qur’ân Sacré, que se trouvent les moments les plus indiqués pour le dhikr.
Le dhikr est le fondement de l’enseignement du maître. Celui-ci le compare à une gomme qui efface les maladies du cœur. Il faut donc le pratiquer de manière constante. Dans le Qur’ân, le Très Haut dit «aussi souvenez-vous de Moi, et Je me souviendrai de vous...» (II,152). C’est un des résultats grandioses du dhikr. Et quel résultat !
Plus nous nous souvenons de Dieu (dans les règles: respect de la sharî’a, concentration et présence de Dieu dans le cœur), plus Dieu se souvient de nous. Le degré du souvenir de Dieu est proportionnel au degré du souvenir qu’on a de Lui. Il ne s’agit pas bien sûr de réduire notre relation à Dieu à une simple mécanique mais de comprendre qu’il y a des degrés de proximité à Lui. D’autre part, l’adoration de Dieu ne doit pas être motivée par un quelconque intérêt: recherche de grâces particulières, de dons, de visions, etc., Le shaykh Sidi Hamza répète souvent: «Adorez Dieu sans conditions» (bi dûni shurût) et il ajoute «Et s’il vous arrivait, sur votre itinéraire, des grâces que vous n’auriez pas recherchées, ne vous arrêtez à aucune d’entre elles
L’idéal bien sûr, chaque fois que cela est possible, est de faire des séances prolongées de dhikr. L’expérience montre qu’au début du parcours spirituel, l’âme fuit le dhikr et particulièrement la récitation du lâ ilâha illâ ‘llâh. Car l’âme «instigatrice de mal» (‘ammâra bil alsû’) (XII, 53) se révolte contre ce qui va à l’encontre de nos passions, et de son autorité (l’ego) sur nous.. Que le murîd ne désespère donc pas et qu’il persévère en ignorant les résistances de son âme car elle finira par plier ! Qu’il médite la parole de son maître Sidi Hamza qui est aussi un adage populaire: «Qui veut le miel doit se préparer à la piqûre des abeilles».
Il est possible que la pratique du dhikr provoque chez le disciple certains états spirituels (ahwâls. Sing. hâl). Il ne doit pas s’en inquiéter. Ces états sont liés au fait que notre cœur a perdu l’habitude de la lumière divine. Il est comme une chambre sombre, entourée d’une couche de rouille qui l’isole de cette lumière. Il suffit que la rouille se détache en un seul endroit, grâce au patient travail de polissage effectuée par le dhikr, pour que la lumière divine envahisse le cœur, submergeant tout sur son passage. Lorsqu’elle survient, la chambre du cœur tout entière s’illumine soudainement, et le disciple ressent une intense saveur, qui peut parfois provoquer chez lui des réactions comme des pleurs ou des mouvements. L’origine de ces phénomènes est réellement divine et donc lumineuse. Le Coran cite à plusieurs reprises le cas de ceux et celles qui s’émeuvent à l’écoute de la parole de Dieu. Il nous apprend que même la montagne, image symbolique de ce qu’il y a de plus rude, aurait fendu si le Coran s’était révélé à elle.
Nous devons donc être tolérants et ne pas nous hâter à juger ces corps d’être soulevés et “écrasés” à l’écoute de ce qui fait fendre les montagnes ! Du reste ces formes d’émotion varient d’un individu à un autre. Certains peuvent par exemple vivre une émotion intérieure très forte, discrète, insoupçonnée pour qui s’assiérait à leur côté.
2) Le dhikr collectif, second type de litanies, est récité à l’occasion de réunions de murîd (Ijtimâ’). Cette forme de dhikr présente un grand intérêt pour le murîd et participe à sa progression spirituelle. Le Qur’ân dit : «Fais preuve de patience (en restant) avec ceux qui invoquent leur Seigneur du matin jusqu’au soir, désirant sa Face. Et que ton regard ne se détache point d’eux, en cherchant (le faux) brillant de la vie ici-bas. Et n’obéis pas à celui dont Nous avons rendu le cœur indifférent à Notre appel, qui poursuit sa passion et dont le comportement est outrancier» (XVIII, 28).
Malgré les contraintes de la vie quotidienne, il est de l’intérêt du murîd de participer, au moins deux fois par semaine, aux majâlis (assemblées) de dhikr. Les majâlis sont l’occasion pour le murîd de connaître ses frères, et de profiter des enseignements féconds qui sont prodigués, à chaque fin de majlis, par des murîd compétents dans les sciences de la Sharî’a
Pour que la pratique du dhikr puisse être fructueuse, elle doit se plier à certaines règles de bienséance. En effet, le murîd doit s’efforcer de cultiver son rapport au Sacré. En  effet à une époque où cette relation est tombée dans l’oubli, vidée de son sens, il devient «ontologiquement» nécessaire de la réactiver.
Parmi ces règles, nous pouvons citer:
- la purification du lieu où on s’apprête à prier et des vêtements qu’on porte. Que la bouche soit également propre. N’oublions pas qu’on se tient devant le Seigneur et que la bouche prononce Son Nom sacré.
- l’orientation en direction de la Qibla,
- la politesse et la sanctification. «Je suis avec celui qui M’invoque» dit le Très Haut.
Que le murîd adopte une position convenable! On raconte que le soufi Abou Yazîd AI-Bistâmi, un jour qu’il pratiquait le dhikr avait étendu ses jambes. Il entendit alors une voix lui dire. Est-ce ainsi, Abou Yazîd, que tu t’assieds en présence des Rois. Si tu es en leur présence alors fais le avec ce qui convient le mieux en termes de politesse».
- la concentration, en fermant les yeux, pour ne pas être distrait par autre chose que le nom de Dieu. Bien évidemment la concentration est difficile car les pensées de toutes sortes viennent à nous, même en fermant les yeux. Mais ce qui compte, c’est l’intention de l’effort et l’effort lui même. Celui-ci finira tôt ou tard par porter ses fruits.
- la présence de Dieu (Istihdâr), le sentiment de la grandeur de Dieu dans le cœur. Si le cœur s’absente, il s’agit de persévérer et ne pas» capituler» sous prétexte que la concentration fait défaut. Le soufi ‘Arif bi-Llâh Ibn ‘Ata Allah prévient: «N’abandonne pas l’invocation (dhikr) pour la raison que pendant que ta langue mentionne Dieu, ton cœur n’est pas présent. En effet, plus grave serait l’absence complète de la mention de Dieu que sa mention sans participation du cœur. Peut être Dieu t’élèvera-t-il de cette mention distraite à la mention avec concentration; puis à la mention avec présence du cœur; enfin à la mention avec absence de tout ce qui n’est pas le Mentionné. «Et cela n’est guère difficile pour Dieu» (XIV,20)27.
Le shaykh promet au murîd qu’à force de dhikr, le lâ ilâha illâ ‘llâh finira, tôt ou tard, par s’imposer au cœur et en chasser toute distraction.
Parmi les fruits du dhikr c’est de prendre conscience de ses propres défauts (dont parfois nous n’avons même pas conscience). Peu à peu s’installent la rectitude, l’amour (al-mahabba) et la sérénité. À des niveaux élevés de réalisation, le disciple “goûtera” à la connaissance à travers la réalisation de l’Unité, du sens réel de ce qui souvent n’est prononcé que par la langue : “Il n’y a de dieu que Dieu”
De cette connaissance, le shaykh dit : “La vraie connaissance ne s’obtient que quand on la demande vraiment avec humilité. La démarche pour s’acheminer vers elle est comparable à celle d’une personne qui veut boire de l’eau d’un ruisseau. Cette personne devra se baisser jusqu’au ruisseau pour boire. L’eau est toujours située au niveau le plus bas, il nous faut être comme l’eau”.
Pour conclure on dira donc qu’en tant que moyen d’accès à la Présence divine, la pratique du dhikr est donc tout à fait centrale dans la voie. A un disciple qui l’interrogeait, Sidi Hamza répondit un jour en montrant son chapelet : “Il y en a qui cherchent des mystères, mais en réalité, tout est là”
Ceci rejoint une autre indication : “Ne cherchez pas la vérité, cherchez d’abord à vous purifier”
C’est cela la mission grandiose du soufisme aujourd’hui telle que la définit le maître : “Le temps où le soufisme proclamait des vérités métaphysiques est révolu, ce qui est exigé aujourd’hui c’est de parfaire les comportements”.
À suivre

Ahmed Rachik



 

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