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Les travailleurs de la mer … Reportage à Douar Belhaj (Aïn Sebaa)

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Publier le : January 23, 2003

“Les pieds dans l’eau”! L’expression qui est souvent utilisée dans le jargon touristique, particulièrement pour le balnéaire, pourrait rappeler des établissements hôteliers classés et autres habitations luxueuses. Or, cette fois, il n’en est rien. Il s’agit d’une sorte de “mini-cité” non réglementaire et donc hors-la-loi, érigée sur la côte casablancaise, précisément à Ain Sebaâ. Sous le nom de “Douar Abdellah Belhaj” (marabout), ce “complexe” d’habitats insalubres, compte, selon les habitants,  parmi les plus anciens quartiers de la ville. “Du coup, on ne pourrait nullement le mettre sur le crédit de l’exode rural, comme il est de coutume de le dire à chaque fois que la problématique de l’habitat insalubre est évoquée”,  lance un jeune du quartier, avant de poursuivre: “Nous sommes de véritables citadins, sans bénéficier pour autant du minimum que la vie en ville implique, à savoir, l’eau, l’électricité et la voirie  notamment”
La petite cité de douar Abdellah Belhaj se décline donc telle une zone complètement marginalisée alors qu’elle est située au cœur des communes les plus riches de Casablanca, entre le centre ville et la zone industrielle de Ain Sebaâ, sensée en principe créer des richesses dans son environnement. En effet, le contraste est assez frappant, “La cité” est limitrophe de la Société Chérifienne d’Engrais, et à quelque mètres seulement du complexe industriel Oukacha où siègent, des entreprises  à la pointe de la technologie, alors que tout à côté, les habitants du douar ne disposent même pas de l’eau potable! À un moment où ces entreprises sont équipées en...air conditionné, les habitations avoisinantes font face à des  conditions climatiques souvent rudes, particulièrement en hiver. “Nous sommes presque tout le temps  immergés, le froid et l’humidité nous anéantissent petit à petit. Au fil des années, nous avons contracté des maladies chroniques comme les rhumatismes, l’arthrose, l’ostéoporose, la tuberculose...) auxquelles nous ne pouvons pas faire face, puisqu’on arrive à peine à se nourrir”, raconte une mère de famille. Déjà  ce douar compte près de 410 habitations anarchiques où vivent plus de 500 familles dans des conditions d’existence précaires où les besoins primaires font défaut. Ce sont des abris exigus, qui ne répondent à aucun critère de salubrité élémentaire et qui tiennent lieu de maisons. Ces dernières, si étroites soient-elles, (entre 20 et 40 m2) peuvent avoir jusqu’à 3 niveaux et en béton, s’il vous plait! Comment est-ce possible ? “Il suffit de jeter quelques dirhams au mokadem pour qu’il ferme les yeux” lance une femme du douar, qui ne manque pas de rappeler que ces habitations qui sont construites sans bases techniques risquent de s’effondrer à la moindre perturbation climatique. Heureusement que les immondices qui sont jetés à même le sable sont transportés par la marée haute loin des maisons, autrement ils feront partie du décor. Le manque d’hygiène est, en fait, déconcertant.
Par ailleurs, si les habitants du douar se plaignent de la rudesse de la mer en période hivernale, ils n’y restent pas moins attachés car elle demeure, pour la majorité d’entre eux , l’unique source de vie et de distraction. Les habitants du douar, vivent, en effet, de la pêche. Les poissons ainsi recueillis sont vendus, en partie dans les marchés avoisinants. Ce qui permet, peu ou prou, aux chefs de famille de faire face à leurs besoins quotidiens. “Alors que j’étais enceinte de neuf mois, je mettais ma combinaison, mon masque et je plongeais pour ramasser les moules, que je faisais cuire et je décortiquais avant de les vendre. D’ailleurs, je me rappelle, que  j’avais accouché juste après être montée de la mer”, raconte une jeune femme.
Pour les plus jeunes, la mer représente un moyen de divertissement, à même de les éloigner, l’espace de quelques heures, d’un environnement hostile. Les jeunes du douar excellent en surf, leur sport favori, ou plutôt le seul qui soit à leur portée. Aussi, leur souhait, après avoir perdu tout espoir de voir un jour leur douar réaménagé, est que les autorités locales construisent un mur susceptible d’endiguer les dégâts causés par l’océan. “La hauteur des vagues atteint parfois 12 mètres. Aussi, emportent-elles tout ce qui est sur leur chemin. Nos maisons sont souvent envahies par l’eau, voire carrément larguées “, avance un habitant.
Selon les habitants de Douar Belhaj, les promesses de réaménagement de leur quartier fusent pendant les périodes...électorales. Ensuite, silence radio ! “Les élus ne daignent même plus nous contacter, une fois leur objectif atteint. M. Afilal, qui est à la tête de la Commune depuis 1976, nous a même présenté, il y a de cela des années, un plan d’aménagement bien ficelé, qui répondait aux  attentes des habitants. Cependant, à ce jour et comme vous pouvez le constater, il n’en est rien.” Les habitants sont conscients de leur droits mais ils déclarent forfait. Le combat pour le pain quotidien ne laisse aucune place aux plaintes administratives, tout comme la peur peut être parfois dissuasive. “Ces gens là, ont le bras long, on ne peut pas se mesurer à eux “, déclare un habitant du quartier avant d’ajouter: “Il doit bien y avoir un haut responsable capable à leur demander des comptes, non ?”
Une question demeure néanmoins posée: comment se fait-il que l’inamovible M. Afilal, soit réélu à chaque fois, s’il ne donne pas satisfaction à ses électeurs? Ce sont ces mêmes personnes qui lui ont permis d’être perché là où il est aujourd’hui ! “L’activité publique est une chose qui se transmet de père en fils dans cette circonscription. Après monsieur et madame, ce sera au tour  R. Afilal, fils, de se présenter aux élections communales...”, explique un jeune de la Commune. Les habitants du douar semblent coupés du monde. Même le nom du nouveau ministre chargé de l’Habitat ne leur dit rien, tout comme, ils n’ont jamais entendu parler  du Programme d’Actions de Résorptions de l’Habitat Insalubre (PARHI). Rappelons à ce sujet que le programme ambitieux arrêté par M. Taoufiq Hjira, ministre chargé du Logement et de l’Urbanisme, relatif aux 100 000 logements, n’inclut pas cette catégorie de la population. Il s’adresse aux ménages dont le revenu ne dépasse pas 2700 Dhs/mois et celui de cette frange de la société n’atteint même pas le SMIG.
“Nous sommes des citoyens marocains, nous souhaitons ne plus être les oubliés du système”.

Leïla Ouazry



 

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