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Le drame de Lissasfa : Un rescapé raconte...

Auteur : Hassan Zaatit
Publier le : May 5, 2008

Abdellatif Bamahmoudi, environ 40 ans, l’a échappé belle. La journée de ce samedi noir 26 avril avait pourtant bien démarré. Au moment du drame, il était dans l’usine, précisément au troisième étage. Dans ce même endroit, ils étaient environ 30   ouvriers, hommes et femmes.
Comme d’habitude, notre interlocuteur y était vers 8 heure du matin. Durant les premières heures de cette matinée bien ensoleillée, rien d’anormal et aucun dysfonctionnement n’a été constaté : “On discutait entre nous, on rigolait... bref, l’ambiance était normale et comme tous les salariés, on attendait avec impatience le dernier midi de la semaine pour rentrer nous reposer chez nous et passer un bon week-end en famille”. Tel a été sans aucun doute le souhait ce jour là de la majorité des ouvriers de cette usine, dont la moitié a rendu l’âme avant que la sirène d’arrêt du travail ne retentit. Ainsi, le triste destin en a voulu !
Passer ces premières petites heures, surtout vers 10h 30mn, Abdellatif Bamahmoudi et ses collègues du troisième étage commencèrent à sentir l’odeur de la fumée et entendre quelques cris. “Que se passe-t-il ?” se demandèrent-ils affolés. C’était le feu qui ravageait terriblement l’usine. C’était malheureusement l’incendie le plus meurtrier dans les annales industrielles de notre pays. “Nous avons senti l’odeur du feu et nous avons décidé de descendre pour savoir à quel niveau il était”. Et de nous confier “j’ai pris un extincteur, mais un collègue me l’a arraché, par la force, pour aller porter secours à ma place”. Depuis, Bamahmoudi ne l’a plus revu: “Il a sacrifié sa vie pour sauver des femmes et des hommes”, dit il, l’air traumatisé.
Le temps passait et la fumée de plus en plus épaisse avait rendu la vue ainsi que la respiration des ouvriers du troisième étage très  difficiles. Bamahmoudi souligne que le volume de la fumée s’amplifiait à tel point qu’à un certain moment, ils ne savaient plus à quel saint se vouer. Seule issue de secours qui leur restait : la terrasse de l’usine. Seulement, celle-ci, comme d’ailleurs les fenêtres en grilles, était fermée. Voyant la menace s’accentuer, ils décidèrent à tout prix de gagner la terrasse, unique issue pour pouvoir rester en vie : “Nous avons difficilement cassé un petit mur avec les moyens du bord pour nous frayer un chemin sur la terrasse. De là, nous nous sommes servis d’une échelle pour escalader un mur mitoyen de l’usine incendiée”. Pendant ce temps, les pauvres ouvriers du premier et deuxième étage, même ceux qui sont arrivés au troisième étages, se battaient contre leur destin... Bamahmoudi, nous l’affirme. D’ailleurs, lui et ses amis, environ 14 hommes et 7 femmes, ne se rappellent pas comment ils ont réussi à échapper à une mort certaine: “Les grilles mises sur les fenêtres nous ont rendu la tâche difficile pour sauter et sortir. C’était un miracle. Dieu Merci”, nous dit-il, avant d’ajouter que “la fumée toxique était très forte. Je pense que les ouvriers ont été asphyxiés avant d’être calcinés”. C’est exactement tout ce qu’il garde en tête, puisqu’une fois à l’extérieur de l’usine, il a perdu conscience: “Ce n’est qu’à l’hôpital que je me suis réveillé après un long évanouissement”.
Parmi les 56 victimes de ce terrible incendie, 30 ouvriers étaient des amis de Bamahmoudi qui vit depuis ce drame dans une angoisse indescriptible pour avoir frôler la mort de près. Mais surtout se culpabilisant de n’avoir pu faire quelque chose pour sauver ses collègues d’une mort atroce.
Aujourd’hui, Bamahmoudi essaye d’oublier, mais il n’arrive pas. A défaut de moyens pour aller consulter un psychologue en vue d’atténuer les souffrances vécues lors de ce sinistre, ce sont les membres de sa famille qui se relaient à ses côtés pour lui éviter le pire. Sa famille, ses amis et ses proches, font de leur possible pour le réconforter, mais leurs tentatives restent vaines.
La désolation est grande. Sur son visage, on peut lire la tristesse, l'indignation et la colère: “Peut-être, qu’en ce moment je serais parmi les morts”. Malgré l'épreuve qu'il endure, il reste quand même lucide, il positive et préfère penser à l'avenir. D’après lui, il est important aujourd’hui d’indemniser les familles des victimes ainsi que les rescapés. Car, explique-t-il, ce sont des centaines de familles qui se trouvent dépourvues de sources de revenu: “Les victimes comme les rescapés sont dans leur majorité des soutiens de familles. Cette douloureuse épreuve vécue par ces modestes salariés les marquera certainement à vie”, nous a-t-dit en guise de conclusion. Sans aucun doute, des indemnisations honorables seraient en mesure d’atténuer leurs souffrances...   


 

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