La Nouvelle Tribune
jeudi 9 septembre 2010

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Accueil du site > ACTUALITÉS > Au fil de la semaine > Piété et grosse bouffe

Chaque année, à l’approche du mois sacré de Ramadan, c’est la même rengaine, dans la presse, à la télé, à la radio. Le gouvernement, Premier ministre en tête, tient réunions sur réunions, sanctionnées par des communiqués au ton triomphant pour nous annoncer que cette année, grâce à Dieu, ni les tomates, ni le lait, ni les oignons et encore moins le sucre ou la farine ne manqueront à l’appel ! De quoi nous donner à croire que le Maroc est un pays de misère, de pénuries permanentes en dehors du mois de jeûne ou encore qu’il s’agit d’un exploit extraordinaire que d’assurer l’alimentation normale et quotidienne de trente trois millions de Marocains ! Cette démarche est aussi pernicieuse que déplacée. En effet, elle accrédite l’idée que le mois de Ramadan sort de l’ordinaire, que seule la « grosse bouffe » compte durant celui-ci alors qu’il s’agit, en réalité, d’un mois d’effort, de privation, de sacrifice, de piété et de religiosité ! Les pouvoirs publics, qui oeuvrent dans le cadre d’un Etat qui proclame dans la Constitution, son attachement à l’Islam, estiment nécessaire de rassurer non les Musulmans ou les jeûneurs, mais les « bouffeurs »… La vraie nature de ce mois sacré est tout autre, mais avec le fil du temps, le superficiel, l’anecdotique, et surtout, le matériel l’ont emporté sur le spirituel qui devrait constituer l’essence même de ce mois. Cette tendance, que rien ne justifie parce que depuis des décennies l’approvisionnement alimentaire a toujours été assuré dans notre pays, cache en réalité l’incapacité du gouvernement et des pouvoirs publics en général à montrer aux citoyens que « la vie normale » doit continuer durant Ramadan, ce qui n’est pas, loin s’en faut, le cas. Horaires allégés, absentéisme accru, indolence et somnolence au travail sont les caractéristiques professionnelles les plus observées durant ce mois et avec la période estivale, on a sans doute atteint le summum en la matière puisque la majorité des départs en vacances s’est faite en juillet. En effet, contrairement aux managers, les salariés et autres fonctionnaires considèrent que le mois de jeûne ne devrait pas être dédié aux congés annuels puisque, de toute façon, il est traditionnellement « cool ». Bien évidemment, cela entrainera, deux mois durant, une baisse notable de la productivité qui sera ressentie par les entreprises et notre économie. Mais pourquoi s’en plaindre puisque Si Abbas et ses « boys » sont si heureux de nous rassurer ! L’approvisionnement sera garanti en août. « Bouffez » tranquilles braves gens…

Fahd Yata

jeudi 29 juillet 2010

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