Auteur : Rachid Hallaouy
Le deuxième «round» des élections communales 2009 aura suffi à mettre KO debout le parti coaché par Abdelillah Benkirane, «manager général» de la formation du Parti Justice et Développement (PJD). En effet, une «consigne» de vote aurait été donnée aux différents acteurs communaux (élus le 12 juin dernier) pour faire barrage à toute forme de coalition avec le parti «islamiste» au sein des principales villes du Royaume. Une consigne distillée sous la forme d’un coup de téléphone adressé, samedi 20 juin, à l’attention des candidats à la candidature. Pour l’anecdote, il se murmure que Mohamed Sajid, maire sortant de Casablanca, aurait été ébranlé voire déstabilisé par la demande précise de faire «exploser» l’alliance que son parti, l’Union Constitutionnelle (UC) avait scellée avec le PJD. Toujours au rayon des rumeurs (persistantes), il se dit que l’auteur du coup de fil serait “un membre influent” du Parti Authenticité et Modernité (PAM), arrivé en tête en nombre de conseillers communaux élus dans la capitale économique. Infos ou intox ? La balance pencherait plus du côté de…l’info au vu de la tournure prise par les évènements et la réélection de Mohamed Sajid à Casablanca, celle de Fathallah Oualalou à Rabat, l’élection de Samir Abdelmawla à Tanger ou encore celle de Fatima Zahra Mansouri à Marrakech. Seule «entorse» à la règle…établie, la commune d’Agadir où le maire sortant (et réélu) Tarik Kabbaj a sollicité le soutien du PJD (local) pour se retrouver son fauteuil de maire de la capitale du Souss. Une démarche quelque peu surprenante de la part d’un homme aux valeurs de gauche, militant de la première heure, qui a su manœuvrer, se faufiler entre les mailles du filet et convaincre les promoteurs de l’offensive «anti Pjd».
Le PAM, la force… tranquille
Isolé à Rabat, menacé par une alliance «béton» où figurait l’USFP, l’Istiqlal, le PJD, le RNI et le PPS, Omar Barhaoui, maire sortant et candidat du Mouvement Populaire (MP), comptait profiter du soutien du PAM pour se faire réélire et moucher l’ancien ministre de l’Economie et des Finances, Fathallah Oualalou. «Des pressions terribles et violentes ont suivi la mise en place de la coalition, prenant pour cible les conseillers communaux élus au soir du 12 juin 2009. Que voulez-vous ? On s’est battu avec des armes démocratiques et nous avons été visés par des missiles souterrains. Personne ne sort grandi de ce qui vient de se passer», indique la direction centrale du PJD. Pour le parti de la Rose, la victoire de Oualalou, «c’est le succès d’une alliance politique au service de l’intérêt général et des R’batis. La coalition a été soumise à rude épreuve, mais elle a su se montrer solidaire et déterminée. Comme le dit le proverbe, ce qui ne tue pas rend plus fort», indique un membre du Bureau politique de l’USFP à l’annonce des résultats sur les marches de la wilaya de Rabat. Mais, il semblerait que le PAM n’a pas usé de son influence pour contrer l’alliance et l’élection de Oualalou.
Pour Casablanca, c’est une nouvelle fois le PAM (et l’Istiqlal, ?!) qui a permis à Mohamed Sajid de décrocher son ticket d’entrée à la commune urbaine. En effet, fort de sa réélection à la commune de Aïn Chock, celui-ci, dans la foulée, nouait une alliance avec la PJD. Multipliant les contacts durant la semaine avec le PAM (185 conseillers), le RNI (127 conseillers), l’Istiqlal (125 conseillers) et l’USFP (45 sièges), Mohamed Sajid rencontrait les pires difficultés à établir une majorité après la décision prise par le Bureau Politique (BP) du PAM, mercredi 17 juin, de ne pas acter d’alliance avec le PJD. Néanmoins, Sajid faisait fi de la ligne politique nationale du PAM et continuait son bout de chemin jusqu’à samedi 20 juin 2009. «Ce jour là, Mohamed Sajid a changé totalement de discours. Nous avons compris que des pressions étaient à l’origine du changement. Il ne l’a pas avoué, mais c’était un secret de polichinelle. Dès lors, tout a basculé. La journée de lundi (22 juin 2009) ne constituait plus qu’une formalité avec la réélection de Sajid», précise un membre des instances dirigeantes du PJD à Casablanca. Scénario identique à Tanger où le candidat du PJD, Mohamed Najib Boulif s’est vu en haut de l’affiche sans avoir convaincu son auditoire. Résultat. Il devra revoir sa partition. Quand à Marrakech, le maire sortant Omar Jazzouli (UC) a été envoyé dans les cordes par Fatima Zahra Mansouri, conseillère communale soutenue par le PAM. Une élection sous haute tension qui permet au parti de prendre les commandes d’une grande ville du Royaume.
Si le PAM demeure le grand gagnant du scrutin en totalisant le plus grand nombre de conseillers communaux sur le plan national, il a également renforcé sa puissance politique en arbitrant les élections des présidences des communes les plus importantes du pays grâce aux résultats obtenus au soir du 12 juin 2009. Certes, certaines voix s’élèvent pour dénoncer le pouvoir de «nuisance» du PAM et de son fondateur, Fouad Ali El Himma, mais la messe est dite. Le peuple s’est exprimé et le PAM a (man)œuvré. On peut toujours contester la forme, mais difficilement le fond. Et le fond en l’occurrence, c’est la consécration du PAM et sa légitimité populaire. Et ce n’est certainement que le début du commencement…
Le PJD décroche Kenitra
Aziz Rebbah, député PJD de la circonscription de Kenitra, a été porté à la tête de la ville de Kenitra. Discret, mais efficace, l’ancien responsable de la jeunesse au PJD, poursuit son bonhomme de chemin, loin des spots et des sunlights. «Il travaille dans l’ombre depuis sa candidature aux élections législatives de 2007. Il a su construire une base militante solide et il jouit de la confiance d’acteurs majeurs du pays. Du coup, on ne doit pas être surpris de son ascension politique et de son élection comme président de la commune de Kenitra. C’est un personnage qui allie le sérieux, l’engagement au respect de l’ordre établi», indique un observateur averti de la scène politique nationale.
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